Anarchiste oui, mais révolutionnaire ! Révolutionnaire oui, mais anarchiste !

Anarchiste oui, mais révolutionnaire ! Révolutionnaire oui, mais anarchiste !

Il peut être parfois difficile de comprendre la différence entre révolutionnaire et réformiste tant ces mots sont utilisés à tort et à travers, et tant les pratiques sont à l’opposé parfois des idées énoncées, ceci créant la confusion et des passerelles dont a besoin le système actuel afin d’asseoir et d’exploiter son monde. Je vais énoncer ma vue personnelle sur cette question.

Parmi de nombreux mouvements politiques existant, le mouvement anarchiste a été le seul à poser une rupture révolutionnaire internationale avec les politiques d’exploitation du Capitalisme et de l’Étatisme. Différents penseurs et praticiens anarchistes, plus ou moins connus, dont Proudhon, Bakounine, Reclus, Kropotkine, Malatesta ont posé diverses perspectives à des pratiques anarchistes. Le mouvement anarchiste s’est donc développé et intensifié durant la seconde moitié du 19ème siècle et selon les lieux voire jusqu’à la moitié du 20ème siècle à travers de nombreuses expériences d’anarchie, plus ou moins connues, dont la Commune de Paris, les révolutions mexicaines, russes, espagnoles et argentines. Entre la Première et la Deuxième guerre mondiale, on a pu voir le développement et l’affaiblissement du mouvement anarchiste en différentes régions du monde, on a pu le voir dans des expériences révolutionnaires anarchistes où des répressions énormes furent exercées à son encontre, mais aussi par manque de soutien international : il fut éliminé par les diverses bourgeoisies (du panel politique parlementaire). Mais même si ces raisons externes ont fortement influencé le développement ultérieur d’une partie de l’anarchisme vers le réformisme, il faut noter que certaines organisations ou certains auteurs anarchistes ont pu initier des théories ou des pratiques qui ont permis l’accroissement de ces courants réformistes…

Il n’est pas ici question de manichéisme avec « révolution = bien, réforme = mal », non, il s’agit de préciser que le révolutionnaire veut dépasser le cadre actuel et si il doit y avoir réforme du système du fait de la pression révolutionnaire, le révolutionnaire n’a aucune illusion quant aux réformes, ça n’enlève en rien la nécessité de rupture avec ce système, à la différence du réformiste qui aura dans sa pratique l’objectif de réforme du cadre du système en étant ou en voulant être eux-mêmes cadres du système (il n’y a aucune remise en cause des fondements du système ; les partis politiques ou syndicalistes se disant révolutionnaires ne sont en fait que des réformistes politiques radicaux). Le réformisme veut empêcher toute révolution globale. On peut avancer préalablement quelques définitions sur ce qu’est l’anarchisme (ici considéré comme révolutionnaire en soi, comment pourrait-il en être autrement ?!), le réformisme et les courants réformistes voulant s’insinuer au sein de l’anarchisme.

  • L’Anarchisme, en tant que tel, est un mouvement qui « renonce à l’usage du « pouvoir sur », à l’avant-gardisme, à la hiérarchie et à toute tentation représentative. Il lutte pour la révolution sociale qui tend à abolir l’exploitation de l’homme par l’homme, représenté actuellement par le capitalisme et l’État, et rejette tout compromis. L’individu est reconnu comme l’élément central de sa lutte sociale. L’autoritarisme organisé est combattu et l’organisation fédéraliste décentralisée et antiautoritaire est sa base. La suprématie du nombre n’est pas reconnue et la propagande Anarchiste et l’instauration d’une société Anarchiste sont pratiquées de manière permanente » i  » . Le qualificatif « révolutionnaire » n’est aucunement suffisant pour définir une association émancipatrice, pour qu’elle le soit, ce doit être un mélange d’un projet (qui doit être émancipateur) mais aussi de la pratique qui doit être émancipatrice.
  • Le Réformisme est ce mouvement qui tend à trouver des solutions légales aux problématiques du système capitaliste. Il est habituellement représenté par des partis politiques promettant l’application de réformes, résolvant soi-disant des problèmes, une fois au pouvoir. Mais aussi par des associations ou des syndicats qui peuvent être porteurs de revendications réformistes. L’idée fondamentale est qu’il y a des solutions dans le cadre légal de l’État et/ou du capitalisme. Il n’est pas question de sortir de ce système, la hiérarchie est une nécessité pour eux. Certains mouvements dits « révolutionnaires » sont réformistes.
  • Les « Courants Réformistes » du milieu anarchiste peuvent être définis comme des courants partageant des idées avec les anarchistes mais ayant des propos ou des pratiques réformistesvi. Ils sont divers : on peut énoncer notamment les partisans de la question économique (syndicalisme puriste, neutraliste, charte d’Amiensii , coopérativisme puriste …) qui font de l’État un relais ou un outil à remplacer par le Syndicat (ou autre outil dédié), oubliant l’objectif global anarchiste (et faisant de l’outil le tout), et, les partisans de la question politique, culturelle ou sociétale (spécifisme, particularisme, …), oubliant les nécessités d’une rupture révolutionnaire avec le système économique capitaliste (notamment celle de s’organiser pour préparer la rupture et la suite).

