L’Anarcho-Syndicalisme est-il soluble dans le Syndicalisme Révolutionnaire ?

L’Anarcho-Syndicalisme est-il soluble dans le Syndicalisme Révolutionnaire ?

Préambule

Le groupe communiste-anarchiste Errico Malatesta est adhérent à la Fédération Anarchiste. Nous œuvrons pour changer la société dans un sens anarchiste ; nous luttons pour une société où l’individu sera affranchi des chaînes de la Loi et de l’économie régnante. Une telle société d’hommes libres et fédérés sera composée de multiples formes d’organisations autogestionnaires. En adhérant à une organisation spécifique, nous avons pris le parti d’élaborer une critique sociale cohérente (dont cette brochure sur le syndicalisme est une expression) et de réfléchir en commun sur notre projet de société. A ce jour, tous les membres de notre groupe se positionnent de la tendance communiste (citons comme théoriciens de cette tendance : Pierre Kropotkine, Elisée Reclus, Errico Malatesta et bien d’autres…).Nous nous efforçons de ne jamais oublier la lutte dans laquelle nous nous sommes engagés pour la transformation du milieu dans lequel nous vivons. Cette brochure que nous avons réalisée, nous sommes obligés de la vendre. Mais nous voulons des rapports humains qui soient basés sur le libre contrat et non des rapports marchands, pour le dire autrement des volontés qui se rencontrent et non des quantités qui s’échangent par le biais de l’argent. Aussi prenons-nous l’engagement de réinvestir l’intégralité des bénéfices dans l’édition de brochures de propagande réalisées par notre groupe, quitte à les éditer ou rééditer à moindre coût ou encore gratuitement.

Cette brochure a été soumise à la discussion et à l’approbation de chaque individu du groupe.

Le groupe Errico Malatesta de Paris de la F.A.


 

SOMMAIRE

– Préambule
I De l’outil syndical
– Les syndicats ne sont que des outils, quels buts peuvent-ils atteindre ?
– Anarcho-syndicalisme et anarchie
– Syndicalisme révolutionnaire et anarchie
– Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire
– Les CNT françaises
– Retour sur l’histoire du syndicalisme français
II Pierre BESNARD dans ses œuvres :
– A L’éthique du syndicalisme
– B Le monde nouveau
III Commentaire sur  » Le Communisme Libertaire  » d’après Isaac PUENTE
Conclusion

De l’outil syndical

Nous reconnaissons à tout individu le droit d’exprimer ses opinions, nous le revendiquons et nous entendons faire respecter ce droit inaliénable.Il nous semble essentiel que les différents positionnements et concepts autour du syndicalisme et de l’anarchie soient exprimés le plus clairement possible : le discernement n’est possible que hors de la confusion.

Avertissement 1 :

La question syndicale a été de tout temps un terrain très controversé dans les milieux anarchistes. Controversé parce que les anarchistes nient les dogmes et les doctrines et, par conséquent, ils ont développé de nombreuses méthodes militantes pour lutter contre le système en place. Controversé également parce que, de Proudhon à aujourd’hui, un bon nombre d’individus ont cherché à adapter la pensée anarchiste soit à leurs prismes, soit à une pseudo efficacité conjoncturelle ou philosophique. Pour s’en convaincre, nous citerons Léon Tolstoï dans son approche de l’anarchisme et de la croyance en Dieu, Daniel Guérin dans sa tentative de synthèse entre le Marxisme et l’Anarchisme. Nous pourrions citer également certains nihilistes, certains utopistes et certains syndicalistes.

Selon nous, notre histoire est jonchée d’écueils que nous devrons tôt ou tard examiner pour éviter à l’avenir certaines dérives.

Avertissement 2 :

Il n’existe pas dans la mouvance syndicaliste un système de pensée unique. Les conceptions et finalités sont tout aussi controversées que dans les milieux politiques. Comme partout le syndicalisme a subi les dérives réformistes, collaborationnistes, autoritaires, etc.

Dans le syndicalisme révolutionnaire, l’anarcho-syndicalisme représente une tendance qui ne légitime en rien l’ambiguïté perceptible qui tendrait à vouloir amalgamer ces deux notions.

Certains syndicats nationaux révolutionnaires type U.S.T.K.E (syndicat calédonien) ou le syndicat Solidarnosc (à forte tendance cléricale) en Pologne (et nous en passons) sont des exemples significatifs.

Si les syndicats ne sont que des outils, quels buts peuvent-ils atteindre ?

Tout syndicat se présente au minimum comme défenseur des intérêts économiques des travailleurs. Mais chaque syndicat a une position propre envers la société capitaliste ; là comme ailleurs se pose cette question : le capitalisme est-il acceptable ? Suivant l’analyse qui est faite de ce système se dessine le clivage entre réformistes et révolutionnaires.

L’existence même d’un syndicat exprime la reconnaissance d’une lutte nécessaire entre employés et employeur ; il met en lumière le rapport entre salariat et capital. Cet outil de lutte économique doit donc se positionner concrètement sur ce terrain : soit pour la cogestion du travail avec l’employeur en reconnaissant le droit à la propriété privée des moyens de production, soit pour l’action directe des travailleurs en reconnaissant l’exploitation sociale bourgeoise ou étatique. Les syndicats cogestionnaires nient les conditions d’existence du travailleur : son sacrifice quotidien au nom du profit est à définir avec l’exploiteur, patron ou Etat. Les syndicats qui ont opté pour l’action directe portent en eux l’idée que chaque travailleur peut être un individu responsable. Pour nous qui luttons contre l’autorité, il est fondamental de développer ce sentiment de responsabilité envers sa propre vie. C’est pour cela que les anarchistes ont toujours défendu l’action directe contre le parlementarisme et la prétendue cogestion. Mais même cette sorte de syndicat remet-elle en question par sa pratique le sacrifice qu’on fait de sa vie en acceptant la passivité d’un travail défini et imposé par d’autres ? Chaque lutte qui porte sur le salaire ou sur les droits des travailleurs, entérine l’existence du patron ou de l’Etat. Or tout syndicat prétend à améliorer les conditions de vie des travailleurs (dans cette perspective, si une bataille a été gagnée, la guerre continue).

Nous, communistes-anarchistes, voulons abolir le salariat car il est toujours l’expression d’une puissance extérieure qui dicte les possibilités de jouissance de son environnement à l’individu et qui le dépossède de ce qu’il produit. La société est le produit de toutes sortes de contributions et nous refusons de les mesurer entre elles. D’une part, tous les critères de mesure se révèlent absurdes à moins de nier les différences entre individus, ce qui revient à nier la richesse de la diversité : une heure de travail est-elle aussi pénible pour l’un que pour l’autre ? Donne-t-elle le même résultat ? Etc. Cela conduit inévitablement à l’élitisme et aux privilèges. D’autre part, le travail est-il une vertu ? Qui juge un homme selon sa force de travail ? Est-ce là un critère des rapports humains comme l’amitié par exemple ? Non, le travail n’a pas à être au centre de la vie, il n’en est qu’un des soutiens nécessaires. De plus, la réalité est que chaque objet, chaque homme de ce monde est en étroite relation avec l’ensemble des hommes tant présents que passés. Ainsi les différentes œuvres de tel homme auraient-elles été possible sans l’amour de telle personne, sans le confort matériel apporté par tant d’ouvriers, sans la culture élaborée par tant de générations, etc. L’alternative du communisme libertaire en économie permet de dépasser la lutte pour la survie dans un environnement contraignant – autrement dit le capitalisme – afin de favoriser l’aspect ludique et créatif de la vie. Aussi avons-nous pour devise :  » de chacun selon ses forces, à chacun selon ses besoins « .

Que chacun puisse décider de l’emploi de sa propre personne, de ce qu’il produit, de ce qu’il désire réaliser, de ce dont il a envie.

L’action strictement économique qu’effectue tout syndicat n’est que renforcement et dynamisme pour le capitalisme. Elle peut être une école de la responsabilité quand le moyen utilisé est l’action directe mais en aucun cas elle ne dépasse le rapport salariat – capital. Pour cela il faut un projet social et un moyen d’action adapté. Nous proposons le communisme libertaire comme projet économique et l’expropriation comme moyen. Il nous apparaît donc intéressant de faire de la propagande en ce sens dans les syndicats pour éviter leur tendance à conserver le salariat, c’est-à-dire une tendance à survivre en tant qu’organisation. Ils ont déjà fourni de nombreux exemples de cette tendance (qu’on se souvienne des accords de Grenelle en 68). Quant aux résultats d’une telle démarche protectrice qui englue les forces des exploités dans la revalorisation de salaire, on sait bien qu’ils ne valent qu’à court terme, le temps pour l’inflation… La résistance économique est insuffisante à renverser ce monde.

Anarcho-syndicalisme et Anarchisme

Depuis que l’anarcho-syndicalisme à été conceptualisé, il s’est toujours pleinement et activement positionné comme une tendance de l’anarchisme. Selon nous, être une tendance de l’anarchisme signifie que :

  • Dans la forme : elle ne déroge sous aucun prétexte aux usages et pratiques inhérentes à la pensée anarchiste. En d’autres termes, elle renonce à l’usage du pouvoir, elle se détourne de l’avant-gardisme et de toute tentation représentative, elle milite pour la révolution sociale et rejette tout compromis, elle reconnaît l’individu comme l’élément central de sa lutte sociale, elle combat l’autoritarisme organisé et elle reste fidèle à l’organisation fédéraliste décentralisée et antiautoritaire. Elle ne reconnaît pas la suprématie du nombre et elle œuvre de manière permanente pour la propagande anarchiste.
  • Sur le fond : elle lutte pour la révolution sociale et pour la réalisation d’une société anarchiste, elle s’inscrit pleinement dans une société anarchiste comme élément non coordinateur, elle identifie que le syndicat est un outil de lutte et non une finalité sociale. Elle ne s’octroie aucune légitimité fédérative après la révolution, sous peine de faire jouer au syndicat ce que Lénine a réalisé avec son fameux parti unique.

 

Dans ce contexte, les statuts de l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.) incarnent intégralement la vision ci-dessus citée, en positionnant le syndicat comme un outil de lutte, tout en revendiquant une société communiste libertaire après la révolution. Il appartient ensuite aux anarchistes de débattre sur la place que doit prendre la lutte syndicale dans le combat anarchiste, débat que nous pouvons déjà observer dans les correspondances militantes du début du siècle.

Syndicalisme révolutionnaire et Anarchisme

Comme nous l’avons dit plus haut, pour nous il n’y a pas toujours un lien étroit entre ces deux notions. Nous ne pensons choquer personne si nous disons ici que la revendication révolutionnaire n’implique en aucun cas l’adhésion à la philosophie anarchiste. Pour s’en rendre compte, il suffit de penser au national-socialisme nazi ou encore au Bolchevisme. Au même titre, nous ne devrions choquer, en disant que le syndicalisme révolutionnaire n’implique pas l’anarcho-syndicalisme.

Anarcho-syndicalisme et Syndicalisme révolutionnaire

Dans le paragraphe  » Anarcho-syndicalisme et Anarchisme  » nous avons indiqué que, pour nous, l’anarcho-syndicalisme était une tendance de l’anarchisme. A notre avis et au vu des critiques des anarchistes contre les théories marxiste et léniniste, il est difficilement imaginable que des anarchistes revendiquent l’organisation future à travers un parti ou un syndicat. La question de la pérennisation des outils de lutte après la révolution sociale est pour nous une frontière clairement marquée entre les révolutionnaires autoritaires et les anarchistes.

Cependant, que Monatte ait milité dans un syndicat révolutionnaire ne nous parait nullement choquant, nous savons bien que contrairement aux fédérations plus spécifiques, les syndicats ont une vocation de masse. L’organisation de masse implique un spectre large, cela signifie qu’elle doit rassembler des personnes et des idées bien différentes pour avoir une représentativité vis-à-vis du patronat. Il est, pour ainsi dire, impossible qu’un syndicat ne soit à ce jour composé que d’anarchistes. Donc, pour nous, un syndicat ne peut au mieux qu’être révolutionnaire, seuls des individus le composant peuvent être anarcho-syndicalistes (et pas toujours ceux qui s’en revendiquent).

