Hommage à Vaneigem

Hommage à Vaneigem

Raoul Vaneigem est décédé ce 28 juillet à l’age de 92ans. Nous préférons partager quelques titres de ses livres, sa chanson ‘la vie s’écoule » et un texte, au lieu d’une biographie que l’on trouve facilement un peu partout.

IL était entre autre l’auteur de:

Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations[

Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité de s’en défaire[

De l’inhumanité de la religion

Pour l’abolition de la société marchande pour une société vivante

Salut à Rabelais ! Une lecture au présent

Abolir la prédation, redevenir humain. Appel à la création mondiale de collectivités en lutte pour une vie humaine libre et authentique

et bien d’autres encore…

 

extrait du chapitre 15 du ‘Traité de savoir vivre à l’usage d’une jeune génération »

en téléchargement https://cras31.info/IMG/pdf/h_-_vaneigem_raoul_-_traite_de_savoir-vivre_a_l_usage_des_jeunes_generations.pdf

LE ROLE

Nos efforts, nos ennuis, nos échecs, l’absurdité de nos actes proviennent la plupart du temps
de l’impérieuse nécessité où nous sommes de figurer des personnages hybrides, hostiles à nos
vrais désirs sous couvert de les satisfaire. «Nous voulons vivre, dit Pascal, dans l’idée des
autres, dans une vie imaginaire et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons
à embellir et à conserver cet être imaginaire et nous négligeons le véritable.» Originale au
XVII° siècle, en un temps où le paraître se porte bien, où la crise de l’apparence organisée
affleure à la seule conscience des plus lucides, la remarque de Pascal relève aujourd’hui, à
l’heure où les valeurs se décomposent, de la banalité, de l’évidence pour tous. Par quelle
magie attribuonsnous à des formes sans vie la vivacité de passions humaines ? Comment
succombonsnous à la séduction d’attitudes empruntées ? Qu’est ce que le rôle ?

Voici un homme de trente cinq ans. Chaque matin, il prend sa voiture, entre au bureau,
classe des fiches, déjeune en ville, joue au poker, reclasse des fiches, quitte le travail, boit
deux Ricard, rentre chez lui, retrouve sa femme, embrasse ses enfants, mange un steak sur un
fond de T.V., se couche, fait l’amour, s’endort. Qui réduit la vie d’un homme à cette pitoyable
suite de clichés ? Un journaliste, un policier, un enquêteur, un romancier populiste ? Pas le
moins du monde. C’est lui même, c’est l’homme dont je parle qui s’efforce de décomposer sa
journée en une suite de poses choisies plus ou moins inconsciemment parmi la gamme des
stéréotypes dominants. Entraîné à corps et conscience perdus dans une séduction d’images
successives, il se détourne du plaisir authentique pour gagner, par une ascèse
passionnellement injustifiable, une joie frelatée, trop démonstrative pour n’être pas de façade.
Les rôles assumés l’un après l’autre lui procurent un chatouillement de satisfaction quand il
réussit à les modeler fidèlement sur les stéréotypes. La satisfaction du rôle bien rempli, il la
tire de sa véhémence à s’éloigner de soi, à se nier, à se sacrifier.
Omnipotence du masochisme !

 

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