Note de lecture : « libre d’obéir » “le management du nazisme à aujourd’hui” de Johan Chapoutot

Note de lecture : « libre d’obéir » “le management du nazisme à aujourd’hui” de Johan Chapoutot

Le livre est très intéressant sur la manière dont les cadres nazis ont utilisés le management moderne afin d’organiser les industries et armées nazies. Il l’est aussi car il peut permettre de comprendre le management d’aujourd’hui. Pour celleux qui doivent vivre dans des « entreprises » à fort management (ce qui est assez généralisé), ils reconnaîtront les rouages du management actuel entre autoritarisme sur les objectifs et liberté donné à l’employé.e sur les moyens (limités), cellui-ci est soit-disant « libre d’obéir », en fait il est aliéné à une logique perverse (créant anxiété et possiblement burn-out ou suicide). Toute la responsabilité (en fait → culpabilité puisqu’existe une hiérarchie qui juge et pense la place de l’employé) se tourne vers ellui dans le cas où il y ait échec dans l’accomplissement de la tâche. Et le chacun pour soi fonctionne bien, sous la logique de « communauté d’entreprise » qui fait croire à l’unité de tous contre les concurrents.

La « communauté du peuple » défendu par le nazisme au niveau politique a son pendant économique, la « communauté des chefs et des ouvriers » qui sont, en théorie, « des frères de race et non plus des ennemis de classe », le DAF, syndicat unique corporatiste, sera là pour veiller et dénoncer. Le racisme a comme pathologie le déni de la réalité de la société de classe et des luttes de classes (ce que feront également les bolcheviques avec leur classisme). Leur théorie est une vision entre communauté idéalisé et individu supérieur (le chef) qui comprend les aspirations de la communauté du peuple ou de l’entreprise. Les crises économiques, que la guerre engendrera, seront difficiles à faire avaler aux employés « germains », qui seront pourtant plus ou moins achetés par des aides sociales ou des réductions d’impôts. La métamphétamine est utilisé dans les entreprises et dans les armées nazie pour accroître la productivité de la race germanique. Le darwinisme social illusoire est à l’œuvre. On sait les dégâts que la pression managériale utilise et que ça mène les classes travailleuses aux drogues (alcool, cocaïne, …) ou autres activités (sport ?) afin de rester dans la communauté et continuer à être considéré comme « rentables »/« productif ». On connaît ce que signifie « non rentable » / « non productif » dans une entreprise. Les nazis les envoyaient dans des camps de concentration ou les stérilisaient.

Le nazisme aura été la « matrice de la théorie et de la pratique du management pour l’après-guerre ». Un des théoriciens SD/SS du management durant la période nazie, Reinhard Höhn, sortira de la guerre sans trop d’ennuis. Il sera conseiller du patronat allemand RFA pour l’après-guerre. Il sera le créateur d’une grande école de management et une académie des cadres à destination des entreprises, des administrations et des armées. Son école sera mise en avant, il formera nombre de cadres de tous les domaines et de beaucoup de pays européens. Ses théories managériales seront diffusées partout dans le monde. L’ordo-libéralisme régnera en allemagne RFA, le parti libéral sera « une lessiveuse d’anciens nazis ». On entend de nos jours les discours néolibéraux avec un fond de nazisme/fascisme, son darwinisme social, son retrait des aides sociales pour les faibles, etc. On entend aussi des propos sur la communauté nationale, ni droite ni gauche, pas de lutte des classes, patrons et ouvriers main dans la main contre le capitalisme extérieur, contre les étrangers, contre les juifs, contre l’europe (comme si la France hors d’Europe serait plus démocratique et moins capitaliste !?)… Les illusions nécessaires, pour que le capitalisme perdure longtemps, sont toujours là.

Ce livre a beaucoup de données et de facettes intéressantes sur cette idéologie perverse qu’est le management. Il peut donner une vue intéressante sur les manageurs d’aujourd’hui. Loin de réduire le management aux théoriciens nazis, ce livre montre cependant des parallèles dans les logiques qui perdurent encore aujourd’hui dans les théories/pratiques managériales. Un certain anti-Etatisme nazi y est énoncé, on pourra faire un parallèle avec les anti-Etatistes libertariens actuels (qui reprennent de nombreuses thèses nazies, et une proximité avec des groupes d’extrême-droite).

Des pistes sont énoncées en fin de livre sur un monde sans management (dans le sens capitaliste), Proudhon, son mutualisme et le coopérativisme y est énoncé, l’an-archie (société sans hiérarchie, sans subordination ni aliénation) aussi. Nous préférons le communisme libertaire qui enlève cette anxiété du travailleur indépendant lié au prix de son produit dans les échanges, car le communisme libertaire part des besoins réels et non de la production et permet à chacun de s’organiser avec d’autres pour répondre directement à son besoin par les outils / moyens collectivisés.

PM

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