Les CNT françaises

Le groupe Malatesta n’est pas le maître de la parole anarchiste, et quoi que certains puissent penser ce ne sont que nos convictions que nous défendons. La philosophie anarchiste représente pour nous bien autre chose que la capacité de convaincre, de rassembler et de mobiliser ; en d’autres termes de faire jouer l’influence des idées pour conquérir le pouvoir. Certes, il est tentant d’utiliser des arguments collectifs à des fins particulières comme : la misère, l’exploitation, l’humiliation… pour gagner une influence qui ne représente que son propre désir d’être légitime. Plus que quiconque les anarchistes connaissent les dangers que peuvent représenter la délégation que donne la représentativité.

Ce n’est pas sans raison que depuis l’origine les anarchistes luttent contre l’Etat, l’éligibilité et la coercition. Si nous avons renoncé à tant de reconnaissances, c’est parce que nous savons bien que le pouvoir qu’elles procurent corromprait les plus authentiques d’entre nous. Comment pouvons-nous accepter que le pouvoir soit contrôlé par ceux qui détiennent ce même pouvoir ? Que signifie l’argumentation de la Confédération Nationale du Travail (CNT)  » Vignoles  » pour laquelle la participation aux élections des délégués du personnel n’a pour seul objet que la protection des syndicalistes concernés et qui pense que le syndicat sera garant de la conformité de cette représentation ?

Tout comme vraisemblablement d’autres compagnons de l’A.I.T. nous refusons la distribution inconsidérée de chèques en blanc. Notre histoire est riche en exemples. Nous ne cautionnerons pas ce qui est à nos yeux une dérive, digne de celle dénoncée par Voline, du mouvement bolchevique pendant la révolution russe.

D’autre part, nous pouvons lire jusque sur les cartes d’adhérents de la CNT  » Vignoles  » qu’un des objectifs de cette organisation est la pérennisation du syndicat dans la gestion de la société future. Alors, syndicalisme révolutionnaire, c’est oui sans doute ; anarcho-syndicalisme, c’est non sans aucune hésitation.

Sans savoir si nous sommes une minorité en France à penser comme cela, nous nous refusons à cataloguer définitivement la CNT  » Vignoles  » comme autoritaire. Nous sommes prêts à participer à tout débat constructif et argumenté si le désir s’en fait ressentir.

Par ailleurs la CNT  » Le Mans  » (scission de la CNT « Vignoles » en 1993) revendique, elle aussi, dans ses statuts la gestion de la société future ; nous formulons donc les mêmes observations. Il est inutile de nous assimiler à une tendance quelle qu’elle soit du syndicalisme révolutionnaire, nous sommes communistes et nous entendons le rester.

Nous savons, par ailleurs, qu’en France la mouvance anarchiste est très peu organisée. Par conséquent, il nous est facile d’en déduire qu’une grande partie des consommateurs des produits issus de nos œuvres fédérales attend de notre part des positionnements dignes de la représentation qu’un anarchiste peut se faire d’une fédération et que le débat interne ne suffit pas. Tant du point de vue de l’éthique que de notre réalité matérielle, nous nous devons de préserver notre pluralité, élément indissociable de notre conception du fédéralisme.

Tous les militants de la Fédération Anarchiste savent bien que le débat actuellement soulevé, est un vieux débat en réalité. Depuis la fin du siècle dernier un grand nombre des écrits anarchistes traitent de la question syndicale. Si nos adhérents le savent, il y a fort à parier qu’une grande partie de la mouvance anarchiste ne l’ignore pas.

Mais sous couvert historique, la critique du syndicalisme révolutionnaire et d’un de ses plus illustres représentant français, le syndicaliste Pierre Besnard, est vécue comme une diffamation anti-anarchiste par certains.

En ce qui nous concerne, nous pensons que l’habit ne fait pas le larron et que la revendication ne fait pas l’authenticité. Nous ne sommes pas les seuls à contester vigoureusement le syndicaliste Besnard. En effet, que ce soit pour ses pratiques, ses proclamations ou ses écrits, l’illustre anarchiste a toujours reçu de vives contestations. Que ce soit pour Malatesta, S. Faure ou J. Grave (et on en passe) hier et aujourd’hui, cette forme de syndicalisme est loin de faire l’unanimité. Les raisons de ces désaveux sont clairement compréhensibles dans les écrits de P. Besnard lui-même.

Retour sur l’histoire du syndicalisme français

L’influence de P. Besnard sur le syndicalisme en France fut réelle : on le trouve au début des années 20 à l’origine d’une scission au sein de la Confédération Générale du Travail alors seul syndicat en France, composé majoritairement de réformistes, qui donne naissance à la C.G.T.- Unitaire en 1922. La raison étant l’échec d’une tentative de prise de contrôle de la C.G.T. par un moyen autoritaire : une organisation secrète : Le Pacte. Puis dans la constitution de la C.G.T.- Syndicaliste Révolutionnaire en 1926 ; l’ancêtre de la Confédération Nationale du Travail  » française  » (avec la CNT espagnole) constituée en 1946, car la C.G.T.U. était dominée par les idées bolcheviques du syndicat courroie de transmission du parti à prétention unique. L’idée qu’il soutient pour le syndicat est son autonomie et indépendance vis à vis de tout regroupement ou parti et son aptitude à gérer le monde nouveau post-révolutionnaire dans l’esprit de la charte d’Amiens de la C.G.T. en 1906.

Il est affirmé dans la charte de Lyon (1926), constitutive de la C.G.T.S.R., que le syndicalisme  » doit savoir profiter de toutes les tentatives faites par les partis, pour s’emparer du pouvoir, pour jouer lui-même sonrôle décisif qui consiste à détruire ce pouvoir et à lui substituer un ordre social reposant sur l’organisation de la production, de l’échange et de la répartition, dont le fonctionnement sera assuré par le jeu des rouages syndicaux à tous les degrés.  » On retrouve là l’idée du syndicat apte à gérer la société nouvelle.  » Ce caractère [«  de radicale transformation sociale  » de la  » révolution prochaine  » au  » sens profondément économique « ] ne peut lui être imprimé sur le plan de classe des travailleurs que par le prolétariat organisé dans les syndicats, en dehors de toute autre direction extérieure, qui ne peut que lui être néfaste.  » Ici est posé le problème de l’organisation des ouvriers au moment de la transformation de la société. L’expérience montre, dans le moment de la grève, qu’ils s’organisent bien souvent en comité de grève ; c’est l’assemblée générale des ouvriers qui dirige la grève. La difficulté pour le syndicat de l’organiser seul tient à ce que les ouvriers savent plus ou moins confusément que derrière tout syndicat, tout regroupement à base économique, se trouve un projet politique de la société, comme le montre la profusion des syndicats qui reflètent différents courants idéologiques. Or, lorsque les ouvriers se saisissent de leur propre force, c’est-à-dire agissent par eux-mêmes, il est évident qu’ils ne peuvent être unanimes puisque ce qui les unit ce ne sont pas leurs convictions mais le travail, c’est-à-dire la nécessité de manger, de se loger. Aussi, l’essentiel pour eux est d’élaborer, avec plus ou moins de conséquence, leurs décisions avec une mise en œuvre qui passe par la constitution d’assemblées générales. Aux anarcho-syndicalistes, forts de leur pratique militante et de leur projet cohérent, de proposer alors la révolution sociale. De même l’expérience russe de la révolution montre l’importance de l’action directe et du dialogue : ce sont les conseils ouvriers et paysans révolutionnaires, regroupements locaux résolument autonomes (au début de la révolution), ne reconnaissant pas de pouvoir extérieur et fédérés par des délégués aux mandats impératifs et révocables à tout instant, qui ont fait la révolution et non des syndicats. La force des conseils révolutionnaires se situe précisément dans leur organisation : là se constitue le premier acte révolutionnaire, la réappropriation de soi d’une manière collective, qui permet l’expérimentation d’un présent qui appartient à ceux qui le vivent et non à ceux qui les exploitent.

A notre avis, le syndicat politiquement neutre n’existe pas : toute organisation économique est porteuse d’un projet politique plus ou moins cohérent. Tout comme l’apolitisme qui fait le jeu de ceux qui sont au pouvoir, ce sont là des leurres utilisés de nos jours pour réserver le politique, c’est-à-dire la réflexion sur l’organisation sociale, à une élite qui cherche à s’appuyer sur la passivité.

Cette charte (dans une version non amendée) fut proposée et défendue par Pierre Besnard pour la première fois en juillet 1922 au congrès constitutif de la C.G.T.U.. A propos de sa version définitive il affirme, dans son ouvrage  » L’éthique du syndicalisme  » :  » On se rendra compte, en la lisant, qu’elle reste bien l’expression concrète et actuelle de la doctrine de notre mouvement.  » On retrouve cette charte, dans une version quelque peu modifiée, à l’origine de la CNT française (décembre 1946, charte de Paris).

Tout ceci nous a conduit à resituer les écrits de Pierre Besnard et à faire une lecture critique de ses deux livres :  » Le monde nouveau  » (1934) et  » L’éthique du syndicalisme  » (1938). On se rendra compte, en les lisant, que les apparences sont parfois trompeuses.

 


Critique des deux principaux livres de Pierre Besnard, théoricien du syndicalisme révolutionnaire


1. L’ETHIQUE DU SYNDICALISME de P. Besnard
ouLE DEUIL DE LA PHILOSOPHIE AU PROFIT DE LA DOCTRINE

Un nouvel ordre social

L’Ethique du syndicalisme, considérée par certains comme une œuvre majeure pour tous ceux et celles qui poursuivent la lutte sociale révolutionnaire, peut être regardé comme la légitimation d’un parti pris faisant d’avantage appel à la foi qu’au raisonnement.

P. Besnard dans sa grande générosité nous lègue des textes qui, sous leur forme critique, n’amènent aucune novation pour l’époque mais, qui sous leur forme idéologique, manient avec dextérité la rhétorique, la confusion, l’antagonisme de l’éthique libertaire par la dialectique doctrinale. Dans ce livre P. Besnard défend une idée de fond, à savoir que le syndicalisme est la forme sociale et moderne du socialisme. Il conteste la légitimité des partis. Il se démarque du rôle selon lui trop limité au secteur économique réservé aux syndicats et imagine un monde global où le syndicalisme serait la doctrine exclusive, regroupant en son sein toutes les formes organiques de la vie humaine.

N’hésitant pas à mettre dans le même sac toutes les organisations spécifiques, il disqualifie un bon nombre d’anarchistes de l’époque, n’adhérant pas à son point de vue, pour avoir, selon lui, une vision archaïque et surannée de la révolution politique, définissant ainsi le syndicalisme révolutionnaire comme le seul détenteur de la révolution sociale.

L’influence des anarchistes dans les textes de P. Besnard est indéniable. La priorité qu’il revendique aux individus et l’édification d’un fédéralisme autogestionnaire le montrent. Cependant, dès que l’auteur aborde sa vision de la lutte contemporaine et d’un monde futur, sous prétexte d’efficacité et de tactique, les contradictions s’amoncellent. Ce discours, pouvant être qualifié de dissocié, est d’autant plus dangereux qu’il s’appuie sur des concepts authentiquement antiautoritaires.

