Gaston Leval et le réformisme

Gaston Leval et le réformisme

Gaston Leval fit des écrits intéressants comme « l’Espagne libertaire » ou « l’État dans l’histoire »… Il prit cependant des positions moins intéressantes courant des années 50, notamment des positions réformistes, on peut notamment l’y repérer dans cet extrait : Gaston Leval et la révolution

Il énonce dans cet écrit que “de nombreux libertaires demeurent attachés” à la “révolution violente” et qu'”il n’est plus possible de penser qu’une telle révolution puisse jamais triompher” :

  • C’est possible que la violence de la seconde-guerre-mondiale puis de la guerre froide mènera beaucoup à vouloir une société pacifiée et voir toute lutte ou action comme violente (vision qui arrange bien les pouvoirs en place, tout en utilisant la violence systémique). Du moins limiter la lutte à des choses mois globales/importantes. Peut-être que Gaston Leval en fut.
  • La violence n’est certes pas souhaitable dans l’absolu, mais ce n’est pas parce qu’on souhaite sa disparition que les pouvoirs hiérarchiques en place vont d’un coup faire disparaître, par magie et bonté morale, les structures de violence de leur système et de leurs relations sociales instituées. La “révolution” devient “violente” que parce qu’un pouvoir hiérarchique existe et utilise la violence, de basse ou grande intensité, contre  les populations sous son joug et que la plupart du temps il n’y a pas de négociations “pacifiques” possibles. L’autodéfense c’est attaquer le dominateur.
  • Il n’y a pas de moyens juste et non violents pour résoudre des conflits liés à cette société de classe / propriété privée / militarisés, etc. Soit on l’accepte, soit on la refuse. Les premiers à subir cette violence sont les populations prolétaires. Et si un mouvement local ou international des travailleurs se lève, la bourgeoisie sait qu’elle doit réprimer durement ce mouvement, pour l’exemple, pour atténuer les ardeurs révolutionnaires, car sinon elle risquerait de perdre sa propriété privée, son pouvoir hiérarchique, sa violence institutionnelle. Il ne faut pas être naïf. La grève générale expropriatrice c’est violent pour les patrons et les gouvernants, et ils emploient des moyens violents afin d’arrêter ce qu’ils considèrent comme une violence, etc. Et pour les prolétaires, c’est idem. C’est une relation dialectique. Quand un mouvement émancipateur considère comme une injustice de devoir subir cette société hiérarchique, elle n’aura pas beaucoup d’autres choix que de s’imposer par ses pratiques autonomes et émancipatrices.
  • On arriverait à croire en lisant ces extraits de G. Leval que « se battre/lutter contre l’oppression » c’est « être pour la révolution violente » et que tout se vaudrait !? un pouvoir hiérarchique usant de violence pour conserver son pouvoir et un mouvement d’émancipation désirant son autonomie, est ce identique ? vouloir s’émanciper d’un système oppressif, on peut peut être essayer avec des bonnes intentions au début, mais les limites de tolérance du système vis à vis d’opposants arrivent vite. Bousculer l’existant devient une nécessité.

Mais Leval continue en expliquant que “le principe même de la révolution violente conduit immanquablement à la dictature de ceux qui ont triomphé, et pousse à la résistance, donc à la lutte, ceux qui sont en désaccord.

  • Quand on lit du Lénine (rappelant un propos d’Engels au sujet des anarchistes) dans ces extraits : « Une révolution est à coup sûr la chose la plus autoritaire qui soit. C’est un acte par lequel une partie de la population impose à l’autre partie sa volonté à coup de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s’il en fut. Force est au parti vainqueur de maintenir par la crainte sa domination, crainte que ses armes inspirent aux réactionnaires. » (Lénine, dans « l’État et la révolution »). On y voit évidemment en fond l’État comme justification de la “révolution violente”, une révolution politique, contre les prolétaires (position de fascistes rouges, bleus, bruns). Ce qui n’a rien à voir avec une révolution sociale émancipatrice défendue par les libertaires, qui considère les armes comme un moyen d’émancipation contre tout dominant. Leval serait peut-être d’accord avec le propos de lénine au sujet de la violence d’une révolution. Mais pourtant on ne peut confondre une révolution politique avec une révolution sociale.
  • La révolution qu’elle soit violente (cause ou effet ?) ou pas amènera toujours des personnes à s’y opposer par un moyen ou par un autre. Si je paraphrase Leval  : “le principe même du capitalisme conduit immanquablement à la dictature de ceux qui sont propriétaires, et pousse à la résistance, donc à la lutte, ceux qui sont en désaccord.“, C’est la même logique qui amène les populations à lutter contre le capitalisme (dictature des “propriétaires” ou du “prolétariat”), populations qui historiquement se font réprimer violemment lors de grèves, d’insurrections, etc. Le problème n’est pas la révolution violente qui peut être un acte de volonté de vie, mais la dictature qu’impose notamment le capitalisme, le nationalisme, le théisme. D’ailleurs, c’est préjuger gravement sur l’avenir de la capacités des générations futures que de définir que des situations passées ont menées à l’échec et ne peuvent mener qu’à l’échec. Ce qui se prépare dans les hautes sphères, avec les problématiques écologiques, économiques, n’est pas pour notre émancipation, mais pour leurs dictatures. Ne les laissons pas faire, des perspectives d’émancipation sont là, et les illusions diffusées par leurs médias s’estompent, préparons notre futur sans leurs codes.