Le milieu anarchiste a diverses « tendances ». On peut se dire que cela n’a pas d’importance, et on aurait un peu raison, sauf qu’il y a globalement deux tendances sociales qui s’affrontent, l’une individualiste, l’autre collectiviste. D’un point de vue communiste anarchiste (ou mutualiste), on sait que l’individu libre est nécessaire à une société libre, et inversement, individu et collectif ne peuvent aller l’un sans l’autre. Si on est anarchiste, les adjectifs à anarcho-* on s’en fout, dans les faits ce qui compte c’est la pratique et le contenu en lien avec le projet Anarchie. Il y en a qui se disent anarcho-syndicalistes qui n’ont rien à voir avec une pratique ou avec l’objectif Anarchie, idem pour certains se disant anarcho-individualistes, ou communistes libertaires. On peut être « classé » dans telle ou telle tendance et pourtant n’être ni anarchiste ni révolutionnaire, mais on peut être en tant qu’anarchiste de tendance individualiste/collectiviste/mutualiste/syndicaliste/communiste et révolutionnaire. Ici, ce qui compte ce n’est pas les tendances mais si la pratique anarchiste est révolutionnaire ou pas. Nous ne parlerons pas de certains adjectifs accolés à anarcho-*xix qui sont en complète contradiction avec l’Anarchie, mais la société du spectacle aime créer des images d’Epinal et créer de nouveaux objets de consommation idéologiques absurdes et/ou nuisibles.

Il ne sera pas question dans ce texte de parler de toutes les pratiques évolutionnaires en amont que le mouvement anarchiste pratique et doit pratiquer au sein de la société quant aux relations sociales de liberté et d’égalité, d’éducation au quotidien, de résistance face à l’injustice, de propagation des idées anarchistes qui doivent préparer les sociétés et individus à réaliser une société anarchistevi. Il sera question essentiellement des pratiques de luttes contre cette société de pillage généralisé (et plutôt centrée sur la région France, même si divers éléments mondiaux y prendront largement place). Ce texte essaiera de faire un rapide état des lieux du mouvement anarchiste passé jusqu’à la période actuelle et il précisera les éléments ayant amené à cette ornière réformiste qui nous mène à une assimilation par ce système. Puis on partira sur des perspectives globalistes révolutionnaires anarchistesiii passées et existantes.

Pour cela, on énoncera dans un premier temps le développement des pratiques révolutionnaires de l’anarchisme et les répressions exercées par le système capitaliste (et ses diverses formes démocratiques ou dictatoriales) à son encontre jusqu’à la Deuxième guerre mondiale.

Dans un second temps, on énoncera l’état du mouvement anarchiste jusqu’à la période actuelle, dont l’accroissement des courants réformistes, voire autoritaires, qui s’y sont construits.

Enfin il sera question des pratiques de l’anarchisme et de l’esprit globaliste révolutionnaire qui en fait son essence.

Développement de l’anarchisme

– de 1840 à la Deuxième guerre mondiale –

Le mouvement socialiste libertaire, nommé plus tard anarchisme, a posé dès les débuts de son existence des idées et pratiques honnies par tous les despotes démocrates ou dictatoriaux de la planète (capitalistes, nationalistes et théistes). Malgré les répressions directes ou secrètes et les mensonges diffusés à l’encontre de l’anarchisme, les exploités ne s’y trompèrent pas et adhérèrent grandement aux idéaux et aux pratiques anarchistes proposant cette émancipation totale, tant économique, politique que sociale. Ceci fit peur aux despotes et aux bourgeoisies internationales qui virent une menace sérieuse à leurs hégémonies, une guerre tant officieuse qu’officielle débuta et s’intensifia contre le socialisme libertaire.

