Les Gilets jaunes entre spectacle et révolte. Réaction ou révolution sociale ?

Les Gilets jaunes entre spectacle et révolte. Réaction ou révolution sociale ?

Les Gilets Jaunes (GJ) font le spectacle sur des ronds points et ont le vent en poupe depuis fin novembre dans les médias, on entend beaucoup de choses sur eux. On a pu voir au début les « grands » médias avoir un regard favorable sur les GJ (ça leur faisait un sbonnet rouge gilet jaune pere noelujet pour diffuser leurs propres cultures antitaxe), puis suite aux casses du 1er décembre et aux demandes plus « sociales », ils eurent un regard moins favorable, tentant la division des GJ (dichotomie entre vrais ou faux GJ, etc).

Même si ce mouvement peut être protéiforme et non monolithique, et qu’à certains endroits (ou certaines personnes) il y a de bonnes pratiques et aussi des idées émancipatrices déclarées, il se trouve cependant que, dans l’ensemble du mouvement, beaucoup de choses posent question (Lire Les gilets jaunes ou la politique masquée ou Le choix dangereux du confusionnisme), même si celui-ci peut peut-être changer globalement d’essence dans les prochaines semaines, le tout dépendant du rapport de force et de l’implication révolutionnaire en son sein.

On peut voir dans ce mouvement beaucoup de drapeaux français ou régionaux ne cachant aucunement leur religion nationaliste/régionaliste de l’unité du peuple. Des exploiteurs et des exploités unis dans un « nous » national – donc un « gentil » État familial –, avec une certaine forme de mythologie de la révolution française. Le confusionniste chant de la marseillaise est chanté avec son sang impur… Il y a une propension au discours anti-immigration. C’est comme une rébellion politique nationalo-populiste qui ne remet pas en cause les relations sociales de ce système. Il y a un apolitisme confus, la présence de groupements politiques nauséabonds (qui parfois sont heureusement expulsés des manifestations, ou dégagés de par le rapport de force, mais le plus souvent non), un anti-macronisme qui sent malheureusement un pro-électoralisme, en effet certains GJ veulent faire des listes élitctorales pour les européennes (l’illusion aristocratique persiste), des propositions trop marquées par des traditions politiques non émancipatrices, des appels au RIC (Réforme d’Initiative Capitaliste) dont les plus riches et influents politiquement se serviront dès que besoin (Lire Non à la RICupération ! et Referendum d’Initiative Citoyenne) afin de faire passer leurs choix, et refusant légalement les referendums lorsqu‘ils ne conviendront pas aux choix du système.
Le capitalisme n’est pas mis en joue directement, juste ses effets ou certaines de ses parties : le capitalisme étranger, le capitalisme financier, le capitalisme des élites, pas celui des nombreux petits patrons, hors sans les uns pas les autres. Des petits patrons font partis du mouvement sans que ce ne soit partout remis en cause. Est ce de l’ignorance de classe et/ou un interclassisme assumé ? Sans étonnement des petits patrons (ou non) s’autodésignent représentants, mais ils sont dénoncés comme imposteurs. Il y a un côté poujadiste à ce mouvement. Il y a un anti-syndicalisme réactionnaire (certainement pas un anti-syndicalisme révolutionnaire, ou alors ça se cache bien).

Par contre, on peut y voir quelques éléments intéressants à garder en mémoire pour l’avenir dans les mouvements émancipateurs :