Dans le cadre des luttes contemporaines, qu’en est-il de la forme moderne et évoluée (que P. Besnard accorde au syndicalisme révolutionnaire), du socialisme ? Dans le champ actuel de l’évolution des idées et des courants de pensée, il n’est pas rare d’observer une tendance symptomatique à élever l’organisation à un degré supérieur de la conscience au détriment de l’individu. En admettant que l’individu contemporain soit aliéné (selon les dires de l’auteur), rien ne nous prouve dans l’absolu qu’une organisation d’aliénés génère spontanément une conscience susceptible d’émanciper les hommes. Alors que dans l’ouvrage, le syndicat nous est présenté comme l’outil le plus adéquat à cette fin même dans les domaines les plus surprenants comme l’éducation. Au travers des expériences vécues, nous savons que seule la pluralité individuelle est capable de jouer un réel contre-pouvoir. C’est par le biais de l’autonomie des individus et de leur capacité d’expression que les carcans dogmatiques peuvent être évités. C’est au nom d’une conscience supérieure que les marxistes s’approprient le pouvoir qui, par son organisation, se destine à émanciper le genre humain. Tout comme le projet révolutionnaire d’un certain P. Besnard, les marxistes, au nom du bien être de tous, se proposent de planifier, de gérer, d’éduquer et d’arbitrer toutes les phases de la vie humaine. Mais surtout de contrôler et d’organiser la production donc les besoins, au nom de la sacro-sainte égalité sociale. Nous pensons que par ce principe, les risques de dérive sont majeurs et que la gestion du fédéralisme autogestionnaire ne peut être placée sous l’égide d’une organisation tentaculaire et unique. Les fédérations doivent être autonomes et indépendantes, laissant libre cours au libre contrat, conservant ainsi une dimension humaine plaçant réellement l’individu au centre des intérêts collectifs. Par voie de conséquence qu’une organisation sociale se définisse comme un parti politique, un syndicat, une fédération ou encore comme une organisation secrète, c’est dans sa finalité sociale et les moyens mis en place qu’elle prend son sens et non dans son appellation.

Jusqu’à aujourd’hui, par définition, le syndicalisme trouve toute sa place dans le monde du travail et a pour rôle de jouer un contre-pouvoir face à la domination sans partage des patrons ou dirigeants. Autrement dit un travailleur adhère au syndicat pour lutter efficacement contre son patron, mais dès qu’il s’agit de problèmes extérieurs à l’entreprise le même travailleur se dote d’outils associatifs divers, toujours dans la recherche d’efficacité. En effet, le syndicat ouvrier n’est pas conçu pour gérer tous les problèmes sociaux que rencontre un individu. De plus, les individus concernés ne souhaitent pas forcément mélanger tous leurs problèmes et entendent, peut être, conserver une spécificité indépendante et autonome de leur globalité de vie.

Nous signalons, au passage, que les syndicats, de par leur vocation de masse, bien que certains s’en défendent,ont toujours une forme corporative. Chacun défend son bout de gras là où il est, et entend lutter pour sa proximité.

Adhérer à une organisation spécifique correspond à un choix de société. On y rencontre des individus qui sont en principe en accord sur des choix philosophiques clairement identifiés. Dans ce contexte, les intérêts se situent moins dans la proximité et offrent une possibilité plus aisée d’intégrer dans le quotidien une vision plus globale de la société. Donc, dés maintenant, nous attirons votre attention sur la place éminemment trop grande que P. Besnard donne au syndicat et sur les contradictions d’ordre organique que cela supposerait. Maintenant, pour nous comme pour beaucoup d’anarchistes, rien ne s’oppose au fait qu’un révolutionnaire soit investi dans les luttes syndicales et dans les luttes spécifiques par sa double appartenance au syndicat et à une organisation spécifique.

Pour finir ce premier point, il nous semble important de dire que les anarchistes ne se battent pas contre des mots. La notion d’Etat est combattue pour les implications directes et indirectes qu’il tend à faire vivre à ses contemporains. Donc quand P. Besnard prétend remplacer l’Etat par le syndicat nous aimerions avoir des arguments plus explicites qu’un vague schéma de décentralisation. Une structure, même syndicale voire décentralisée, qui revendique la représentativité d’un peuple, d’une nation dans un cadre géographique déterminé ou non, reste un clone de l’Etat.

DANS LE TRAVAIL

La Dignité et la Conscience

Après avoir réprouvé les considérations d’ordre général, qui selon Besnard prouvent que le syndicalisme est un mouvement social complet, il était bien logique que le premier chapitre soit réservé au travail et qu’en sous-titre nous puissions lire  » la Dignité et la Conscience « . Mis à part la manière simpliste et réductrice avec laquelle ces notions sont traitées, il semblerait que pour l’auteur le travail soit le seul domaine où la dignité humaine et la conscience (individuelle et/ou collective) trouvent leurs places dans sa définition de l’éthique d’un syndicalisme complet, socialement parlant.

Mais d’abord, voyons ce que P. Besnard identifie par le mot dignité. Nous citons :  » qu’est-ce que la dignité dans le travail ? Selon moi, c’est la conscience professionnelle alliée à la valeur morale du travail « , pour en comprendre un petit peu plus on découvre plus loin ce qu’est la conscience professionnelle ; nous citons :  » elle consiste à avoir le désir de livrer un travail bien fait, auquel on a donné toute son attention, tout son savoir et… peu de son âme. Un bon ouvrier est toujours fier de son œuvre, s’il a réussi à la faire parfaite  » (impossible de trouver ce qu’est la valeur morale du travail). Nous ne savons pas si parmi les personnes qui sont obligées de vendre leur force de travail pour vivre, il y en a beaucoup qui se reconnaîtront dans ces propos. Mais nous devons bien admettre que mises à part les critiques contenues dans ce chapitre contre les méthodes de rentabilisation utilisées par le patronat, les considérations surnormées, comme dans l’exemple ci-dessus cité, constituent l’essentiel de son apport. Pire encore, plus on avance dans l’argumentation, plus on sent poindre le spectre de l’élitisme. Exemple :  » C’est pourquoi, je dis que le premier sentiment de l’homme qui aspire à la libération est incontestablement la conscience professionnelle. C’est par elle qu’il acquiert la valeur morale qui fera de lui un travailleur capable de revendiquer ses droits, de défendre ceux de ses camarades, avec intelligence et ténacité. En ai-je vu de ces causes irrémédiablement compromises et perdues, parce que les avocats choisis par les ouvriers étaient des professionnels incomplets, des ignorants, des paresseux incapables de les défendre proprement ! « , sans commentaire.

DANS LA FAMILLE

Instruction et Education

Dans ce chapitre, qui aurait pu être fort intéressant, nous ne trouvons aucune analyse sur le rôle de la structure familiale dans la société contemporaine. Pourtant c’est bien par la cellule familiale que le capitalisme fait passer les premières notions ségrégationnistes. N’est-ce pas à partir de la famille que naît le premier concept de l’étranger ? La structure familiale n’organise-t-elle pas des liens hiérarchisés entre les individus, impliquant des rôles d’autorité, de subordonnés en fonction des modes sociaux culturels implicitement ou explicitement en vigueur ? Le concept de propriété, ne s’articule-t-il pas intégralement autour de la cellule familiale ? Non, nous ne trouvons rien de tout cela, seulement quelques répétitions autour du rôle de l’école laïque et de son inadaptation de faire d’un enfant un homme social et adapté au travail. Après avoir fait longuement le procès du rôle de l’éducation dite d’Etat, dans sa volonté incessante de soumettre les individus à son autorité, P. Besnard nous amène lentement à sa vision d’une éducation plus juste. Il démarre par 1936 en Espagne où il nous laisse percevoir quelques bribes de son ambition ; nous citons :  » Lentement, mais sûrement, s’élabore cette synthèse de classe, que personne n’aurait cru possible quelques mois plus tôt. Et cela, c’est le fruit de l’éducation sociale, de l’éducation syndicale « .

Nous verrons un peu plus loin pourquoi cette ineptie ne peut pas être attribuée à l’engouement que l’auteur pouvait avoir pour les réalisations de la CNT espagnole. Mais dès maintenant nous pouvons signaler, que de Francisco Ferrer à Sébastien Faure, l’éducation libertaire n’a nullement attendu le mouvement syndical pour se faire entendre et pour être expérimentée.

Remarquons également dans ce contexte quelques petites phrases jetées ça et là, mais qui sur le fond en disent long sur les considérations du penseur ; nous citons :  » De même que pour la formation et l’élévation de la conscience professionnelle, les syndicats, pris par l’intensité et les exigences de la lutte quotidienne, ont trop négligé cette partie essentielle de leur tâche : l’éducation sociale de leurs membres « .A ce stade ce n’est plus de l’ambition mais de la vanité. Le désir totalitaire d’inculquer à autrui ses propres valeurs au nom de l’élévation, du bien et du mal, tout en mettant l’accent sur le sentiment de culpabilité est digne des plus grands dogmes religieux qui sévissent depuis 2000 ans. Nous passerons sur les nombreuses inepties contenues dans ce chapitre concernant la psychologie des enfants et l’évolution cognitive, pour conserver l’aspect moral mis en évidence. Ainsi dans le registre des petites phrases nous trouvons encore ; nous citons :  » Celles qui désirent devenir des mères, en particulier, doivent être en condition de remplir le mieux possible la tâche qu’elles acceptent. Elles doivent apprendre la puériculture, cette science élémentaire pour elles qui leur apprendra comment on élève l’enfant, les soins à lui donner, tant alimentaires qu’hygiéniques ; assister, si elles le peuvent, à quelques-unes unes des conférences nombreuses qui sont données, presque chaque jour, dans les grands centres par des médecins spécialisés ; profiter des enseignements des maîtres en la question et de leurs cours gratuits. Aucune obligation, si elle n’est d’ordre physique, ne doit les en détourner. Aucun plaisir ne vaut celui d’assurer la vie de leur enfant. Il y va de la santé de vos gosses et cela doit pour vous, mamans, primer tout « . Mis à part la considération toute particulière donnée aux femmes, dont nous vous laissons juge. Nous ne pouvons que nous inquiéter quant au devenir de ces enfants qui dans un monde futur comme présent restent toujours responsables de tant de sacrifices.

Pour en finir avec ce chapitre, commenté trop succinctement, notre anarchiste syndicaliste esquisse clairement le rôle qu’il entend faire jouer au syndicat et qui explique notre allusion au début de ce paragraphe ; nous citons :  » Comment acquererez-vous ce bagage qui vous fait défaut, qui vous permettra de faire votre devoir social ? Seuls, à quelques exceptions près, vous ne le pouvez. Trop de problèmes vous solliciteront à la fois, que vous ne saurez pas classer dans leur ordre d’urgence. Quelqu’un ou plutôt quelque chose doit donc se substituer à vous. Quoi est-ce ? Le Syndicat. C’est son rôle essentiel de vous renseigner, de vous donner les éléments qui vous font défaut pour élever votre enfant, physiquement et moralement, pour éveiller et développer sa conscience « . A ce stade de la puissance de pensée il ne nous reste plus qu’à savoir qui pourrait se substituer aux syndicalistes pour les élever à une conscience encore plus céleste ? Mais hélas notre révolutionnaire génial ne s’en arrête pas là, il nous suggère encore ; nous citons : «  Pour atteindre ce résultat, il faudrait, à mon avis, modifier assez profondément le fonctionnement actuel du syndicat. Je crois qu’il est indispensable de constituer, dans son sein, trois sections d’éducation : la première, pour les pupilles de 6 à 13 ans ; la seconde pour les jeunes gens des deux sexes, de 13 à 21 ans ; la troisième, pour les adultes, également des deux sexes, à partir de 21 ans. Ces sections, qui pourraient trouver aisément les maîtres de tous ordres qui leur sont nécessaires et est maître dans une science quelconque, tout homme qui la possède suffisamment pour pouvoir l’enseigner, a dit Robin « . Tout cela fait peur ; sans autre commentaire.