Au niveau des idées et des pratiques anarchistes, Proudhon scandalisa l’establishment par sa proclamation « la propriété, c’est le vol ! ». Il posa de nombreuses idées et des pratiques révolutionnaires (autogestion et fédéralisme) d’émancipation sociale, d’autonomie ouvrière. Celles-ci influencèrent petit à petit dans de nombreuses régions du monde tout le mouvement ouvrier et anarchiste à venir. Bakounine y précisa l’idée anarchiste avec un mutualisme collectiviste et y ajouta la perspective insurrectionnelle et internationale. L’Association Internationale des Travailleurs (AIT – 1867) se développa du côté libertaire, avec les idées de Proudhon puis de Bakounine en posant concrètement des pistes d’émancipation des travailleurs. Cependant, il y eut, dans la courte existence de la première internationale, des difficultés en interne avec la bourgeoisie rouge (Marx et ses compères) qui avait comme objectif la création de partis nationaux sous ses ordres (théorie qui fut mise plus tard en pratique par l’Internationale bolchévique avec leurs syndicats ou partis bolchéviques nationaux aux ordres de Moscou). Cela ne fut pas accepté par les franges fédéralistes de l’AIT. Il y eut une rupture nette qui mena à la création de l’Internationale anti-autoritaire en 1872 à St Imier. En 1876, lors du deuxième congrès de l’Internationale Anarchiste, plusieurs intervenants dont Malatesta ajoutèrent une perspective économique communiste au mouvement anarchiste. Kropotkine y développa largement cette vision socio-économique par la suite…Du côté historique, plusieurs événements marquants pour les anarchistes montrent les pratiques révolutionnaires d’émancipation prônées par les anarchistes et la pratique répressive réactionnaire qu’elle provoqua de la part des bourgeoisies (allant de l’extrême-gauche à l’extrême-droite).

Le mouvement coopérativiste mutualiste libertaire (d’inspiration proudhonienne, avec les coopératives ouvrières, les coopératives de production ou de consommation, les mutuelles ouvrières…), a tenté de créer les conditions sociales équitables de partage, en îlots au sein du capitalisme. Le mouvement coopératif a été petit à petit assimilé au sein du système capitaliste, avec les règles de rentabilités, etc (voir notamment les pratiques capitalistes actuelles des coopératives de mondragon iv).

En 1871, l’insurrection de la Commune de Paris fut un exemple pour le monde ouvrier (un exemple à réprimer pour la bourgeoisie) quant à l’émancipation possible des travailleurs par eux-mêmes, par des moyens tels que l’autogestion des ateliers et de la commune. Bien que minoritaire, l’influence du mouvement ouvrier proudhonien internationaliste fut important. La Commune déclencha contre elle une haine des bourgeoisies (Prussiens et Versaillais, ennemis nationaux, s’allièrent pour mater la révolte des Communards). Les massacres ainsi que les répressions ultérieures (peines capitales, peines de prison, travaux forcés et déportations en Algérie ou en Nouvelle Calédonie) qui s’ensuivirent afin de faire taire les Communards furent impitoyables. Il y eut évidemment des mesures d’interdiction d’adhérer à l’Association Internationale des Travailleurs… Beaucoup d’internationalistes anarchistes survivants de la Commune durent s’exiler en d’autres régions du monde et influencèrent de fait les mouvements des travailleurs de ces régions.

Deux ans après la Commune de Paris, le monde subit une forte crise économique. Il y eut une période confuse de propagande par le fait. Cela mena à des expériences diverses. Malatesta, Cafiero et d’autres dans le Benevent (Italie) tentèrent des faits insurrectionnels de libération en proclamant le communisme dans des petits villages, en brûlant les registres de propriétés, en faisant la distribution des finances publiques municipales aux paysans pauvres, ainsi que le partage des outils de travail. Du fait de l’inexistence d’une dynamique sociale locale ou plus étendue et en raison de cette pratique avant-gardiste, l’expérience du Benevent fut assez rapidement un échec face à l’armée. Mais cela resta un acte exemplaire qui sera connu comme une pratique anarchiste.

