Le RIC la nouvelle bouffonnerie

Le RIC la nouvelle bouffonnerie

Propulsé par les porte-parole des Gilets jaunes, le RIC est la dernière revendication à la mode.

Avant de regarder ce qu’il en est, ce triste constat : un mouvement qui se voulait “spontané”  et sans chefs se retrouve à reprendre les revendications d’une poignée de chefs auto-proclamés sans en discuter, ni chercher à comprendre de quoi il retourne. L’erreur serait de croire qu’il n’y a pas de dirigeants au sein des GJ. L’erreur serait de croire que toute hiérarchie se construit comme celle, très disciplinée, d’une armée. Le management moderne est plus subtil et laisse croire aux subordonnés qu’ils auraient une « autonomie ». Au lieu d’une hiérarchie stricte où chaque personne peut identifier son supérieur, place aux méthodes plus manipulatoires et soft, à la direction difficilement identifiable car « on est tous pareils ». Ainsi, la pilule se digère plus facilement et la soumission à l’autorité passe directement par l’aliénation et la croyance.

Jumelés avec les réseaux dits « sociaux », les mots d’ordre de la chefferie sont balancés via Facebook-Twitter, ou encore BFM tv dans les manifestations, puis repris par l’ensemble qui obéit. Preuve de leur obéissance, les ACTES (1, 2, 3…) se font le samedi. Il n’y a jamais eu une assemblée populaire pour se dire que ce serait peut-être mieux le lundi (ou le mardi, etc). Aucune revendication locale ! Juste des mots d’ordre répétés, d’où les contradictions et le peu de sens de chaque revendication lorsqu’on essaie de comprendre comment un gouvernement les mettrait en place.

A noter qu’ici « Gilets Jaunes » est à prendre au sens de l’ensemble du mouvement et de ce qui en ressort. Cela ne signifie aucunement que tel ou tel individu, ou petit groupe, a la même opinion. C’est bien de l’ensemble général dont il est question.

Le contexte de l’apparition du RIC comme remède miracle étant situé (« Le RIC VITE ! » nous dit la première page du journal Gilets Jaunes ainsi que diverses banderoles), il reste à voir ce qu’il désigne et pourquoi il surgit aujourd’hui.

 

Simple définition, celle que reprend nos contemporains, celle de Wikipédia :

« Le référendum d’initiative citoyenne (RIC), ou référendum d’initiative populaire (RIP), est le nom donné à une proposition de dispositif d’initiative populaire en France…

Le processus proposé est un dispositif de démocratie directe qui permet à des citoyens réunissant un nombre de signatures fixé par la loi de saisir la population par référendum sans que soit nécessaire l’accord du Parlement ou du Président. Les Gilets jaunes souhaitent quatre modalités pour le RIC : pour voter une proposition de loi (référendum législatif) ; pour abroger une loi votée par le Parlement (référendum abrogatoire ou facultatif) ; pour modifier la Constitution (référendum constitutionnel) ; et pour révoquer un élu (référendum révocatoire). »

Encore faudrait-il déjà définir les mots « démocratie «  et « directe ». A l’heure médiatico-bourgeoise, le mot de « démocratie » semble vague et creux. Démocratie directe peut définir une société sans classes sociales, à savoir un projet d’autonomie individuelle et collective, disons même anarchiste qui comprendrait l’abolition de la propriété privée des moyens de production. Ainsi, de fait, la démocratie directe serait à souhaiter. Mais « Démocratie directe » peut être compris aussi comme un mode électif sous le régime actuel (qui se dit démocratique) conforme au modèle économique néo-libéral. Ainsi, démocratie signifie élection dans le capitalisme. Sous cet angle, il faudrait se dire antidémocratique pour faire face au Régime. Les mots ne sont pas si simples qu’il n’y paraissent. En attendant, « Démocratie » est un Joker dans les débats. Le premier qui dégaine un « mais vous n’êtes pas démocrate » a gagné.