DANS LA LUTTE CONSTRUCTIVE

La Persévérance et l’Exemple

Comme à son habitude, ici P. Besnard introduit une notion de révolte avec laquelle nous pourrions être d’accord mais s’empresse de l’annihiler avec des conceptions très dogmatiques existant dans la morale chrétienne. Cependant, et pour la première fois dans ce livre, l’auteur développe une idée qui mérite que l’on s’y arrête. On nous explique que le biais des luttes intermédiaires, n’est pas compris par les négateurs (dont nous faisons certainement partie ; il faut bien être quelque chose !) , et qu’il offre deux intérêts :

  • Les luttes de proximité prennent en compte les conditions de vie réelles des travailleurs et leur état d’urgence mérite que l’on s’y arrête.
  • Nous citons :  » Une lutte, quelle qu’elle soit, ne se limite jamais à son objet. Elle le dépasse toujours, surtout si ceux qui ont mission de la mener savent en montrer tous les aspects, toutes les conséquences proches et lointaines « .

Dans un premier temps, nous pouvons être plus ou moins d’accord avec cet énoncé, si dans le contexte posé l’auteur ne cessait de tirer la couverture à lui en faisant croire qu’il a découvert l’Amérique. Nous rappelons que de tout temps les anarchistes se sont préoccupé des conditions de vie et des acquis immédiats des individus et non seulement des travailleurs, en luttant pour le droit de vote, pour le statut d’objecteur de conscience, en s’opposant à la guerre, pour la libre circulation, etc. Cependant une des limites, qui se pose très rapidement au militant syndicaliste et qui n’existe pas pour le militant spécifique, réside essentiellement dans l’exigence de conviction que suppose l’adhésion. Actuellement aucun syndicat fut-il le plus révolutionnaire, n’entraverait objectivement l’adhésion d’un travailleur qui ne cherche exclusivement qu’à défendre ses seuls droits, et pour cause, sa représentativité constitue toute sa légitimité. Par conséquent, il serait plus juste de dire que la limite des luttes ne dépasse son objet que pour un sous-ensemble du syndicat.Dans un deuxième temps et dans le monde que nous vivons, quelles sont les opportunités réelles et concrètes des syndicats à sortir de leur support ? Quand, verra-t-on une forte mobilisation syndicale chez Renault ou aux PTT déclencher une grève illimitée contre un éventuel conflit armé comme celui du Golfe ou contre la construction d’une nouvelle centrale nucléaire, ou contre l’expulsion d’étrangers ?… A ce jour seules quelques cellules ou quelques staffs prennent position et s’engagent en dehors de l’entreprise comme tout autre individu non syndiqué. Jusqu’où pouvons nous croire que les employeurs sont dupes quant à leur marge de manœuvre dans les revendications syndicales ? Quand nous voyons aujourd’hui les syndicats dits révolutionnaires se frotter les mains parce que grâce à tel ou tel slogan des plus réformistes il a obtenu tant d’adhésions, quelle finalité tout cela peut-il nous laisser présager ?

Dans les arguments donnés dans ce livre nous trouvons ; nous citons :  » C’est ainsi qu’en occupant, en mai-juin 1936, les lieux de travail, de façon plus instinctive que raisonnée au moins au début et pour la plupart des grévistes les travailleurs ont posé des principes essentiellement révolutionnaires tels que : la possession des instruments de travail et leur utilisation par la collectivité libérée, la négation du droit de propriété et du principe d’autorité « . En passant, il nous semble que P. Besnard devrait en premier se poser la question de l’autorité. Il ne faut pas oublier que le front populaire a été en France une situation politique particulière, Léon Blum venait de prendre le pouvoir, la crise économique restait très dure, et la situation aux frontières était précaire. Compte tenu de ces faits l’action syndicale n’était peut être pas l’élément moteur, mais peut être plus simplement des individus se sont-ils trouvés dans des situations plus propices à l’agitation. D’autres périodes ont fait vivre aux idées révolutionnaires des heures de gloire comme Mai 68 où les syndicats n’ont pourtant joué qu’un rôle des plus discutables. Cependant nous n’avons pas à ce jour d’anarchiste qui nous soutienne que l’organisation gauchiste et étudiante éduque les masses vers les principes essentiels de la révolution. Pourtant les idées anarchistes ont, à cette époque, été largement reprises (bel exemple de rhétorique monsieur Besnard !).

Il y aurait tellement de choses à dire que nous vous conseillons vraiment de lire ce petit chef-d’œuvre. Mais pour finir sur ce chapitre, toujours sur la même idée, notre avocat du syndicalisme complet, après s’être mille fois emmêlé les crayons dit :  » Acceptons l’idée que les grèves, pour obtenir des augmentations de salaire ou de conditions de travail meilleures, ne résolvent pas la question. Acceptons même le fait, puisque nous avons la conviction que nous tournons dans un cercle vicieux infranchissable, mais ne nions pas l’efficacité de ces luttes sur d’autres terrains. Par l’extension, toujours plus grande que nous leur donnerons, nous ne cesserons de nous rapprocher de nos buts. Et puis, si dérisoires qu’elles soient ou plutôt qu’elles paraissent, n’ont-elles pas pour conséquence de mettre un frein (provisoire) à l’exploitation capitaliste qui, sans elles, se croirait tout permis « .

En ce qui concerne le rapprochement au but, malgré le recul que nous avons aujourd’hui, cela reste toujours à démontrer. Il est évident que la lutte freine l’exploitation. Toutefois, prenons garde à ne pas nous laisser piéger par une dialectique, entre l’Etat, le patronat, et les représentants ouvriers qui finirait par faire perdurer un système où tout le monde se serait tranquillement installé.

L’ETHIQUE DU SYNDICALISTE

Globalement

Il est vrai que quand P. Besnard aborde les thèmes de la solidarité, de l’entraide et de la coopération, nous ne pouvons ignorer des points communs avec d’autres courants de pensée de l’anarchisme comme dans l’Ethique de Pierre Kropotkine par exemple. La démarche très mécanique de l’auteur est trop souvent repoussante et un certain élitisme parfois évident pose quand même question.

Toute la construction de ce livre s’articule autour de l’organisation économique, ne laissant que peu de place à une réelle dimension sociale et à l’aspect émotionnel des individus. Si cette méthode permet à l’auteur de tout centrer autour du syndicat, elle a l’inconvénient majeur de réduire à une grande pauvreté tous les sujets traités par manque d’impartialité. L’aspect quasi obsessionnel que P. Besnard montre dans cet écrit pour la légitimité du pouvoir syndical, dénature sérieusement les principes de base que l’auteur met lui-même en exergue. D’une philosophie antiautoritaire où l’individu est l’élément incontournable de l’organisation sociale, nous glissons à une doctrine où le syndicat se substitue aux personnes et puisqu’elles sont limitées, relègue les femmes à un rôle prioritaire de mère à cause de l’urgence, à une dignité ne se dissociant pas de la fierté, à une organisation sociale ficelée où même s’il reste quelques organes atomisés, le syndicat joue le rôle de système nerveux central et contrôle l’ensemble. De tout temps les doctrinaires ont cherché à se substituer au philosophe. Le courant anarchiste n’a pas échappé à cette tendance, nous nous souvenons d’Archinov qui, avec sa plate-forme, a cherché à rationaliser la pratique révolutionnaire. Le souci parfois boulimique d’efficacité et de tactique peut être une dérive sérieuse. L’activisme n’est pas en soi une vertu révolutionnaire. Il se lit davantage comme une défense individuelle proche de la manie qui aurait pour objet de masquer des carences identitaires et un complexe ne pouvant être sublimé que par une forme extérieure de reconnaissance.

Pour ce qu’il en est du syndicalisme révolutionnaire, nous vous invitons à vous reporter aux annexes de ce livre. Le chapitre Orientation Syndicale et ceux qui suivent sont une démonstration affligeante de ce que nous dénoncions dans la première partie de cette brochure. Et pour comble d’ironie, comme nos voisins marxistes l’ont affirmé par la plume de Marx et Lénine, nous retrouvons le schéma de l’exercice du pouvoir transitionnel post-révolutionnaire par le syndicat unique pour arriver au communisme libre. Nous citons :  » Entrant dans le dernier cycle de son évolution historique, le Congrès entend substituer le syndicalisme, expression naturelle de la vie sociale des individus en marche vers le communisme libre « .

Note aux anarcho-syndicalistes

Vous trouverez page 135 en fin de l’annexe (le syndicalisme dans le cadre national), un texte pouvant être fort à propos de la situation actuelle ; nous citons :  » En condamnant la (collaboration des classes) et le (syndicalisme d’intérêt général), le Congrès tient à déclarer que ce ne sont pas les discussions inévitables entre patrons et ouvriers qui constituent des actes de collaboration de classes. En ne voyant dans ces discussions qui résultent de l’état de choses actuel, qu’un aspect de la lutte permanente des classes, le Congrès précise que la collaboration des classes est caractérisée par le fait de participer dans des organismes réunissant des représentants des ouvriers, des patrons ou de l’Etat, à l’étude en commun des problèmes économiques, dont la solution apportée ne saurait que prolonger, en la renforçant, l’existence du régime actuel « .

La représentation du Délégué du Personnel échappe-t-elle à cette classification ?

Pour nous, non-syndicalistes, qui comme vous œuvrons pour l’action directe (par définition contre la délégation), il nous semble que sauf erreur que vous ne manquerez pas de nous souligner, la délégation syndicale et la délégation du personnel comportent des différences très orientées dans le sens quant à leurs applications.

La délégation syndicale :

  • le délégué ne représente que ses adhérents (donc des individus ayant choisi la forme et le fond de cette représentation).

La délégation du personnel :

le délégué représente une globalité d’individus qui, quels que soient leurs choix et leurs opinions, organiquement et en fonction du nombre de salariés dans l’entreprise a un rôle médiateur avec l’employeur et peut cogérer dans certains cas avec le patron des œuvres de l’entreprise.


2. Le Monde nouveau
Organisation d’une société anarchiste
de P. Besnard
Ecrit en 1934, ce livre est la troisième partie de  » Les Syndicats ouvriers et la Révolution Sociale « . Dans cet ouvrage, Pierre Besnard propose son projet de société :  » Les buts, attributions et le fonctionnement de l’organisation économique, administrative, sociale et juridique du  » Monde Nouveau  » sont exposés aussi minutieusement que possible « .Il ajoute que ce livre présente des principes d’organisation effleurés dans d’autres de ses ouvrages :  » il convenait de les approfondir, de démontrer que le système esquissé représentait vraiment, complété, quelque chose de nouveau, comme le désirent ardemment tous ceux qui veulent que ça change et ne savent pas encore comment exprimer leur pensée et leur volonté de façon précise et nette «  se posant ainsi d’emblée comme celui qui va élaborer les choses à la place de ceux qui n’en sont pas capables.
Cette certitude traverse tout le livre et n’est pas sans conséquence quant à son organisation de société future. Il faudra toujours pallier les insuffisances des individus, le syndicat s’y attachera.

Cette même idée est reprise dans l’introduction où il justifie la nécessité de sa construction :  » s’il (le prolétariat) attend le Messie et le miracle, il subira la dictature d’une poignée d’hommes, dictature qui sera d’autant plus pénible que les  » conducteurs  » eux-mêmes ne sauront ni où aller, ni où conduire les autres « .

Il y là un premier antagonisme fondamental entre Pierre Besnard et nous sur la façon de concevoir l’individu et les rapports humains. Il parle du prolétariat comme d’un seul individu et du coup, raisonnant en terme de masse et non d’individus distincts et particuliers, il est bien naturel qu’il considère que cette masse attend un messie, un guide puisque c’est là justement le propre des masses que de ne se constituer que dans le rapport à un leader et dans le renoncement complice à sa propre singularité pour se fondre dans le groupe.

Quand Pierre Besnard parle d’individu, il n’identifie pas la même chose que nous. Alors qu’il revendique l’égalité économique et sociale (ce dont nous nous dissocions), il ne considère pas que les individus sont égaux. Nous nous expliquerons plus loin sur les conséquences de sa représentation.