Comme dans beaucoup d’endroits dans le monde où la tyrannie est présente, le tyrannicide était pratiqué, notamment en Russie avec les nihilistes… En France, la colère de la population due à la crise économique et à la répression féroce des Versaillais à l’encontre des Communards durant plusieurs années, mais aussi du fait d’une propagande déformante de la bourgeoisie, amena, au début des années 1880, une réponse de vengeance de la part d’individus proclamés anarchistes, ou non, par divers moyens (armes diverses), à l’encontre de représentants ou défenseurs de la répressionv xviii. Du fait des effets négatifs et excessifs évidents de certains actes dits de propagande par le fait, cela fut remis en question, précisant certains points, dont le fait du lien de concordance entre moyens et fin. La propagande par le fait, hors période révolutionnaire, de type Vaillant mena à rien et cela fut un grand soulagement pour les bourgeois (leurs journalistes, leurs écrivains) et leur police terroriste, lorsque les lois scélérates anti-anarchistes imposèrent une nouvelle chape de plomb sur l’anarchisme. La propagande par le fait fut plus tard mise en pratique, selon une perspective anarchiste (et non dans une perspective artistique/romantique), durant diverses périodes révolutionnaires (La révolution au Mexique avec les frères Magon, en Russie avec la Makhnovtchina, en Espagne avec les collectivisations libertaires, en Argentine…).

Dans cette dynamique de propagande par le fait, le 1er Mai 1886, aux États-Unis, des grèves pour réduire la journée à huit heures de travail marquèrent une manifestation de résistance claire au sein du milieu du travail. Les anarchistes y furent présents… À Chicago, à Haymarket, à la fin de la journée de grève en cours, à l’usine de Mc Cormick, bien que la foule fut en train de se disperser suite à la fin du meeting, les forces policières de la bourgeoisie, habituées à agir ainsi depuis de nombreuses années, tirèrent sur la foule et provoquèrent un mort et une dizaine de blessés. Les patrons ne pouvant supporter que les futures règles leur soient dictées par des ouvriers. Face à cette répression, un journal préconisa à l’avenir d’avoir les moyens nécessaires pour se défendre contre les pratiques répressives de la police (n’oublions pas que les armes sont en vente libre aux États-Unis et l’autodéfense un droit). Les jours suivants, comme à son habitude aux ordres des patrons, la police chargea la foule à la fin d’une réunion pacifique. Une bombe (provocation des « Pinkerton ») fut lancée vers les policiers. La police continua par un massacre. Malgré le ridicule des accusations, huit anarchistes furent accusés et cinq furent légalement exécutés après procès. Des excuses arrivèrent plus tard de la part des institutions et elles libérèrent les trois autres emprisonnés à vie. Les provocations perpétrées par la police entraînèrent la destitution de leur chef, les agents Pinkerton aux ordres du patronat ont joué un rôle évident dans ces provocations, mais ils purent continuer tranquillement leurs activités de manipulations aux ordres des bourgeois… Le 1er Mai est devenu par la suite la journée internationale de lutte pour la revendication des huit heures maximum de travail. Cette grève de Chicago influença tout le mouvement ouvrier et la pratique révolutionnaire du syndicalisme… Cela mis à nouveau en avant les pratiques révolutionnaires d’action directe du mouvement anarchiste, dont les stratégies de revendications immédiates étendues. De nombreux 1er mai jusqu’à aujourd’hui ont étés sujets dans le monde à la répression… La journée de 8 heures de travail max (ou d’autres revendications de conditions de travail) est initialement une stratégie internationale ouvrière afin d’égaliser les conditions du monde du travail (afin de pouvoir penser à l’avenir au dépassement du capitalisme) et que le monde ouvrier ne soit pas sous la pression économique des règles capitalistes de la concurrence du marché du travail (un moyen aussi de montrer que le bien-être dans le capitalisme est réservé aux riches ou aux puissants, et qu’il y a nécessité de détruire ce système ne permettant pas de créer les conditions du bien-être pour tous. Le révolutionnaire utilise la revendication pour y poser une perspective d’émancipation, mais n’a aucune illusion sur les effets de réformes), cependant, cette stratégie finit par devenir pour certains réformistes (soutiens politiques aux syndicalistes et inversement) une adaptation nécessaire du travail au capital et dans une moindre mesure du capital au travail vi. Petit à petit l’idée est venue pour la bourgeoisie (initialement de gauche) que le syndicat pouvait être un rouage de réforme du système ne nécessitant plus de grèves afin d’obtenir des améliorations des conditions de travail. Subrepticement, petit à petit, le syndicat est devenu un relais travail / capital…

