taguieff, et les autres, historiographie philosophique ou escroquerie historique et philosophique ?
On a des auteurs utilisant les mots du mouvement anarchiste sans rien en comprendre ou triturant les mots pour sembler correspondre à l’idée qui les arrange. La lecture de l’intro du livre « l’anarchisme ou le fanatisme de la liberté », de pierre-andré Taguieff, m’a conforté dans l’idée que cet auteur est peu recommandable. Ça se veut être une historiographie philosophique, j’opte plutôt pour une escroquerie historique et philosophique. J’ai déjà lu d’autres livres de cet auteur pour lesquels je trouvais cependant certaines données critiques posées intéressantes, mais dans lesquelles j’ai pu déjà voir transparaître des points de vue de type républicain libéral (voire d’autres vues sur les choses, qui m’avaient semblé non moins réactionnaire), car malgré que la science se veuille neutre (mais pas les scientifiques, ni leurs mécènes), il se trouve que les pensées d’un auteur peuvent se repérer malgré lui. Ayant cet aposteriori sur l’auteur je n’avais donc pas vraiment d’illusions sur le contenu qu’aurait ce présent livre, et je n’ai donc pas été déçu…
Déjà le titre… ça parle de « l’anarchisme », ok c’est une des raisons pour laquelle j’ai récupéré ce livre… puis il y a un « ou » pour définir une équivalence avec « le fanatisme de la liberté ». bon… en fait, c’est un peu aussi pour ça que j’ai pris ce livre, car le titre exprime, je crois, la pensée profonde méprisante de l’auteur au sujet de l’anarchisme et j’aurais pu m’arrêter là. Car le « fanatisme », c’est déjà prendre ce mouvement anarchiste comme un mouvement dogmatique, intolérant, violent (c’est une habitude de la part des libéraux / réactionnaires de nous considérer pour ce qu’on est pas, et la suite de l’intro confirmera cette pensée de l’auteur), et d’autre part c’est aussi limiter la question de l’anarchisme à la question de la liberté (ce qui leur permet d’ajouter dans cette idée fourre tout, tout et n’importe quoi). Hors, l’anarchisme ce n’est pas uniquement un rapport absolu à la liberté, car il n’y a pas de principe premier et absolu et qu’il existe de nombreuses « libertés » (c’est eux même qui défendent ces libertés, pour nous ce n’est que de la liberté hiérarchique) qui ne sont pas anarchistes, les partisans de la « liberté » aristocratique ou atomiste ne défendent pas la liberté égalitariste des anarchistes (Lire les deux articles sur la liberté [1][2]).
Le livre commence par une page de 5 citations, avec notamment l’une d’elle, très méprisante et ridicule, qui est du briseur de grèves Clemenceau : « l’homme qui n’a pas été anarchiste à seize ans est un imbécile. Mais c’en est un autre, s’il l’est encore à quarante« . Donc ce livre met déjà une citation avec un parti pris agiste, l’auteur a un age avancé, ça peut expliquer son opinion exprimé dans cette intro. Provocation, bêtise, ou pensée profonde, peu importe, ça revient au même… ça donne le ton méprisable de l’auteur.
Dans l’avant propos, ça parle de divisions parmi les anarchistes entre d’une part des individualistes ambigus et de l’autre une gauche révolutionnaire antiautoritaire et antitotalitaire pas assez critique vis à vis de l’égalitarisme soviétique. Ça c’est une vue intellectuelle libérale de l’anarchisme (qu’ils veulent nous imposer par tous les moyens, voire Onfray, Besancenot, Lowy et d’autres…). De notre côté, ce genre de catégories n’existent pas, car qui dit anarchiste, est autant individu que société. Et on est pas parlementaires, donc nous définir de gauche (ou tout autre attribut de ce type) est ridicule, on est pas de gauche pas de droite. Nous on défend l’anarchisme, donc la liberté individuelle dans une société libre (donc égalitaire), donc ni capitaliste, ni étatiste.