N’étant que purement électoral et au sein de la société actuelle, le RIC appartient à la deuxième définition.

L’origine :

Le premier philosophe à réfléchir à ce type de référendum est un dénommé Emmanuel Mounier (1905-1950), qui semble naviguer entre tous les bords politiques sans vouloir réellement se positionner, au nom de son idéologie à but éthique, le « personnalisme communautaire », un fourre-tout à la fois marxiste, libéral, anarchiste (mais pas expropriateur quand même !) voire tirant sur le fascisme (mais light pour ne pas faire peur). Mounier est également un précurseur des dérives new-age comme le montre cette citation : « L’individu, c’est la dissolution de la personne dans la matière. […] Dispersion, avarice, voilà les deux marques de l’individualité. » Ainsi comprise, la personne ne peut croître « qu’en se purifiant de l’individu qui est en elle. ». Les questions socio-économiques et organisationnelles sont absentes de ce projet.

Il paraît donc plus facile de comprendre le cadre où naît le RIC : celui d’une pensée spiritualiste qui ne tient pas compte des rapports de forces dans la société, un obscurantisme basé sur une croyance en la « bonté » transcendant la réalité physique et les hiérarchies sociales. Tout pour plaire aux détenteurs du Pouvoir ! Eux ont les moyens, matériels et financiers, pour orienter les choix et les comportements par le rapport de forces et par la ruse, pendant que le mythe éthique n’est qu’une façade. Il est même possible de faire un parallèle, non avec les monothéismes mais avec les religions orientales comme le bouddhisme : l’Unité, la Paix… des notions qui, dans les faits, recouvrent toujours un mode de domination où certains triment dans les champs pendant que d’autres, sous couvert de spiritualité, vivent dans l’opulence des palais. Des moines récitent leur baratin pendant que d’autres les nourrissent, souffrent dans la société, en subissant de plein fouet la propagande du « nos esprits sont dans l’union cosmique ».

Le RIC puise sa source dans une version laïque et occidentale de la mystique orientale.

Il n’est donc pas surprenant que le RIC paraisse convaincant aux personnes les plus diversifiées politiquement s’il y a absence de réflexion de leur part ou méconnaissance des idées qu’ils veulent défendre. On l’a vu, par le passé, cité par plusieurs courants de « gauche » et aussi par Pasqua et par JM LePen.

Le RIC joue sur deux tableaux :

– des appels à la liberté de donner son avis, mais réglementés et légiférés.

– et un enfermement de la pensée dans une vision unitaire à perspective totalitaire.

Il faut toujours se méfier des appels à la Liberté lorsqu’on ne sait pas de quelle liberté effective on parle. Ici, il n’est aucunement question d’une liberté de fait qui induirait une égalité sociale et économique. Il s’agit une liberté de principe, une fausse liberté de pensée puisqu’elle reste dans un cadre établi intransigeant (le modèle capitaliste et étatique), une fausse liberté de choix, puisque les choix sont biaisés et orientés par les média, les politiques…

Les pro-RIC ont une opinion dénouée d’objectivité de l’organisation de la société, ce qui est normal : n’ayant aucune envie de quitter le capitalisme, ils ne peuvent pas imaginer autre chose que le capitalisme.

Ainsi leur quatre modalités font-elles l’impasse sur une chose essentielle : pour obtenir un résultat cohérent et rationnel, leur référendum exige une grande compréhension du Droit et de l’Economie. Or tout est fait pour que la majorité du peuple ignore les rouages les plus subtils de ce qui régit le système néolibéral. Jamais la bourgeoisie n’acceptera que le peuple comprennent comment il est exploité et traité comme un simple objet, un simple chiffre de comptabilité. Donc, il ne restera pour se désembourber qu’à suivre le bon sens (qui souvent à tort) ou suivre des leaders (politiques, patronat ou autres), leur donner toute confiance et faire comme ils disent. Et c’est par ce détour que le RIC ne servira à rien au niveau des effets mais aura donné une illusion de liberté.