À la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, du fait de toutes ces expériences précédentes, le mouvement ouvrier révolutionnaire s’organisa dans le monde entier (Federacion Obrera Argentina, Union Sindacale Italiana, Confédération Générale du Travail, Industrial Workers of the World, Conféderacion Nacional del Trabajo, mouvement des conseils, …) selon des pratiques d’action directe, d’autogestion, des grèves, des assemblées générales, de lutte de classes, etc. Cependant, le mouvement ouvrier prit plusieurs voies différentes :

  • L’une, souvent définie de syndicalisme révolutionnaire, mais plus communément syndicalisme, prit la forme neutraliste (selon la charte d’Amiens). Elle défendra la neutralité politique en interne (la démocratie politique leur convient très bien) vii, les idées politiques devant être extérieures au syndicat. Elle fera interlocutrice avec la classe politique à son écoute, voire plus tard, fut intégré au système avec la représentativité syndicale (*), et les meilleurs représentants politique (individus ou partis) de la cause syndicale eurent droit à plus d’écoute de la part des chefs syndicalistes. Une tendance radicale de ce syndicalisme peut être considéré comme puriste, mis à part qu’elle considère aussi une neutralité nécessaire, elle a comme idée que le syndicat se suffit à lui-même, que le syndicat doit remplacer l’État. Il y a d’ailleurs une idée de pratique très hiérarchisée quant à la structure interne (en fait une société de classe syndicale à plusieurs niveaux), voire une vision utopique (même totalitaire) du syndicat post-révolutionnaire, la seule idéologie acceptée c’est le syndicalismei.
  • L’autre, souvent définie de globalisme révolutionnaire, qui prit plusieurs formes dont l’anarcho-syndicalisme, le communisme anarchiste, c’est une voie révolutionnaire visant l’autonomie politique, économique et sociale (*), qui définit une fin à l’association révolutionnaire, notamment le communisme anarchiste, qui refuse le compromis avec les classes capitalistes. La liberté est à prendre et non à quémander aux pilleurs, que ce soit à l’exploiteur patron, à son soutien l’État ou à ses représentants ou à ses relais syndicats ouvriers collaborationnistes soit disant neutre. Les révolutionnaires anarchistes s’associent dans un objectif de construire une société communiste anarchiste, chacun réalisant ce qui est possible là où il est, l’union libre, le partage et l’entr’aide étant la force de l’organisation anarchiste globaliste. L’organisation révolutionnaire n’a qu’un but celui de se libérer du système et non d’organiser un nouveau système clef en main, cela appartenant à chaque association selon les volontés existantes.

De nombreuses organisations ouvrières (où les anarchistes furent nombreux) basées sur le syndicalisme prirent, selon les périodes, une posture puriste ou neutraliste politiquement, telles que la CGT, la CNT, l’USI, les IWW… La charte d’Amiens de la CGT (qui fut une référence pour bon nombre de syndicalistes « révolutionnaire » au niveau international, même chez des anarchistes) fut l’acceptation d’une unité dans la lutte économique des travailleurs et, en théorie, une indépendance politique, mais elle fut dans les faits l’abandon de l’autonomie politique et la dépendance aux organisations spécifiques (partis ou orgas politiques, …) utilisant les syndicats comme courroie ou/et réservoir électoral… Selon une même logique, c’est aussi le début, au sein de l’anarchisme, de la dynamique des organisations spécifiques politico-idéologiques d’un côté (avec une division en tendances : anarcho-individualistes, anarcho-syndicalistes, anarcho-communistes…) et l’organisation économique de l’autre. La division entre milieux ouvriers et milieux intellectuels, phénomène bien décrit par Jan Waclav Makhaïskiviii va empirer par la suite.