Citons un exemple :  » on peut affirmer à coup sûr que la capacité constructive du prolétariat sera toujours inférieure à sa capacité de destruction « . Ce qui justifie, pour lui, le fait qu’il élabore un projet de société pour tous. Néanmoins il est bien conscient des implications d’une telle pratique :  » Pourtant, même pour détruire, il est absolument nécessaire qu’il sache, aussi exactement que possible, ce qu’il veut, ce qu’il ne veut plus ou ne veut pas. Autrement, et malgré toutes les affirmations contraires, il confiera une fois de plus ses destinées à une minorité qui le mènera ou elle voudra – peut être où elle pourra – et non où il voudra, parce qu’il ne saura pas ce qu’il veut. C’est infiniment grave. Toute l’Histoire le prouve « .

Nous avons bien compris que ce que voudra le prolétariat c’est ce que Pierre Besnard lui aura indiqué. Les risques réels consécutifs au fait de s’en remettre à un autre, il les souligne mais ses réserves ne concernent que les autres qui voudraient faire la même chose que lui : guider le peuple.

Pour nous l’illusion c’est le maître, même s’il s’appelle Pierre Besnard, et l’illusion suprême c’est le maître plus le disciple. Il faut se débarrasser des maîtres pour ouvrir sur l’anarchie :  » Ni dieu, ni maître « .

Ce qui est troublant c’est le perpétuel paradoxe dans lequel il se situe : quand il énonce ses principes nous ne pouvons qu’être en accord avec lui mais dès qu’il s’attache à leur mise en pratique, nous nous apercevons que celle-ci va à l’encontre de ces principes qu‘il a lui-même énoncés.

Pierre Besnard nous invite à critiquer son projet :  » … élaborons notre plan constructif, soumettons-le à la discussion de tous et, qu’au plus tôt, on l’examine. Qu’on l’approfondisse, le perfectionne, mais qu’on décide et agisse. C’est donc dans le but d’obtenir ces résultats que je soumets ce Plan à l’examen, à la discussion, à la critique et à la décision de tous « .

C’est ce que nous allons faire, mais cette phrase nous amène deux remarques :

  • il n’envisage même pas que ce plan pourrait être rejeté dans sa totalité et ne propose que des amendements;
  • il sous-entend que remettre ce plan en question c’est entraver l’action. Nous prétendons qu’agir sans réflexion relève de l’activisme. Il n’y pas d’action possible sans réflexion sinon dans la réaction. La réflexion ne se dissocie pas de l’action sinon nous sommes dans le dogme.

Il nous indique la méthode de travail et les principes qui l’ont guidé dans l’élaboration de ce plan :  » suivant ma conception, la base certaine, indiscutable de toute société est l’Economie. L’administratif découle du système économique et le social est la conséquence de l’Economique et de l’Administratif qui lui donnent vie et force « . Pour nous, il est indiscutable que l’économique est la base de toutes les sociétés actuelles dites modernes. C’est précisément parce que nous voulons inverser ce rapport et que ce soit l’individu qui devienne cette base incontournable, irréductible, que nous voulons changer de société et que seul, à notre connaissance, le Communisme Libertaire se donne ce but.Enfin, il termine son introduction en donnant les caractéristiques de son système :  » Ce système sera donc de forme associative, fédéraliste, régionaliste communaliste, fédérative et anti-Etatiste « .

Chapitre I : l’organisation de la production industrielle

Il s’agit là de décrire comment sera organisée la production industrielle, le chapitre suivant reprenant le même modèle pour la production agricole. Nous allons le détailler et tenter d’en rendre compte, afin d’expliquer où se situent nos critiques, voire nos radicales objections ; nous citons :  » Immédiatement s’imposent à l’esprit les idées suivantes : adapter à la tâche constructive révolutionnaire les rouages syndicaux déjà existants ; créer sans délais ceux qui n’existent pas ; renforcer ceux qui existent mais qui sont encore insuffisants « . Curieuses idées que celles qui s’imposent à l’esprit de Pierre Besnard. Les rouages syndicaux existants ont leur utilité dans la lutte nécessaire contre le patronat dans le contexte pré-révolutionnaire. Comment imaginer qu’ils seraient adaptés après la révolution sociale si celle ci a bien été mise en œuvre par les individus eux-mêmes prenant en charge leur propre vie ? Ce sont des outils de lutte, contre qui s’agira-t-il de lutter alors ?

Il est d’ailleurs remarquable que les outils qu’il imagine soient en miroir identiques à ceux de l’organisation capitaliste. Chacun des rouages qu’il décrit se substitue à une organisation capitaliste en place, il aura les mêmes fonctions : seul le nom change. Nous verrons comment au fur et à mesure de leur description.

Il en arrive à dire à la conclusion de son livre :  » Il (Le Grand Conseil des Travailleurs qui est l’appareil de coordination) remplace avantageusement l’Etat, quelle qu’en soit sa forme, sans avoir aucune des tares de cet Etat, qui devient complètement inutile « . On croit rêver. Ce n’est pas contre le mot Etat que nous combattons mais bien contre les implications sur chacun de nous de cet Etat, rien ne peut le remplacer avantageusement.

Reprenons l’organisation de la production et suivons Pierre Besnard dans sa description :  » Tous ces rouages, nécessaires pour organiser rationnellement la production, sont incontestablement : Les Comités d’atelier, les Conseils d’usine, le Syndicat d’industrie, La Fédération régionale d’industrie, la Fédération nationale d’industrie et la Fédération internationale d’industrie… examinons comment ils doivent fonctionner, quels sont leurs rapports, leurs liaisons « . Toujours la même affirmation péremptoire, comment entendre son invitation à le critiquer s’il utilise le mot incontestablement. Pour nous, cette organisation est éminemment contestable.

Les comités d’atelier

 » Les Comités d’atelier, qui sont, en ce moment, les organes syndicaux indispensables pour exercer le contrôle de la production ; qui sont actuellement chargés d’étudier le fonctionnement technique de l’atelier, de défendre les travailleurs sur le lieu même du travail, devront diriger la production de l’atelier, au lieu et place de la direction capitaliste, en accord avec les Conseils d’usine « . On a du mal à se représenter ce fonctionnement. S’il s’agit de travailleurs librement organisés entre eux (comme le veut le communisme anarchiste, finalité revendiquée par Pierre Besnard) que peuvent-ils bien avoir à voir avec une direction capitaliste, et où est la nécessité de défendre les travailleurs ?

Les Conseils d’usine

 » Qui sont (actuellement)… les instruments du contrôle syndical dans la gestion patronale… deviendront, par la force des choses, les conseils de gestion de l’entreprise. Ils se substitueront normalement aux conseils d’administration capitalistes. Ils dirigeront, en fait, techniquement, administrativement et socialement les entreprises nouvelles, avec l’aide des Comités d’atelier et sous le contrôle effectif du Syndicat d’industrie de la localité « . Il apparaît donc à l’évidence que cette structure, en dépit des allégations contraires de Pierre Besnard, est hiérarchisée : avec l’aide du rouage inférieur et sous le contrôle de l’instance immédiatement supérieure. Et tout le schéma s’articule ainsi. Pour preuve, il n’est qu’à voir les neuf planches réalisées par l’auteur en fin de livre représentant sous forme schématique tout le système d’organisation. Un monde nouveau réduit à neuf schémas qui tous ressemblent étrangement à l’organigramme actuellement en place dans toutes les entreprises capitalistes. A l’évidence, toutes les informations, contrôles et décisions sont centralisés.

Les Comités d’atelier et Conseils d’usine se composent de deux sections :

1. sections techniques » Etudier, par atelier, l’organisation et l’exécution du travail ; se préoccuper des investigations et des perfectionnements susceptibles d’augmenter le rendement, élever ce rendement au niveau exigé par la consommation, dont les besoins seront indiqués par l’Office de la Statistique… « . Ces sections seront également chargées de la recherche.Là, Pierre Besnard ajoute une petite phrase en apparence anodine mais lourde de signification :  » Les Comités d’atelier… feront parvenir leurs travaux au Conseil de gestion et au Syndicat d’industrie. Ces derniers informeront à leur tour les Fédérations régionales et nationale d’industrie qui se chargeront, elles aussi, d’informer, de la même façon, les Offices spécialisés des Fédérations internationales d’industrie « . On voit bien là une base et des strates hiérarchisées, la communication ne passe jamais directement on en réfère toujours au niveau immédiatement supérieur.

2. sections sociales

Elles ont pour mission d’assurer aux travailleurs le maximum de bien être, d’hygiène et de sécurité :  » leur rôle consiste à s’intéresser le plus possible à la vie du producteur, sur le lieu même de son travail ; à l’éduquer, à développer en lui les qualités humaines et en premier lieu, l’aide mutuelle, la solidarité, la patience et la tolérance, ainsi – et surtout – que le sentiment de responsabilité « . Et voilà l’individu est devenu le producteur, n’ayant plus aucun intérêt en tant qu’individu, on va tenter de lui faire intégrer les qualités nécessaires au meilleur rendement. Où sont passés les individus conscients, capables de se déterminer pour eux-mêmes ? Le syndicat se charge de les rendre fonctionnels.

Conseils d’usine ou d’entrepriseAyant décrit le fonctionnement des sections, Pierre Besnard précise celui des Conseils d’usine :  » composés des travailleurs les plus qualifiés de tous les services… assureront la direction et la gestion de l’entreprise socialisée… ils présenteront le bilan de leur gestion aux travailleurs de l’entreprise et le soumettront également au Syndicat d’industrie dont ils dépendront « . Les travailleurs les plus qualifiés… le bilan présenté aux travailleurs et soumis au Syndicat : sans commentaire.

Et Pierre Besnard trouve utile d’en rajouter :  » quelle que soit l’importance des Comités d’atelier ou des Conseils d’usine, il est évident qu’ils ne pourront être que les organes du Syndicat d’Industrie « .

Syndicat d’industrie

 » Le syndicat d’industrie est la véritable cellule de base de la production locale. Pourquoi ? Parce que les Comités d’atelier et Conseils d’usine… ne sont pas à même d’organiser, dans la localité, la production de toute une industrie… seul le Syndicat d’industrie… est, par sa nature même, le régulateur industriel tout désigné dont la fonction s’impose. Il est seul qualifié par sa nature, pour organiser et diriger, en toute connaissance de cause, la production de telle ou telle industrie, dans une localité déterminée « . C’est également le Syndicat qui est responsable de l’approvisionnement en matières premières et de la répartition des excédents. Il peut donc y avoir des excédents qui seront  » utilisés soit pour être échangés avec les régions les plus proches » soit :  » pour être vendus à l’extérieur « .

Il sera composé de deux sections :

                        1. Les sections techniques syndicales
Chargées de l’aspect technique de la production.
                        2. Les sections locales syndicales
Chargées de l’aspect social.

Fédérations régionales d’industrie

Pierre Besnard nous en explique l’absolue nécessité :  » De même qu’il est indispensable de grouper tous les Syndicats d’une région déterminée pour assurer la vie économique, il est absolument nécessaire de réunir ces Syndicats par industrie, en vue d’organiser, dans le même cadre, la production industrielle. La tâche des Fédérations régionales d’industrie sera exclusivement technique « .  » Ces Fédérations régionales formeront le Conseil économique régional. Cet organisme fonctionnera sous le contrôle de l’Union régionale des Syndicats « . Elles disposeront de six offices principaux dont, entre autres, l’Office de la Main d’Œuvre qui  » a pour but de recenser et de répartir la main d’œuvre employée dans l’industrie « , pour Pierre Besnard si l’ANPE n’existait pas, il faudrait l’inventer !

Fédérations nationales d’industrie

 » Sont, auprès de la C.G.T. ce que sont auprès des Unions régionales, les Fédérations régionales d’industrie « .

Fédérations internationales d’industrie

 » Prolongement indispensable des Fédérations régionales et nationales….surtout si la révolution s’étend à plusieurs pays « . Il est clair que pour Pierre Besnard, les nations subsisteront même là où la révolution aura eu lieu.

