Électoralisme et libertaires

Électoralisme et libertaires

On connaît les pratiques des “grands” médias aux ordres des “puissances” économiques pour mettre en avant les discours ultra-libéraux ou d’extrême droite afin de protéger leurs intérêts idéologico-politiques et économiques. On les connaît depuis un moment, c’est pas nouveau. Et de même, dans les médias, avec les discours et intérêts pro-social-démocrate ou d’extrême-gauche… On connaît cette manière de présenter l’élection comme une solution la moins pire, tout en dénonçant l’abstentionnisme et plus particulièrement celui actif des révolutionnaires anarchistes sous l’argument de l’homme de paille. A ce sujet, toutes les nuances de l’extrême-droite à l’extrême-gauche savent y faire. On connaît moins le fait que certains libertaires participent parfois à ce jeu électoral.

Il y a toujours eu au sein du mouvement anarchiste le principe de l’abstention active/révolutionnaire par rapport aux élections parlementaires ou autres élections représentatives, et il y a eu parfois des tactiques circonstanciées vis à vis de ce principe, et parfois des ruptures de principe vers d’autres pratiques ou idées, et parfois il y a la dénonciation directe ou indirecte des idées/pratiques libertaires.

Quelques exemples dans l’histoire… Même si on peut rester critique et mettre des guillemets relatifs sur ce qu’on a pu définir “anarchiste” ou “libertaire” à une époque, ce qui est toujours le cas actuellement sur certains personnages ou certaines organisations publiques se définissant eux/elles mêmes ainsi. A chacun de voir ce qui lui semble correspondre avec le mot ?

Il y eut évidemment au sein de l’AIT une rupture sur ce principe entre les fédéralistes socialistes révolutionnaires libertaires et les centralistes socialistes autoritaires. Les centralistes participèrent aux institutions représentatives d’État de la bourgeoisie, plus tard certains fédéralistes également. Par exemple, Merlino rompit pratiquement avec le mouvement anarchiste (bien que restant un compagnon pour l’aide juridique) et décida de se lancer dans la représentation politique chez les socialistes réformistes, c’était un choix politique qui fit débat. Il y eut évidemment dans le sens contraire, mais ici ce n’est pas la question.

Autres “exemples”, certains individualistes libertaire, rompirent avec le mouvement anarchiste et entrèrent en politique, c’était des choix politiques en rupture avec leurs idées et pratiques libertaires, comme victor Serge énonçant son engagement complet avec le parti bolchevique :  “Mon parti était pris, je ne serai ni contre les bolcheviks ni neutre, je serai avec eux, mais librement, sans abdication de pensée ni de sens critique” ; Il y eut aussi, par exemple et de manière résumée, Ernest GIRAULT, Alexandre LEBOURG et d’autres qui rompirent petit à petit avec le mouvement anarchiste pour collaborer avec le PCF.

Dans les années 30, en Espagne, l’organisation de l’AIT fédéraliste, nommée CNT, forte sur le terrain social, mais ayant subi une répression en 1934 (suite à l’insurrection des asturies) avec pour conséquence d’innombrables adhérents enfermés en prison, pris une position tactique circonstancielle vis à vis de l’élection de 1936. Le parti du “frente popular” promettait la libération des prisonniers une fois élus. Même si il y eut des articles abstentionnistes, notamment dans solidaridad obrera, la CNT ne fit globalement pas campagne pour l’abstention active cette fois ci, des adhérents de la CNT, afin de libérer les prisonniers, votèrent par circonstance pour le “frente popular”. Une fois ce parti élu, après avoir libéré les prisonniers comme promis, ça n’empêcha pas le “frente popular”, de remettre en prison des anarchistes en lutte (comme l’aurait fait les autres partis si élus). Ça n’empêcha pas non plus, bien au contraire, le putsch des réactionnaires Franquistes (qui se préparait depuis un certains temps) et la suite qu’on connaît… Pour plus de détails, lire le chapitre 1 “Les élections de février 1936” dans “enseignement de la révolution espagnole” de Vernon Richard. Au moins dans ce vote tactique personne n’était dupe, c’était du donnant donnant.

Beaucoup plus tard, en 2002, dans un contexte bien différent, une organisation libertaire AL France (connu sous le nom UCL actuellement) appelle lors du second tour des élections présidentielles à ne pas voter pour le candidat d’extrême droite nommé Lepen, en fait c’est un appel à voter pour un candidat de droite, nommé Chirac, ceci pour contrer le candidat d’extrême droite. Faire un choix entre la droite et l’extrême-droite, c’est osé. Les trotskystes, habitués à ce genre de tactiques (lire “les trotskiens”, de jean louis roche), notamment la LCR (proches de AL) ont aussi appelés à voter contre Lepen et pour Chirac. Quel était l’objet tactique d’un tel vote ? Sauver la france du parti d’extrême droite pour une vraie droite républicaine ?