Entre autres faits historiques peu connus, la révolution mexicaine commença, en 1910-11, sous les coups de la propagande par le fait insurrectionnel porté notamment par le mouvement communiste anarchiste magoniste du Parti Libéral Mexicain. Le manifeste « terre et liberté » du mouvement magoniste (réprimé fortement), aura un retentissement sur les institutions futures du Mexique. Il fut suivi par la suite par les groupes armés de Émiliano Zapata et de Pancho Vila… à Mexico, des grèves appelées par des anarchos-syndicalistes partis combattre dans les rangs zapatistes déplurent à la bourgeoisie, et une répression s’abattit sur eux. Un syndicat officiel du pouvoir fut monté et largement financé par le pouvoir afin de faire taire toute opposition sur le terrain socio-économique.

La Première guerre mondiale fut un moment désastreux pour le mouvement anarchiste et ouvrier mondial, mais plus particulièrement celui français qui s’effaça, sans grève générale, face à la guerre (Kropotkine et d’autres entrant dans « l’union sacrée » dans une sorte de neutralité vis à vis des politiques, d’une bienveillance vis à vis de la démocratie Française considérée en « avance » par rapport au régime Allemand…). La croyance en l’idée de la guerre rapide eut comme conséquence le massacre de millions de personnes. La fin de la guerre eut pour cause la levée insurrectionnelle en Allemagne, les révoltes dans les tranchées de Verdun et surtout la révolution russe…

En février 1917, la révolution russe commença, elle fut une ré-activation du mouvement des conseils (soviets) initiée en 1905 (lire « la révolution inconnue » de Voline)… Les idées d’émancipation se diffusaient au sein de la population russe. Le parti Bolchevique prit soin de s’attribuer des idées et pratiques qu’il ne pratiqua plus une fois le pouvoir privatisé en ses mains. Ce dernier en utilisant diverses calomnies contre ceux ayant des pratiques révolutionnaires réprima les anarchistes, les ouvriers de Petrograd en grève, la Commune de Cronstdat, l’Ukraine libertaire makhnoviste, des opposants politiques et la population voulant juste survivre… En dehors de la Russie, la croyance en une véritable révolution (après la prise de pouvoir par les bolchéviks en 1918) fit illusion durant quelques annéesix, et cela emporta une grande partie restante du mouvement révolutionnaire (dont des anarchistes, le temps que la vérité fut connue après le retour de rescapés révolutionnaires ou non, mais l’ignorance de la situation avait cassé une certaine base populaire de l’anarchisme) vers les réformistes marxistes-léninistes. Malgré cela, le mouvement des conseils fut un moment important dans les mouvements révolutionnaires, ceux-ci furent donc anéantis en Russie par les bolcheviques, en Allemagne par les sociaux-démocrates et en Italie par les fascistes sous diverses formes, aidés par les bourgeoisies nationales libérales trop contentes d’avoir des alliés à gauche pour écraser les révolutionnaires et créer la division. Les groupements populistes Étatistes bolcheviques ou fascistes polarisèrent désormais le paysage politique pendant 70 ans, les mouvements révolutionnaires d’émancipation furent désormais sous le joug de cette bipolarisation et furent, petit à petit, anéantis, ou étouffés par un spectacle médiatique, l’autonomie n’étant plus permise au sein des divers empires capitalistes adversaires (mais ceux-ci restant alliés lorsqu’il s’agit d’empêcher toute expérience d’émancipation).

Deux puissants mouvements révolutionnaires d’émancipation échappèrent un temps à la vague de répression des agents capitalistes.

L’un en Argentine avec la FORA. L’autre en Espagne avec la CNT.

En Argentine, en 1905, la FORA (Vème congrès) développa une pratique globaliste qui forma un mouvement puissant. Dès les débuts, une perspective communiste anarchiste fut mise en avant. En 1921 les groupements de métiers fédérés et solidaires mirent le capitalisme régional en grande difficulté, ils mirent la Patagonie en anarchie durant quelques temps… La répression policière et militaire fut abominable avec de nombreux massacres d’ouvriers en grève. La répression ne fit qu’amplifier la puissance du mouvement. Les réformistes (syndicalistes révolutionnaires) tentèrent la division, mais ils furent minorés, ce qui fit qu’ils s’allièrent souvent en relais des pouvoirs en place dont les dictatures, ceci afin de devenir les représentants attitrés des pouvoirs, mais la collaboration avec des gouvernements tirant sur les ouvriers en grève, ou sur des militants anarchistes, les desservit, les ouvriers désertèrent ces syndicats collaborateurs pour grossir les rangs anarchistes. Au début des années 1930, le mouvement anarchiste révolutionnaire était devenu énorme… mais les coups d’États successifs furent l’occasion pour les diverses dictatures en place, dont le péronisme en 1943, de continuer à liquider les anarchistes, au nom de la patrie.