L’exemple souvent cité est la Suisse. La Suisse n’est pas un Eldorado où tous les problèmes serait réglés. A comparer, on y trouve des choses mieux et des choses parfois pires qu’en France. On y vote pour savoir s’il faut couper les cornes de telle espèce de vache. Ce n’est pas le grand chambardement ni l’émancipation des masses ! Il est aussi légitime de se demander si les personnes du métier ne sont pas mieux informées pour prendre cette décision car, parmi les votants, il y a sans doute des personnes qui répondront par intuition sans connaître l’élevage bovin ni la complexité du monde agricole. Idem pour les autre sujets. La question est ouverte.

L’Equateur et Taïwan ont eux aussi adopté une forme de RIC. Dans ces pays, il ne semble pas que les ouvriers, les chômeurs, etc, soient submergés de bonheur grâce à un petit bulletin…

Pour que les peuples prennent leur « destin en main » dans une société où la majorité des injustices et des souffrances sociales auraient disparu, une société permettant une vraie liberté, tant individuelle que collective, avec une réelle égalité sociale et économique (et non pas que de droits), ce qui historiquement s’appelle une société anarchiste ou encore le communisme anarchiste (communisme au sens « mise en commun » et donc à l’opposé de la définition dictatoriale marxiste du mot « communisme »), il faut plusieurs points :

  • abolition du capital et donc des privilèges économiques. Dans le cadre actuel, un vote ne vaut pas un vote ; le bulletin d’un Bouygues ou d’un Bolloré a bien plus de valeur que celui de monsieur Lambda. Le patronat a le pouvoir de ruiner un territoire donné, d’orienter les choix de production et de consommation d’un pays, d’exploiter la nature comme bon lui semble, d’exploiter les humains telles des marchandises, le tout sous couvert du soutien de l’Etat.

  • Abolition du « principe d’autorité » (c’est le terme théorique et historique) ce qui signifie mettre fin aux hiérarchies sociales qui permettent une domination sur l’ensemble des individus dans la société : fin de l’État.

      • Il faut donc une gestion économique par la base, collectivisée. La société doit être économiquement orientée par les besoins et non pas la « production-consommation » comme actuellement. Ceci par des organismes de base (nommer : conseils ouvriers libres, associations de producteurs, comités d’usines autogérées, de lieux de travail, de prolos…)

      • Un fédéralisme (de communes, de quartiers, de régions) afin que les décisions soient prises en commun et qu’elles aient un impact réel, qu’elles puissent être effectives. Ce fédéralisme ne peut exister que si le capitalisme est détruit ; sinon, il y a un retour de l’exploitation biaisant la prise de décision.

Il est donc impossible que le RIC soit une solution pour un progrès social. Il est plutôt un nouvel outil des classes dirigeantes. Le comportement de Macron est donc plus clair : il utilise le mouvement GJ pour continuer sa politique ultralibérale et la casse sociale qu’elle induit. Là, effectivement, un changement de type RIC ne fait pas partie des calculs, mais il mettra le RIC une fois ses réformes faites, laissant cet outil de manipulation à son successeur pour faire croire à un semblant de liberté. Le RIC est au programme de la bourgeoisie. La surprise est qu’il soit arrivé sur la table plus tôt que prévu, des cadres politiciens l’ayant introduit au sein des Gilets Jaunes. Peut être même était-il sous-jacent dès le départ.

Le RIC est l’antithèse de l’égalité sociale et économique. Il signe et fait approuver un renouvellement de légitimité aux propriétaires des richesses, à tous les dominants. Il laisse croire que le souci ne serait que quelques petites lois par-ci, un politicien foireux par là. Il ne s’attaque pas au fond du problème, afin de maintenir le problème.

 

Torcy

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