Ce chapitre a été longuement détaillé, pour montrer, en le citant, ce que Pierre Besnard entend réaliser sous couvert de mettre en place le communisme libertaire.

Chapitre III : l’organisation syndicale

Dans ce chapitre P. Besnard va tenter de :  » démontrer la valeur de l’organisation syndicale, de justifier ses prétentions… justifier son maintien après la révolution, et démontrer que certaines tâches, les plus importantes, ne peuvent être accomplies que par lui… « .  » Il (le syndicalisme révolutionnaire) sait aussi que nul autre que lui ne peut, avec chance de succès, et sans lui, organiser la production, premier facteur de la vie individuelle et collective… la clef de voûte de l’édifice sociétaire est la production et non la consommation « . Pour parvenir à nous convaincre P. Besnard ne recule devant rien :  » Le syndicat est, je le répète, le groupement naturel des producteurs et travailleurs. Son caractère est donc biologique « . Et nous ajoutons, pour montrer que nous avons bien saisi qu’il existe des organisations biologiques, ce dont nous ne nous doutions pas, que l’église catholique, comme toutes les églises, est le regroupement naturel des croyants, son caractère est donc biologique.

P. Besnard poursuit sa démonstration, toujours avec la même méthodologie. Il commence par énoncer une affirmation comme indiscutable et en tire sa démonstration. C’est exactement le mode de fonctionnement paranoïaque ou malhonnête : on part d’un présupposé et on en déduit sa conclusion sans aucun lien avec la réalité des faits.

P. Besnard propose une organisation parfaitement centralisée et hiérarchisée mais il suffit qu’il affirme que  » son désir est d’échapper à tout centralisme étatique à base syndicale  » pour pouvoir conclure  » il est donc antiétatique et fédéraliste « . L’affirmation de départ doit nous suffire comme démonstration.

P. Besnard insiste beaucoup pour dire que le travailleur est à la fois le  » moteur et le conducteur  » du syndicat.  » Nulle part il n’y a place pour le principe d’autorité « . Les administrateurs  » choisis… parmi les mieux doués… sont révocables « . Mais ces mandataires sont élus à la majorité et, dans une organisation de masse, révocables signifie interchangeables avec un individu ayant la même orientation.

Bien que P. Besnard affirme le contraire, à ce jour les mandatés des anarchistes (en tout cas à la FA) sont désignés et révoqués à l’unanimité. Mais P. Besnard a toujours le même argument pour justifier son système et en l’occurrence l’élection à la majorité :  » il ne faut tout de même pas passer tout le temps à discuter ; Il faut décider et, surtout agir « .

Le syndicat est structuré sur le même modèle que l’organisation de la production. Nous retrouvons donc l’Union locale et régionale des Syndicats, la Confédération Générale du Travail et l’Internationale Syndicale qui doit être  » le grand régulateur de la production universelle « . Il y là un autre antagonisme fondamental entre P. Besnard et nous sur la conception du fédéralisme.

P. Besnard nous donne sa définition du fédéralisme :  » Tous ces rouages administratifs et sociaux, et leurs Offices techniques spécialisés, constituent, de la base au faîte, un système parfaitement fédéraliste… « .

Répartition et distribution

Une assertion balaye d’abord toute forme d’organisation de production qui ne serait pas celle proposée par P. Besnard :  » nul ne contestera, j’imagine, que les syndicats, par leur nombre, leur organisation et leur préparation pré-révolutionnaire sont mieux qualifiés pour organiser la production que les quelques coopératives existant çà et là « .

Le sort des coopératives de consommation est tout aussi vite réglé :  » A la vérité, la suppression du commerce privé, l’établissement d’un service communal de distribution, la remise des produits, denrées et objets aux intéressés sur la simple présentation de la Carte de Travail, accompagnée de bons libellés en heures de travail, à titre de contrôle ou de la carte d’invalidité ou d’assistance rendent les coopératives de consommation absolument inutiles « .

La voilà la belle égalité économique et sociale, n’est-on pas là plutôt dans tout travail mérite salaire ? Rien de nouveau, il y a longtemps que nous sommes prévenus :  » tu gagneras ton pain à la sueur de ton front « . Pour nous cette rétribution du travail en denrées et autres est bien l’équivalent d’un salaire calculé en nombre d’heures travaillées. P. Besnard, à nos yeux ne supprime pas le salariat, ni la possibilité de capitaliser des biens donc du pouvoir.

Au passage on en profite pour réquisitionner les biens des coopératives déclarées inutiles :  » est-ce à dire que leurs installations souvent très bonnes, que leur personnel généralement très exercé, ne seront pas utilisables et utilisés ?… Au contraire, je suis persuadé qu’il y aura le plus grand intérêt à transformer et à utiliser au mieux les magasins et entrepôts des coopératives de consommation ; à en faire des magasins de réception et de réserve « .

Nous sommes bien évidemment d’accord lorsque P. Besnard dit :  » L’achat étant remplacé par la répartition et la vente par la distribution, la coopération de consommation perd sa raison d’être, avec l’accomplissement de la révolution sociale « . Mais dans ce cas, pourquoi remplacer les coopératives de consommation par le syndicat ? On aurait pu imaginer leur transformation dans ce sens.

Chapitre IV : l’organisation politique ou administrative

« le gouvernement des hommes doit faire place à l’administration des choses… un système administratif remplacera automatiquement et définitivement le système politique actuel « . On voit bien que le communisme libertaire n’est pas le but réellement visé et il est, selon nous, difficilement possible de parler d’anarcho-syndicalisme. Le but visé est bien syndicaliste révolutionnaire : une société gérée par le syndicat.

A la base de l’organisation administrative on trouve l’individu, avec la commune comme cellule initiale. Jusque là tout va bien, mais les choses se compliquent quand P. Besnard nous explique pourquoi la commune :  » par sa délimitation, qui est déterminée par la puissance d’attraction et le rayonnement de l’union locale des syndicats… « . C’est le monde à l’envers : c’est le syndicat qui définit la délimitation de la commune.

Le rôle de la commune est le suivant  » aux syndicats le travail économique, aux communes les besognes administratives… elle devra s’occuper de tout ce qui intéresse l’individu, en dehors de son travail « . Les communes établissent entre elles un lien fédéral en Fédérations régionales, Confédération nationale et Association internationale. La Confédération nationale des communes forme avec la Confédération Générale du Travail le Grand Conseil des Travailleurs.

Dans ce chapitre P. Besnard se défend beaucoup, sans nous convaincre, contre l’objection que nous lui faisons. Prenons par exemple ce qu’il dit à propos du lien fédéral entre les communes :  » ne peut-on pas craindre qu’il constitue une sorte de réminiscence étatique, une sorte de pouvoir déguisé qui viserait, par des voies obscures, plus à gouverner qu’à administrer et à gérer ? « . Et bien, justement si, nous pouvons le craindre, le fédéralisme, tel que le conçoit P. Besnard, ne garantit en rien contre ce risque.
Chapitre V : l’organisation sociale

P. Besnard pose un préambule qui nous amène encore à nous dissocier de lui. Il affirme la nécessité de l’organisation et critique à la fois ceux qui refusent toute forme d’organisation et ceux qui, bien que partisans de l’organisation, n’ont sur la construction de l’avenir que des idées extrêmement vagues et les classe dans les anti-organisateurs. Pour nous, l’organisation est indispensable sans cela c’est la loi du plus fort qui se met en place. Cela ne signifie pas que nous devrions organiser et gérer la vie des individus, sinon nous sommes dans le totalitarisme ou le fascisme. Pour nous, l’organisation est l’association, sans coercition, dans un but déterminé avec les moyens et les formes adéquates pour atteindre ce but nécessaire à la vie sociale. Au passage, nous insistons sur le fait que la fin ne justifie jamais les moyens. L’organisation n’a de sens que pour mettre en place des structures qui évitent autant que possible toute prise de pouvoir. Car ne nous leurrons pas : l’avidité de pouvoir existe en tout être humain.

P. Besnard, dans son souci didactique, va plus loin :  » De qui dépendra cette organisation sociale ? Qui l’impulsera ? Quel en sera le moteur ? Qui le contrôlera « ? Peu importe la réponse, le lien de subordination est clairement énoncé.

Parlant de l’organisation sociale Pierre Besnard a mis en avant qu’elle s’intéressait à l’individu, le syndicat s’occupant du travailleur. Les services sociaux, au nombre de dix, sont là pour faciliter la vie des individus. Qu’en est-il ?

La distribution des vivres

Nous avons vu plus haut qu’elle ne concerne que les travailleurs, selon leur nombre d’heures de travail, avec une exception pour les handicapés et les assistés.

L’éducation et les loisirs

Critiquer le modèle éducatif de P. Besnard devrait faire l’objet d’un article particulier. Contentons-nous ici de souligner le rôle de l’éducation pour celui ci :  » la société ne fait qu’une avance que l’enfant lui remboursera par son travail, lorsqu’il sera devenu un producteur « . Pauvre enfant, déjà en dette par le seul fait qu’on lui aura donné l’éducation nécessaire et suffisante pour qu’il devienne un producteur. Car c’est bien de cela dont il s’agit.

Tout d’abord le moule avec deux degrés :

  • Le premier, de 5 à 12 ans (et rien avant 5 ans ) où P. Besnard qui n’a sans doute jamais remarqué la curiosité et le désir de savoir des enfants de cet âge affirme qu’il  » n’a pas encore atteint l’âge d’étudier les sciences et où il s’agit essentiellement de développer ses qualités physiques « . Nous sommes tentés de dire pour quoi faire ? Avons-nous besoin de grands gaillards physiquement développés et complètement ignares ?
  • En effet, ce n’est que dans le second degré que démarre l’enseignement :  » où l’enfant de douze à seize ans doit être initié aux diverses branches du savoir humain, en même temps qu’il apprend la pratique d’une ou de plusieurs branches de la production « . Voilà c’est fini, quatre années d’enseignement général et technique suffiront à ces grands costauds.

Il reste tout de même une chance pour ceux qui souhaitent étudier  » après avoir terminé son éducation jusqu’à la fin du second degré, un jeune homme peut désirer – sans abandonner le travail productif auquel il est tenu – de se vouer plus spécialement à l’étude d’une science… « . Passons sur le fait qu’il ne parle que de jeune homme, que de science et vous avez bien compris : le travail est obligatoire dès seize ans. Triste société que celle qui nous est proposée.Chapitre VI : l’organisation générale du monde nouveau

Il s’agit de :  » Récapituler et rendre compte du caractère exact des rouages qui me paraissent à la fois, nécessaires et suffisants, pour assurer la vie économique, administrative et sociale du régime nouveau « . Un rien mégalomane, Pierre Besnard a pensé à tout, il n’y a rien à ajouter, rien à enlever.

Dissociant l’organisation économique, administrative et sociale, il différencie le travailleur qui relève de l’économique, de l’individu qui relève de l’administratif et du social. Mais il va plus loin :  » à la base le travailleur  » et tout naturellement c’est dans l’organisation économique :  » le syndicat d’industrie… le premier groupement où s‘élabore, par voie de synthèse, l’intérêt général « .

Par quoi remplacer l’Etat ?

Le Grand Conseil des Travailleurs

 » Si nous avons fait disparaître toutes les raisons d’être de l‘Etat : propriété, pouvoir, classes, salariat, nous avons aussi dressé, étage par étage, sur des plans parallèles, deux pyramides solidement assises sur le roc de la réalité : l’une économique, l’autre administrative. Soudées à la base, elles sont reliées à tous les étages par des rouages qui coordonnent et conjuguent leur activité jusqu’au sommet « . Il nous explique lui-même que son système est hiérarchisé, donc incompatible avec le fédéralisme dont il se revendique.