Dans l’introduction, ça continue à poser sa vue libérale, quand il parle de la liberté défendue par le surréaliste André breton, en gros de la liberté anticonformiste (une vue d’artiste), même si ça n’est pas vraiment la liberté sociale défendue par les anarchistes, malgré ce qui est suggéré. D’ailleurs ça le confirme peu après où en effet le surréaliste s’est rapproché en 1934 d’une organisation dite (d’après l’auteur) « révolutionnaire », le PCF, l’organisation des communistes staliniens (si être autoritaire c’est être révolutionnaire ? alors on comprend la suite de l’introduction). D’après l’auteur ça aurait été un aveuglement idéologique tragique, « même si » par la suite breton se serait rapproché de Trotsky. Car se rapprocher de Trotsky (ordure léniniste ayant massacré les révolutionnaires de Cronstdat, de Petrograd, d’Ukraine) amenuiserait cet « aveuglement » ? Tout s’explique…
D’après l’auteur, l’anarchisme aurait un « amour » inconditionnel ou absolu « de la liberté » (voir les articles énoncés sur la liberté énoncés plus haut), et quant il est question de la « liberté ou la mort » (devise existant depuis le 18 eme siècle dans des guerres d’indépendance ou lors de la révolution française, qui a été repris lors de nombreux mouvements d’indépendance ou de révolutions, lire « La Liberté ou la mort : commentaires et variations d’une devise révolutionnaire » de Élise Pavy-Guilbert), ce n’est pas que pour soi mais pour les autres également, ceci pouvant mener à un programme d’extermination (des bourgeois, des capitalistes, etc). Les liens menant à ces propos doivent certainement avoir un echo personnel pour l’auteur, mais il est certain qu’il ne connaît pas l’histoire du mouvement anarchiste et la « morale » qui en découle. Il continue… un tel amour de la liberté peut mener à la folie ou à des « délires sacrés » menant à « une croisade », « un désir pathologique de réaliser sans réserve un idéal »… c’est dit. Mais l’auteur étant resté dans la confusion laissant le doute de qui il parle, finalement il énonce que les libertaires ont cet « esprit critique hérité des lumières » qui limite de telles actions (les lumières étaient contre la violence de la propriété privative ou du despotisme éclairé ? j’en doute… passons.). Ensuite, la thématique duelle de la violence et de la non violence qui se situe sur un côté moral et non celui historique d’une lutte, il est donc facile de jouer avec des propos retiré du contexte, plutôt que sur les faits historiques ou les conditions sociales ayant amenés aux contre-violences d’autodéfense de la part des anarchistes.
Ça pose aussi problème lorsqu’il donne la parole à divers auteurs concernant l’anarchisme : nicolas berdiaeff (considérant que « l’anarchisme est un produit essentiellement russe » ! ), jean Préposiet (qui ajoute des tendances bourgeoises), et Bookchin (qui venant de traditions politiques diverses, dont trotskystes, n’a pas une vision clairement anarchiste, en tout cas il a eu une vision nord américaine de l’anarchisme. Il voit même un « anarcho-bolchévisme » espagnol… sic) . De là, l’auteur y voit des conflits entre théoriciens et courants de l’anarchisme. Et il appuie ces soit-disantes dissensions, et le pire, il en rajoute, comme Préposiet, avec des tendances imaginaires ridicules (et volontairement ?), par exemple : un « anarcho-traditionnalisme » de Proudhon, un « anarcho-conservatisme » d’Orwell, un « anarcho-aristocratisme » de Nietzsche, un « anarcho-capitalisme » ou « anarcho-libéralisme » de divers auteurs américains du nord, et … accrochez vous ! … un « anarcho-fascisme » de d’annunzio ou marinetti. Bon, on pourrait se dire, c’est un ennemi des idées / pratiques anarchistes, son idée est probablement de salir le mouvement avec des imputations idéologiques nauséabondes, et c’est certainement tout simplement ça… Voyons la suite si ça se confirme… Mussolini serait venu de l’anarcho-syndicalisme !!!?? ah bon, ça vient d’où encore cette histoire inventé ? Oui, on a quand même un directeur de recherche au CNRS, philosophe et historien des idées (c’est ce qui est indiqué sur le livre, est ce vrai ? à vérifier, car