La CNT, en Espagne, fut un syndicat révolutionnaire. La CNT, très tôt, partie sur une option organisationnelle collectiviste de tendance Bakouninienne, suivant en cela les organisations antérieures qui la créèrent en 1910. du fait de plusieurs dictatures, il y eut de longues années de luttes clandestines. En 1931, la syndicaliste révolutionnaire CNT fut partagée entre le possibilisme (trentisme) et l’anarcho-syndicalisme. Sous l’influence forcée de la FAI, elle prit durant quelques années une perspective anarcho-syndicaliste, tandis que les possibilistes partirent en politique. Début 1936, les possibilistes revinrent en son sein x. La guerre civile qui s’enclencha dès le 19 juillet 1936 mit toutes les forces révolutionnaires en lutte contre le putsch franquiste, et pour la révolution sociale, avec collectivisations des terres et des industries. La question du comment fut de savoir s’il fallait faire d’abord la guerre au franquisme et après la révolution sociale ou les deux en même temps… Comme la république avait été incapable de se défendre face au putsh franquiste, le gouvernement provisoire proposa aux organisations libertaires, seules organisations ayant arrêté le putsch militaire, de prendre le pouvoir. Pour des raisons diverses, deux possibilistes de la CNT (qui avaient déjà pratiqué le parlementarisme), ainsi qu’une représentante de la FAI et un de « los solidarios » (refusant pourtant initialement cette idéex), acceptèrent (pour certains soit disant pour protéger la révolution) de prendre place au sein du gouvernement républicain. Ceci plutôt qu’appeler à l’anéantissement de l’État et du capitalisme, de proclamer le communisme libertaire, d’impulser une perspective révolutionnaire. Cela fut largement critiqué par la base du mouvement anarchiste révolutionnaire local ou international. Le mouvement ouvrier autonome prenait des initiatives qui ne nécessitaient aucunement l’entrée dans un quelconque gouvernement. Mais cela fut depuis longtemps un piège tendu par la bourgeoisie démocrate, le mouvement fut, malgré toute cette illusion, écrasé sans ménagement. Les démocraties états-uniennes, anglaises et françaises n’aidèrent jamais les « républicains » espagnols, et encore moins les anarchistes au front. Les armes venant des démocraties pour aider les combattants ouvriers, contre le franquisme, ne vinrent jamais. Les gouvernants (dont les staliniens venus spécialement pour écraser la révolution sociale et les anarchistes) une fois repris en main l’appareil d’État républicain, après moultes manipulations, purent notamment écarter dès le mois de mai 1937 les collaborateurs ministres CNTistes et FAIstes en son sein, et ils purent continuer à écraser les collectivités libertaires en toute légalité en s’attirant les faveurs des petits propriétaires. N’ayant jamais envoyés d’armes sur le front où se trouvaient les miliciens anarchistes (et autres), ils les laissèrent se faire tuer avec le peu d’armes en leur possession. Ensuite ils imposèrent la militarisation des milices, ce fut la continuation de la défaite militaire. Un point gênant également pour les bourgeoisies de gauche sera la telefonica (poste de télécommunications) de Barcelone tenu par les anarchistes. Ces derniers pouvaient informer le reste de la population sur la révolution en cours et les exactions de la bourgeoisie gouvernementale ou propriétaire. Le gouvernement y amena son armée réorganisée afin de reprendre en main la telefonica à Barcelone. Devant ces événements, une rupture s’opéra au sein des libertaires, d’un côté les possibilistesxi, de l’autre les révolutionnaires. La répression contre les anarchistes continua jusqu’à leur exil en France ou ailleurs… Cette révolution espagnole fut une expérience énorme quant aux applications des principes anarchistes, de par la richesse et de la durée de la mise en pratique. Ce fut aussi une rupture au sein du mouvement quant aux principes, de par la participation de certains individus aux institutions bourgeoises et surtout le manque de propositions révolutionnaires à ce moment-là, figé dans le dilemme entre répression suite à des pratiques exemplaires en sortant la tête haute ou répression après avoir collaboré avec le système en sortant la tête basse. Ce fut une rupture qui divisa et inspira ultérieurement le réformisme dans les rangs de l’anarchisme et du syndicalisme.