Déclaration de principes

Le Congrès réaffirme  » la base de l’ordre social nouveau est économique «  d’où la nécessité d’organiser en premier la production. Mais ce n’est pas tout :  » En affirmant le droit à la vie de tout homme valide qui travaille ; en assurant l’existence aux enfants invalides et malades par la distribution gratuite de tous les produits et objets, le Congrès exclut l’argent des rapports des hommes «  droit à la vie réservé aux travailleurs, les invalides et malades font exception mais le payent cher, par cette opération ils deviennent enfants. Selon nous, chacun possède avant tout le droit de vivre et de vivre dignement. Nous considérons qu’il faut penser aux besoins avant de penser aux obligations afin qu’il n’y ait plus un seul homme qui soit contraint de vendre sa force de travail pour exister.

Et, si vous ne le saviez pas, vous avez un double but dans la vie  » Travailler et vivre librement « . La vie a-t-elle ainsi un but ? Idée religieuse que celle de vouloir donner un sens à sa vie. Pour nous la vie n’a pas d’autre objet que d’être vécue et nous tentons de concilier le travail, qui relèvera toujours de la contrainte et la liberté.

Hiérarchie et Fédéralisme :  » Dans le cas où il y aurait différent entre l’Union locale des Syndicats et la commune, il (le Conseil Local des Travailleurs) fait fonction d’arbitre. Appel de sa décision pourra être fait devant le Conseil Régional des Travailleurs et en dernier ressort devant le Grand Conseil des Travailleurs. Les décisions de ce dernier sont sans appel « .

Soulignons au passage la double hiérarchie :

  • la Commune, donc l’individu, est toujours soumise au Syndicat,
  • Le travailleur, lui-même hiérarchisé.

Il nous semble que le fédéralisme dont se revendique Pierre Besnard, n’est qu’un mot qui couvre une autorité centralisée. Pour nous le fédéralisme se définit comme la possibilité de s’associer librement et de façon temporaire. Il relève toujours d’initiatives individuelles. Comme Bakounine, nous pensons que chaque région, chaque commune doivent être libres de s’organiser librement.Conclusion

Nous citons :  » le syndicalisme révolutionnaire doit indiquer, en prétendant à la succession du capitalisme, les bases et le fonctionnement de l’ordre social qu’il veut réaliser ; qu’il doit faire connaître son plan constructif et faire pénétrer dans les masses travailleuses sa doctrine, ses principes et le système d’organisation qu’il oppose, dans l’ensemble et par partie, aux principes et à la doctrine capitaliste « .

Pierre Besnard se définit comme anarcho-syndicaliste, or il fait délibérément ou non l’amalgame en se présentant comme syndicaliste révolutionnaire. La confusion entre anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire est constamment entretenue. Les deux mots sont employés indifféremment comme s’ils recouvraient la même réalité.

Bien que Pierre Besnard affirme le contraire, le système proposé n’abolit pas le salariat dans son principe : les bons de travail remplacent la monnaie mais ils ont exactement la même fonction. A cela nous objecterons, comment considérer qu’une heure de travail équivaut à n’importe quelle autre, n’est-il pas des travaux plus pénibles et moins gratifiants ? Le nombre d’heures de travail ne donne en rien la mesure de l’utilité sociale. Nous restons bien dans le cadre du salariat et celui qui produit, envoyé sur son lieu de travail par l’Office de la Main d’Œuvre suivant les besoins de production identifiés par le syndicat, a renoncé à faire connaître son avis sur l’utilité de ce qu’il produit et la manière de le faire.

Il n’abolit pas non plus la monnaie, elle est conservée pour les échanges avec les pays étrangers à qui on achètera les matières premières et on vendra les surplus de production.

Le syndicalisme de Pierre Besnard est collectiviste en ce sens qu’il collectivise les moyens de production, mais il a des caractéristiques individualistes, il est toujours question des plus doués pour remplir une fonction, seuls les plus courageux auront accès aux études supérieures. Le travail obligatoire correspond à la lutte pour la vie, avec en plus la charité pour ceux qui ne pourraient pas travailler. L’assistance sociale, prenant en charge les individus reconnus inaptes ouvre la porte à toutes les inquisitions.

Pour nous, le parfait appareil imaginé par Pierre Besnard est une nouvelle machine à broyer les individus. Qui n’aurait envie dans ces conditions d’être grain de sable pour bloquer les rouages ? Car bien entendu, il n’y a pas de place pour qui n’adhérerait pas à ce système où la place de chacun est prévue.

 » La présente constitution régit tous les individus et toutes les institutions du pays « . Celui-ci ne saurait être que dissident à ramener à la raison. Et c’est bien cela qui nous inquiète. En effet s’il ne s’agissait que de mettre en place un système dans lequel chacun aurait le libre choix de s’inscrire ou non, nous n’aurions pas la moindre objection. Il est pour nous fondamental que chacun puisse choisir son mode de vie et sa place dans le cadre du libre contrat ; nous n’imaginons même pas que tous adhéreraient à ce que nous voulons pour nous.

Dans une société communiste libertaire, telle que nous l’imaginons, il doit y avoir toute la place pour ceux qui ne souhaitent pas ce communisme. Libre à chacun de s’organiser comme il l’entend ; à nous de définir une organisation qui ne soit pas destinée à régir la vie de tous mais dont l’unique but est, par sa forme structurelle, d’empêcher toute prise de pouvoir d’un groupe sur un autre.

Nous ne mettons pas en doute la bonne foi et la bonne intention de P. Besnard. Mais il est toujours plus que douteux de vouloir agir pour le bien de l’autre. Néanmoins nous considérons que le système qu’il propose n’offre aucune garantie de ne pas devenir un jour totalitaire. Il porte en lui le germe du centralisme démocratique et de la bureaucratisation. Le risque est grand qu’il prenne effectivement la place de l’Etat tout aussi impossible à penser comme se désagrégeant de lui-même. Et c‘est bien sur ce point particulier que nous nous dissocions des communistes autoritaires.

Nous nous opposons au principe d’égalité, pourtant inscrit sur le fronton de nos édifices publics et revendiqué par P. Besnard. L’égalité n’existe pas, sauf pour des clones. Ce qui fait la richesse d’une société c’est justement la diversité des individus qui la compose sans qu’il soit possible de les mesurer sur une échelle de valeurs démontrant une éventuelle égalité. Partant de là, on ne saurait revendiquer l’égalité économique, qui, d’ailleurs n’implique nullement la liberté. De nombreuses communautés religieuses fonctionnent avec l’égalité économique. Qui de nous voudrait de l’égalité des moines dans leur couvent ? Rien ne s’oppose au despotisme dans une société égalitaire.

Le communisme anarchiste se fonde sur la liberté du travail et de la consommation en l’absence de toute mesure et de toute détermination de l’un et de l’autre.

La proposition de P. Besnard :  » à chacun selon son travail «  relève à nos yeux, du collectivisme. Les relations imposées échappent à l’individu qui devient sujet. Ce qui est subjectif attend sa solution du collectif et s’en remet à un sauveur. La solution collective ne se fait pas sans individualisme, il faut des individualistes pour faire le collectif dans le renoncement à sa singularité. En ce qui nous concerne, nous avons résolument opté pour que les choses s’organisent « de chacun selon ses besoins à chacun selon ses moyens ». Nous n’imaginons pas que tous aient les mêmes besoins pas plus qu’ils n’ont les mêmes moyens. Nous ne militons pas pour « à travail égal salaire égal ». C’est pour permettre la réalisation personnelle de chacun que la société doit assurer le besoin de tous. Nous ne considérons pas le travail comme une vertu salutaire et rédemptrice. Le travail reste une contrainte à laquelle nous ne nous soumettons que par nécessité. Nous plaçons le besoin au-dessus de l’œuvre. Quand il est obligatoire, le travail devient asservissement.

Le communisme libertaire implique à la fois l’anarchie et le communisme. Avant la révolution, l’anarchie c’est la lutte contre l‘Etat et le pouvoir, après la révolution c’est empêcher l’exercice de tout pouvoir. C’est à dire instaurer le primat de l’individu, sans intermédiaire et sans délégation. Il n’y a pas de régulateurs possibles de l’égalité ou de la liberté. C’est à l’individu de mettre en œuvre sa propre liberté comme il l’entend. Les regroupements ne peuvent se faire que par affinité en des groupes libres, conjoncturels et qui se fédèrent librement avec d’autres groupes. Il ne saurait y avoir de fédération imposée. Nous voulons une société où les rapports entre les individus ne soient réglés ni par des lois, ni par une autorité quelconque mais par des engagements mutuels librement consentis et révocables. Sans personne pour lui imposer sa volonté, l’individu peut développer son individualité, ce qu’il a d’original, de singulier.

 


Commentaire sur le Communisme Libertaire d’après Isaac Puente.

Présentation :

Le docteur Isaac Puente fut vraisemblablement à l’initiative de la prise de position confédérale communiste libertaire adoptée par le congrès de Saragosse de la CNT espagnole en mai 1936. Contrairement à Pierre Besnard, I. Puente donne des références théoriques solides et argumentées.

Par exemple, I. Puente se dissocie de la nécessité d’un architecte social revendiquée par Pierre Besnard. Contrairement à ce que nous avons pu lire dans les paragraphes précédents, I. Puente dénonce les préjugés d’un pouvoir ordonnateur et revendique l’évolution spontanée et individuelle de chacun.

Nous citons : « par illusion, nous attribuons aux soins du père la croissance et le développement de son fils, fait comme si c’était par une influence étrangère que l’enfant croit et se développe. Mais la croissance et le développement s’opèrent chez tous les enfants sans que personne les procure. Ce qu’il faut, c’est que personne n’opprime la nature ou ne l’anéantisse ».

Cependant, à notre sens, la pensée d’I. Puente reste dans les grandes lignes conforme aux confusions entretenues par une tendance syndicaliste révolutionnaire de l’époque. Nous retrouverons en effet dans la brochure publiée en juillet 1934 « d’El communismo libérario » la saincro-sainte idée d’un syndicat fédérateur, organisant les travailleurs après la révolution sociale. Nous avons pu, à diverses occasions, nous exprimer sur les risques que comporte le maintien d’une organisation de défense des travailleurs après la révolution. Cette volonté farouche de maintenir une structure syndicale vient, vraisemblablement de l’intérêt quasi unique qui est donné à l’aspect économique de la société future. Pour nous, l’aspect purement marchand que suggère une société centrée sur un rapport économique s’oppose au communiste libertaire. Le concept de  » à chacun selon ses moyens et à chacun selon ses besoins « , ne peut en aucun cas induire une société régie par des valeurs marchandes. En d’autres termes, les anarchistes sont partisans d’une société où l’économie reste un outil de développement social permettant l’émancipation de chaque individu. Nous ne sommes pas nés pour travailler, mais nous travaillons pour vivre. La seule instance de gestion de la production dans une société future doit être les consommateurs eux-mêmes. Les unités de production ne peuvent être gérées par elles-mêmes. Leur seul objet est de satisfaire les besoins des consommateurs dont les producteurs font eux-mêmes partie. L’appropriation des moyens de production même par une structure de travailleurs exclurait dans ses rouages de gestion une immense majorité de personnes dépendantes de par leurs besoins. Cet état de fait nous renvoie obligatoirement à l’idée qu’une société organisée autour de l’économie ne peut se dissocier d’un certain centralisme, où seuls quelques individus bien placés peuvent déterminer les besoins de tous.

Pourtant dans les différents avertissements formulés dans la brochure d’I. Puente, la mise en garde la plus appuyée concerne la croyance qu’un idéal peut se réaliser par l’entremise de quelques hommes ; nous citons : « Le pire de tous les préjugés est de croire qu’un idéal peut se réaliser par l’entremise de quelques hommes, qu’ils refusent ou non le nom de politiciens. Aux gouvernements, il suffit de mettre une nouvelle pancarte sur la vieille marchandise et de rédiger pompeusement les nouveaux principes sur le parchemin constitutionnel. C’est ainsi qu’on a pu intituler « Communisme » ce qui s’est établi en Russie et « république des travailleurs » la république espagnole, où le nombre des travailleurs de toutes classes est de 11 millions et celui des oisifs de 13 millions sur 24 (en 1935). Si le communiste libertaire devait être une réalisation des politiciens, nous devrions en fait nous incliner devant un régime qui n’aurait rien de communiste ni de libertaire ».