boxe populaire– Notamment le fait que c’est la casse aux Champs Élysées (ou dans d’autres lieux) qui a fait ouvrir les oreilles des gouvernants démocrates, sinon ça aurait été ignoré et réprimé simplement comme à leur habitude. Donc, en démocratie représentative, parler, écrire ou élever la voix ne sert à rien il faut casser pour se faire entendre. Cependant, au vu de la violence de la part des forces de l’ordre et de l’injustice sociale en général,  casser du matériel peut faire du bien sur le moment (même si dans le monde de la propriété privée cela comporte des risques légaux et d’emprisonnement), ça permet d’apprendre que le pouvoir a des faiblesses et peut disparaître si le rapport de force est conséquent, mais ça ne change pas pour autant la société, ça sert même la société du spectacle qui s’en fait une conscience, une légitimité pour renforcer la répression, ils peuvent augmenter la pression jusqu’à ce que plus personne n’ait le droit de manifester ou le droit d’être solidaire avec des victimes de leurs répressions. Prendre en main les lieux d’existences et de travail, virer les patrons, les propriétaires, les politiciens et s’autogérer et dégager par violence et casse légitime ce système serait bien plus fort et constructif, que briser des vitrines ou autres objets. Cependant, ça nécessite une volonté sociale et un rapport de force en conséquence là où le système est réellement fragile. Ça demande de revenir aux bases révolutionnaires sociales et non d’en rester au spectacle de la casse matériel et des fausses solutions référendaires.

– Les grosses têtes du syndicalisme (pas les syndicalistes dans leur ensemble, mais pourquoi rester dans des organisations qui pratiquent cela ?) ont montrés à nouveau leur visage lamentable de collaborateur de l’État et du capitalisme en demandant la possibilité de réelles négociations au sujet « du pouvoir d’achat, des salaires, des transports, du logement, de la présence et de l’accessibilité des services publics, de la fiscalité [qui] doivent trouver enfin des débouchés concrets ». Sur quelle base ? On se saura pas. Comme ils ne sont qu’un rouage de la gestion du capitalisme, en partenaire de l’État, ça aurait été étonnant et très surprenant qu’ils appellent à la reprise des lieux d’existence par la grève générale expropriatrice et autogestionnaire. Les mauvaises habitudes de pacification « sociale » (durant les derniers mouvements sociaux) ne se perdent pas. A l’image de cette société amorphe, ça fait longtemps que le syndicalisme n’est plus révolutionnaire (à part quelques anarcho-syndicats…). À quand des gilets rouge et noir dans les entreprises, dans les communes et partout ailleurs ?

élection piège à con– Le refus d’avoir des représentants des GJ est une bonne pratique d’autonomie, sauf que ça ne dit rien sur les pratiques locales à savoir si c’est de l’autogestion ou du suivisme/chefferie. La hiérarchisation non dite dans certaines zones, voire même la reprise des mots d’ordre venant de l’extérieur (ex : le RIC ! tant vanté par des mouvements confusionnistes) incite à penser pour beaucoup à la deuxième hypothèse. La démocratie directe et l’autonomie (dans un sens libertaire en tout cas) ce n’est pas accepter des propos ou des pratiques non émancipatrices, sinon c’est l’ouverture à la structuration tyrannique des relations sociales en interne puis en externe.

Lec'est une révolte ? non sire, c'est une révolution ! plus gros problème de ce mouvement est globalement qu’il n’y a – en tout cas pour le moment – aucune volonté révolutionnaire globalement affirmé, aucune volonté de rupture avec ce système capitaliste (prendre en main les lieux de vie, de travail, les exproprier, les autogérer collectivement et se fédérer). Les demandes des GJ se situent dans le cadre de l’État et du capitalisme et non hors de ceux-ci. Ce mouvement se situe dans un spectacle de la contestation, qui lui donne comme un accent révolutionnaire (de forme spectaculaire, donc récupérable), mais dans le fond il ne conteste que la condition dégradé de son existence (le gas-oil, entre autre, coûte trop cher, la démocratie représentative qui n’écoute pas ses concitoyens…) dans le cadre du capitalisme, il ne conteste pas le système en lui-même, il lui demande des comptes en tant que concitoyens…

A voir si, par la suite, du fait d’influences émancipatrices ce mouvement se transforme dans une pratique globale révolutionnaire ou si la pression politicienne et nationaliste amène ce mouvement à continuer le spectacle et dans le soutien électoraliste nauséabond de leur démocratie. On a vu dans le passé des mouvements partir de rien et devenir rien ou tout. Le rapport de force et le choix sera t il en faveur du rien/tout émancipation ou du rien/tout exploitation/oppression ? Il y a peu de doutes, mais gardons espoir !

Patrick Mérin – 01/2019

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