Leval parle de certaines populations qui, dit il, “n’ont pas, dans l’ensemble, accepté la solution révolutionnaire, parce qu’elles ont répugné à la violence armée.” et “Parce que, par penchant naturel, elles ont préféré les solutions non sanglantes, les solutions réformistes

  • Quand on lit son écrit, ça donne l’impression qu’il parle pour/de lui. D’après lui “révolutionnaire” = “violent / sanglant” et “réformiste” = “pacifique / non-sanglant” ? La violence armée est venue du putsch franquiste, qui a eu le droit à d’innombrables armes de leurs cousins fascistes italiens et nazis allemands et est venue aussi des bourgeois Staliniens (sont ce ces trois là des révolutionnaires ?) qui ont usés à leur tour de leurs armes contre les révolutionnaires anarchistes. L’autodéfense armée vis-à-vis d’un putsch militaire est une révolution violente ? Donc, il ne fallait pas répondre au putsch franquiste ? Vraiment bizarre le propos de G. Leval au vu de ses écrits dans l'”Espagne libertaire”.
  • S’il n’y avait pas eu de milices anarchistes qui s’étaient levées pour empêcher les troupes franquistes, pas sûr que ces “populations réformistes” auraient eu le temps de réformer quoi que ce soit. Et quant à leurs réformes par le “désarmement et la dé-collectivisation (?)”, leurs réformes ont effectivement « bien fonctionné », ils ont gagné la fin des collectivisations et autres créations autonomes et ont désarmés les milices au profit des gentils staliniens. Avec collaboration par la suite avec Franco ?

G. Leval finit par une question sur sa propre idée : “si la révolution était apparue sans cette perspective [ndr : violente ?] aurait-elle eu plus de partisans

  • Il est évident que lorsque la situation est moins tendue, qu’il n’y a pas de putsch militaire et qu’une rupture sociale existe, il est plus facile d’auto-organiser la récupération de l’essentiel des moyens de productions, d’échanges, de décisions, de diffusions, d’habitations, etc. et si il n’y avait pas eu de putsch franquiste (&co), c’est peut-être ce qui serait arrivé, ou alors le gouvernement républicain aurait continué à faire le travail de répression (par l’emprisonnement) dont il avait l’habitude contre toute volonté d’expropriation sociale révolutionnaire, car peut-être que certaines populations ne voulaient pas que ça change, que l’expropriation, pour elles, était un mouvement violent.
  • Si, d’après G Leval, bousculer l’existant tel que ce qui s’est passé en Espagne ne peut triompher, alors il fallait faire quoi ? Dès le début du putsch, la question de savoir si il fallait y répondre en arme (avec les risques que cela comporte) ou retourner en clandestinité (avec le risque du durcissement de la répression des années précédentes). Cela aurait été moins violent pour certaines populations (lesquelles ?) que la répression fasciste s’abatte uniquement sur les anarchistes ou autres activistes sociaux ?

La question serait plutôt de savoir ce qui explique que la violence des systèmes étatico-capitaliste n’amène pas à une plus grande prise de conscience de la guerre sociale existante (entre diverses classes) et par effet à une volonté d’éradiquer, par des luttes sociales concrètes, ces sociétés de domination et d’exploitation. Aucun intérêt de s’inquiéter de ceux que ça dérange les luttes d’émancipation qui ont possiblement des formes virulentes contre un système violent se cachant derrière des lois par eux mêmes votées. Ce sont certainement des soutiens direct (électeurs, collaborateurs à l’entreprise…) ou indirect à ce système. Des soutiens qui n’en ont pas conscience mais qui ont bonne conscience.

PM

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