On ne parlera pas du médiatophile Onfray, qui se désigne libertaire (dont le terme libertarien ou individualiste libéral serait plus pertinent), tout en dénigrant les libertaires, mais dont on sait (du moins, une grande partie du mouvement libertaire qui ne le met pas en avant depuis des années, à la différence d’autres opportunistes) qu’il mange à tous les râteliers politiciens, passant de Besancenot à d’autres cercles jusqu’à Zemmour.

Dernièrement, ce n’est pas une organisation, mais des écrivains/intellectuels “libertaires” (ou proches) qui expriment publiquement leurs opinions tactiques sur les élections [sic], qui indiquent qu’ils vont aller voter pour le nationaliste Mélenchon au premier tour afin de faire barrage surtout à Lepen et un peu à macron. Dans cette logique, si on est sondagophile et tacticien, et qu’au deuxième tour il y a les deux honnis, aura t on un appel à voter contre Lepen, donc pour macron, et si 1 honni/2 un appel à voter pour melenchon ? On pourrait dire “chacun fait ce qu’il veut”, en effet… On sait que c’est une tactique politicienne spécifiquement “anti-fasciste” républicaine, qui n’est ni anti-capitaliste ni anti-étatiste ; On sait que l’antifascisme cache souvent un positionnement opportuniste. C’est un peu comme la position interventionniste du manifeste des 16, qui était pour le soutien du camp national le “moins pire”. C’est aussi un peu comme en Espagne 36-37, avec le choix de la militarisation et de la priorité à la guerre plutôt que la révolution sociale.

Les auteurs électionnistes 2022 sont Claude Guillon, Yannis Youlountas, Flo du site ligne de crête, et d’autres…
C’est étonnant de voir ligne de crête poser un texte électoraliste (bien que ça ne semble pas nouveau), tout en mettant en avant une citation de Makhno. C’est étonnant aussi que malgré qu'”on est esclave si on ne choisit pas les conditions du vivre ensemble” dixit Y.Y, et du fait qu’on ne peut pas dire que l’élection soit un moyen d’émancipation sociale et économique pour définir les “conditions du vivre ensemble”, que pourtant certains usent (bien que ça ne semble pas être la première fois) de cet outil au service des esclavagistes. T a écrit un texte répondant aux propos de Monsieur Guillon. Ce qui est spectaculaire, c’est qu’au delà de la croyance en la sacro-sainte élection (du “moins pire”), c’est la croyance aux sondages, qui ont des effets sur le changement des opinions, tout comme les médias. Les sondages influencent même des libertaires ! La peur est un moyen utile pour les médias afin de mettre au pas les populations. Les manipulateurs ont de beaux jours devant eux.

Les élections (choisir une élite) c’est le moyen de diviser. ça marche. Les élections professionnelles/syndicales c’est le même principe. On peut dire que ça sert les puissants, les esclavagistes, le spectacle de leur monde. Le vote doit pouvoir s’effectuer partout où des problèmes collectifs se posent. On doit pouvoir définir les conditions de nos existences sans qu’un corps électoral, qu’un parti, qu’un syndicat, qu’une élite, nous impose quoique ce soit. C’est de l’action directe dans nos lieux de travail, nos lieux d’existence et partout, en fédérant les territoires libérés. Si leur monde est pourri, choisir un élu moins pourri de leur monde ne le rendra pas moins pourri. La peur n’est pas une réponse. Ni césar, ni tribuns, choisissons la révolution sociale libertaire même si c’est pas pour demain, mais après demain, détruisons les bases de leurs oppressions aujourd’hui pour un avenir sans capitalisme ni État !

Vive l’Anarchie !

PM
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Deux réalités se combattent et se heurtent violemment. L’une est la réalité du mensonge. Bénéficiant du progrès des technologies, elle s’emploie à manipuler l’opinion publique en faveur des pouvoirs constitués. L’autre est la réalité de ce qui est vécu quotidiennement par les populations.

D’un côté, des mots vides travaillent au jargon des affaires, ils démontrent l’importance des chiffres, des sondages, des statistiques ; ils manigancent de faux débats dont la prolifération masque les vrais problèmes : les revendications existentielles et sociales.” [Raoul Vaneigem]

Une réaction au sujet de « Électoralisme et libertaires »

  1. Bonjour.
    En ce qui concerne l’Italie, Merlino est loin d’avoir été le pire puisqu’il reconnut sa croyance en la fin de l’anarchisme -ce à quoi Galleani répliqua par son fort texte ‘La Fine dell’Anarchismo” ? Le problème, vu sous l’angle de la confusion mentale, fut plutôt celui de ces “anarchistes” qui dans la lignée d’Andrea Costa prônaient l’usage du bulletin de vote mais… afin d’instaurer l’Anarchie !

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