Dans ce contexte, et pour que le lecteur puisse mieux identifier les différents courants de pensée qui se revendiquent aujourd’hui de l’anarchisme, nous avons jugé utile de parler ici d’I. Puente, l’idée étant de comprendre que derrière des mots, même si la forme semblent identique le fond peut être très différent voire antagoniste.

Organisation Économique de la société

Comme dit dans le paragraphe précédent, la prédominance de l’organisation économique de la société future, constitue certainement pour nous le point de désaccord le plus important avec la pensée Isaac Puente ; nous citons :  » le communiste libertaire se base sur l’organisation économique de la société, l’intérêt économique étant l’unique lien qui soit commun à tous les individus, et où puisse s’établir la coïncidence des forces. L’organisation sociale n’a dès lors pas d’autre but que de mettre en commun ce qui constitue la richesse sociale, c’est à dire le matériel et l’outillage de production, et les produits eux-mêmes. Elle fait également commune obligation de contribuer à la production, chacun suivant ses forces et ses aptitudes et la jouissance ou l’usage des produits, dans la mesure des nécessités individuelles. Tout ce qui n’est point fonction ou activité économique reste en dehors de l’organisation et en marge de son contrôle. C’est là le domaine inaliénable des initiatives et des activités particulières ».

Dès le début de ce paragraphe I. Puente, tout en revendiquant le communisme libertaire, se situe en marge des théoriciens qui en ont défini les concepts. En effet, que ce soit Pierre Kropotkine, Elisée Reclus, Errico Malatesta, Carlo Cafiéro, etc., tous sont catégoriques sur la priorité de l’abolition de la monnaie et du salariat, et s’accordent à dire que l’unique fonction de la production réside seulement dans la satisfaction des besoins. Pour nous la véritable richesse sociale est les individus qui composent cette société. La coïncidence des forces ne se situe pas dans l’outillage de production ni dans les produits eux-mêmes, elle naît du particularisme des individus et des savoir-faire de chacun. Le produit ne peut être une valeur marchande. Dans notre société actuelle nous savons combien il est aliénant de vivre dans un monde d’objets. Les risques y sont multiples. En voici trois principaux :

1) l’objet comme unité de valeur permet sous quelque forme sociale que ce soit la capitalisation. Elle le permet même au détriment d’autrui.

2) le désir d’accumulation est l’une des nombreuses facettes du pouvoir. En effet, cette forme d’affirmation du moi masque généralement un désir fort de maîtrise et de puissance.3) un monde où seul l’outillage et les produits organisent notre temps (même si ce n’est pas permanent) est un monde de frustration et de peine. L’épanouissement de l’individu passe par sa réalisation et non par l’acquisition.
Nul besoin de rendre obligatoire la contribution à la production si cette dernière constitue le moyen de sa propre émancipation. Il appartient à chacun de définir ses besoins, et collectivement selon des contrats librement consentis de s’en donner les moyens.

A contrario de la société divisée en classes, où la force sociale échappe à ceux qui la fournissent pour coïncider avec l’intérêt économique qui les a colonisés, une société communiste libertaire se fonde sur le particularisme des individus et leurs libres-unions. C’est-à-dire qu’elle ne saurait subordonner l’intérêt individuel à un quelconque intérêt général, fut-il économique : elle bannit l’économie politique qui ne se préoccupe que d’objets et la remplace par l’économie des besoins de chaque homme, le communisme libertaire. Pour résumer l’idée, c’est un renversement de sens qu’il faut effectuer, passer des hommes au service de l’économie à l’économie au service des hommes. C’est pourquoi la perspective d’I. Puente nous semble marcher sur la tête car pour nous le matériel et l’outillage de production, et les produits eux-mêmes n’ont dès lors pas d’autre but que de servir l’organisation sociale : les individus librement fédérés.

Comme vous pouvez le constater les divergences dépassent la forme. Ce sont bien les objectifs qui sont différents. Voilà pourquoi nous pouvons trouver un peu plus loin dans cette brochure, nous citons : « L’initiative passe aux organisations professionnelles : le contrôle de l’enseignement aux maîtres, celui de santé aux professions sanitaires, celui des communications aux techniciens et employés des transports. Le régime intérieur d’une usine est réglé par les techniciens et ouvriers réunis en assemblée et le contrôle de la production est effectué par la fédération des syndicats. » Il n’est plus besoin de dire qu’en ce qui nous concerne, nous pourrions écrire : « l’initiative passe aux individus ; le contrôle de l’enseignement à chaque intéressé, celui de la santé à chaque protagoniste, celui des communications à l’ensemble des personnes utilisant ces dites communications. Le régime intérieur d’une usine est réglé par des conseils ouvriers et de consommateurs et le contrôle de la production est exercé par tous. »

Nous pouvons lire plus loin : « La force revient à son origine, de la société au groupe, du groupe à ses composants, et n’étant pas accumulée par quelques individus au nom de la société, chaque individu en possède une part égale, et chaque assemblée la somme de ce qui lui en est concédé par tous ». Ici nous pouvons remarquer qu’il existe une hiérarchisation entre l’individu et le groupe. Cette hiérarchie implique une égalité économique entre chaque composant de ces dits groupes. Pourtant I. Puente affirme en début de chapitre la différence entre chaque individu par la revendication du communiste libertaire dans son concept inaliénable de chacun selon ses besoins et de chacun selon ses moyens. Il revendique un peu plus loin la prédominance de la défense des intérêts égoïstes ; je cite : « de la défense de l’intérêt égoïste de l’individu, elles deviennent capables d’accepter la pleine responsabilité de leur rôle social. » C’est bien autour de la multiplicité des contradictions, comme celles ci-dessus citées, que les grandes divergences d’idées existent. Une vision purement économique et une réflexion principalement organisée autour de la masse, constituent l’essentiel des confusions existant aujourd’hui dans la pensée de certains anarchistes.

Dans le cas d’I. Puente, nous retrouvons effectivement toutes les bases de l’anarchisme. C’est bien dans la tentative d’une définition de la société future, que les divergences apparaissent. Encore une fois, nous le répétons, il ne peut y avoir de communiste libertaire dans une société régie par le syndicat.

Le syndicat ne trouve toute légitimité que dans l’opposition au système industriel actuel. Toute son organisation, sa légitimité, sa structure sont conçues en fonction de cette opposition. Une société sans classes, sans salariat ne peut s’organiser autour de valeurs institutionnelles capitalistes. Dans une société future il nous faudra inventer une autre organisation. Les conseils ouvriers et les fédérations de consommateurs sont, à ce jour, les outils les plus adéquats pour réaliser un changement radical de la société. La grande illusion serait de penser qu’un parti politique, un syndicat ou tout autre organisation issue du système combattu, serait en mesure de rompre avec son histoire et sa forme organisationnelle pour se réadapter à un monde nouveau antiautoritaire. La révolution sociale ne se limite pas à abroger les privilèges existants, elle se doit de les supprimer tous définitivement.


Conclusion
Pierre BESNARD, comme Isaac PUENTE nous proposent une nouvelle société achevée, caractérisée par la stabilité. Pour nous cette stabilité est illusoire, totalitaire et mortifère. Elle est totalitaire parce qu’elle fixe la révolte dans ce qui est précisément sa trahison, en empêchant toute forme de pensée critique.Cette société ne s’appuie pas sur la liberté des individus, ni même sur la volonté qui est un compromis entre liberté et contingence, mais présente un caractère obligatoire.
Nous revendiquons le droit absolu de dépasser en la niant toute prise de position, infiniment. L’adhésion arrête le mouvement et relève du domaine de la foi, figée dans des certitudes.

Nous ne pouvons considérer le monde et la société que comme perpétuellement en mouvement, mouvement de la parole et de la pratique. Un engagement est toujours partiel et conjoncturel. Sa logique est toujours à défaire et à reconstruire autrement.

Nous refusons toute forme de conservatisme, fut-il par un attachement à la pensée anarchiste qui deviendrait ainsi un dogme.

Pour nous la société réside dans le souci de lier les différences. Ce qui s’oppose à la vision d’une société parfaite comme d’un couple idyllique : les deux niant toute différence. Il faut avoir reconnu la difficulté du lien pour pouvoir tenter de le maintenir. Nous faisons notre la question :  » Où commence et où finit la première personne du pluriel ? » Autrement dit comment ne pas se perdre dans le  » nous « .

Nous voulons terminer ce fascicule par deux citations : une de Sébastien Faure, l’autre d’Errico Malatesta, qui précisent une autre vision de l’anarchie telle que nous la concevons.


ANARCHIE – ANARCHISTE
« Il n’y a, il ne peut y avoir ni Credo, ni catéchisme libertaires. Ce qui existe et ce qui constitue ce qu’on peut appeler la doctrine anarchiste c’est un ensemble de principes généraux, de conceptions fondamentales et applications pratiques sur lesquels l’accord s’est établi entre individus qui pensent en ennemis de l’autorité et luttent, isolément ou collectivement, contre toutes disciplines et contraintes politiques, économiques, intellectuelles et morales qui découlent de celle-ci. Il peut donc y avoir et, en fait, il y a plusieurs variétés d’anarchistes mais toutes ont un trait commun qui les sépare de toutes les autres variétés humaines.

Ce point commun, c’est la négation du principe d’autorité dans l’organisation sociale et la haine de toutes les contraintes qui procèdent des institutions basées sur ce principe. Ainsi, quiconque nie l’autorité et la combat est anarchiste. (…) »

Sébastien Faure (1852-1942) – Encyclopédie Anarchiste (achevée en 1934)


L’IDEE D’UN BON GOUVERNEMENT
« Personne ne peut juger avec certitude qui a raison et qui a tort, qui est le plus près de la vérité ou quelle est la meilleure manière d’accomplir le plus grand bien pour tout un chacun. La liberté couplée avec l’expérience est la meilleure façon de découvrir la vérité et ce qui est le mieux ; et il ne peut y avoir de liberté s’il y a un refus de la liberté de se tromper.

Mais quand l’on parle de liberté d’un point de vue politique et non philosophique, personne ne pense à un épouvantail métaphysique d’homme abstrait qui existerait en dehors de l’environnement cosmique et social, et qui, comme une sorte de dieu, pourrait faire ce qui lui plaît dans le sens absolu du terme.

Quand on parle de liberté, on parle d’une société dans laquelle personne ne peut contraindre ses compagnons humains sans rencontrer une résistance vigoureuse, dans laquelle, par-dessus tout, personne ne peut se saisir de la force collective et l’utiliser pour imposer ses désirs aux autres et aux groupes eux-mêmes (qui sont la source du pouvoir).

Nul n’est parfait, d’accord. Mais c’est une raison de plus, peut-être la plus forte raison, pour ne donner à personne les moyens de « mettre un frein à la liberté individuelle ».

Nul n’est parfait. Mais alors où pourra-t-on trouver des gens qui soient non seulement assez bons pour vivre en paix avec les autres, mais aussi capables de contrôler la vie des autres d’une manière autoritaire ? Et, en supposant qu’il y en ait, qui les nommerait ? S’imposeraient-ils d’eux-mêmes ? Mais qui les protégerait de la résistance et de la violence des « criminels ? » Ou alors seraient-ils choisis par le « peuple souverain », qui est considéré comme trop ignorant et mauvais pour vivre en paix, mais qui soudainement acquiert toutes les bonnes qualités nécessaires quand il s’agit de lui demander de choisir ses dirigeants ? »

Errico Malatesta (1853-1932) – tiré d’Umanita Nova 1920 ; inclus dans ‘Malatesta : Vie et idées’, Freedom Press


Septembre 1997


Groupe Communiste-Anarchiste Errico Malatesta de la Fédération Anarchiste

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