au vu des propos, ça laisse un gros doute), et qui a fait de longues études, mais qui invente des choses sur des personnes ou sur des mouvements qu’il ne semble pas connaître (confondre « anarcho-syndicalisme » et « syndicalisme révolutionnaire », ce n’est pas digne d’un chercheur et historien des idées, ou est ce du fait d’une kakistocratie ?). Ou alors est ce un texte produit par une IA/LLM qui a fait des hallucinations textuelles pseudo historiques, et que l’auteur n’aurait pas relu l’ouvrage avant parution ? IA/LLM ou pas, on sait très bien qu’ici l’auteur écrit sur des idées qu’il ne connaît pas, ni sur son histoire, sinon il aurait fait des corrections avant de publier ce genre d’inepties, ou alors c’est malintentionné. Quoiqu’il en soit, c’est une méprisable imposture historique des idées / pratiques. Il finit par un lien entre la morale anarchiste qui viendrait de la religion. Hors, d’après les dernières études anthropologiques, on sait que la morale n’a pas besoin de religions pour exister. Certains considèrent cet auteur de confusionniste, voire comme ayant des accointances avec les idées réactionnaires, ça prend en effet cette tournure ici. Associer l’inassociable est un jeu pervers dont le but est la confusion. Et la confusion, on sait à qui ça sert…
Je n’irai pas plus loin pour la critique (je vais malgré tout lire la suite de ce lamentable début d’ouvrage, pour peut-être y ajouter un second article si nécessaire ?!), ce genre de livre est assez présent ces derniers temps sur les rayons publicitaires de la bourgeoisie moderne et post-moderne.
Pas directement lié à l’auteur du livre, mais dans l’escroquerie philosophique, on peut repérer aussi un Onfray marxiste (en économie, c’est lui qui le dit ! [entretien avec le point]) brun qui appelle à l’État de faire des camps de travail pour les prisonniers pour leur apprendre à travailler avec leurs mains et être utiles, il met en avant les méthodes autoritaires capitalistes du muskisme posthumaniste, et que « c’est comme ça qu’il faut fonctionner », il « nous » faudrait des gens comme ça [émission « front populaire » sur le muskisme]. Déjà qu’il était, il y a longtemps, partisan d’un « capitalisme libertaire à gestion étatique » (oui toute invention d’idées non anarchiste, mais en y utilisant des concepts pour en faire autre chose est possible pour un « intellectuel » marxiste brun, ou rouge, ils ont bien récupérés le terme communisme à la place de la réalité capitaliste d’État, il faut bien qu’ils se renouvellent). Est ce désormais un appel à une dictature capitaliste plus énergique ? Possible car avec comme référence de Gaulle ou Blanqui (défendu dans ces anciens ouvrages), ça laisse ce type de perspective.
Autres auteurs marxistes du NPA avec notamment Besancenot / Lowy qui défendent une social-démocratie « libertaire »… D’ailleurs à une époque 0nfray avait défendu électoralement ce parti d’extrême gauche là, puis d’autres de gauche, puis de droite et dernièrement d’extrême droite. La gauche a eu du mal à se dire qu’il n’est plus de « gauche ». Nous, qu’il soit de gauche ou de droite, anti-libéral ou individualiste, on s’en fout, on sait qu’il est capitaliste, étatiste, qu’il n’est pas anarchiste et nous l’avons vu depuis longtemps (à part certains naïfs qui relativisaient). Comme quoi pour certains ce n’est pas que la vieillesse qui est un naufrage, et comme disait georges brassens « [CENSURÉ] »…
Les élections étant proches, dans leurs guerres culturelles, tous ces auteurs cherchent des lecteurs / électeurs pour leurs amis/partis… taguieff, onfray, besancenot, lowy (et sans doute d’autres) se rendent compte de l’ineptie de leurs idéologies/partis et veulent s’accrocher aux mots d’un mouvement anarchiste qui ne leur donnera rien. Donc ils utilisent les mots ou l’histoire du mouvement afin de faire croire à leurs lecteurs / électeurs qu’ils en sont, tout ceci aidé par des médias bien financés.
On est pas naïf. Ne lisez pas ces ouvrages/auteurs, n’allez pas dans leurs partis, n’alimentez pas leurs audiences, vous perdrez votre temps, ou alors faire le contraire, pour leur faire perdre du temps et des plumes…
PM