Depuis le siècle précédent, il y eut enrichissement du mouvement anarchiste par des idées sociales émancipatrices, des logiques intrinsèques et directes d’auto-organisation du mouvement des exploités et des opprimés, et par des pratiques de ruptures révolutionnaires exemplaires. Ces pratiques furent combattues autant par le mouvement socialiste bourgeois (marxistes essentiellement) que par les autres mouvements politiques ou institutions bourgeoises. Dès les débuts du mouvement d’émancipation des travailleurs, au sein de l’AIT, la division entre libertaires et autoritaires, présageait des luttes inter-socialistes futures. On put vite le voir dans la division dans la Commune de Paris, avec les autoritaires d’un côté et les libertaires de l’autre, et d’autre part les Versaillais pratiquant l’étranglement (on put voir cette même logique durant la révolution russe et espagnole, à la différence que là ce furent les socialistes autoritaires et réformistes, qui étranglèrent volontairement la révolution sociale). L’association avec des autoritaires n’était pas possible, la nature hostile de leurs théories/pratiques autoritaires (hérité des révolutions bourgeoises : les manœuvres de Marx & co au sein de l’AIT furent assez exemplaires à ce sujet) ne pouvait se conjuguer avec les pratiques révolutionnaires d’émancipation. Le congrès de St Imier décida que les anarchistes avaient à prendre part aux associations ou groupements locaux des travailleurs, utilisant des moyens d’actions directes, tels que la grève, les assemblées. Ceci afin d’agir sur leur cadre de vie, de ne pas laisser les patrons / gouvernants agir à leur guise, le tout étant, par des actes exemplaires, de faire prendre conscience aux autres travailleurs qu’on peut agir directement sans patrons ni gouvernants sur nos conditions d’existence (que seuls eux en empêchent fondamentalement l’amélioration). Voire avec suffisamment de force créer une rupture révolutionnaire avec ce monde capitaliste afin de pouvoir vivre dans une société communiste anarchiste, libérée des contraintes économiques, politiques et sociales imposées par leur système de pillage généralisé. Les expressions de luttes ouvrières dans diverses organisations, prirent notamment la forme syndicale… bien que le syndicalisme (même révolutionnaire) a eu, par le fait de poser une logique de conscientisation de classes, des pratiques de luttes intéressantes (à part la charte d’Amiens), cette logique s’est faite enfermée dans le cadre du système capitaliste comme relais collaborateur du pouvoir économique étato-capitaliste. Les pouvoirs de l’économie capitaliste sont assez forts pour créer des pièges idéologiques et pratiques pour diviser les exploités. L’usage de bombes, le syndicat comme outil neutre ou pur idéologiquement, la représentation au sein des institutions politiques, l’individualisme asocial sont des pièges qui ont étés tendus et que certains ont pris sans vraiment réfléchir aux conséquences pratiques…

Toute l’énergie du mouvement révolutionnaire anarchiste a eu en face de lui des barrières énormes à surmonter, le capitalisme a pris en considération l’ampleur et le danger de l’anarchisme pour son existence, lui mettant des bâtons dans les roues, l’intoxiquant avec des propositions indécentes, et finalement l’a liquidé en nombreux lieux sur la planète. Peu avant la Deuxième guerre mondiale, les fascismes, sauveurs du capitalisme, ont terminé les basses besognes… Il n’en sera plus de même, pour l’anarchisme, après la Deuxième guerre inter-nationalo-capitaliste, le mouvement anarchiste perdit de la force et de la vigueur…

Stagnation de l’Anarchisme

– de la Deuxième guerre mondiale à nos jours –

La Deuxième guerre inter-nationalo-capitaliste, amena une structuration encore plus militaire du capitalisme (on a les résultats désormais visibles de la course aux armements, dont le nucléaire, les armes bactériologiques, l’association de la robotique militaire autonome et de l’intelligence artificielle, les armes non léthales… la course vers la mort), avec deux pôles principaux (Est /Ouest). La résistance à l’expression fasciste dure du capitalisme fut une ligne pour beaucoup de personnes, sauf que le fascismexii ne signifiait pas la même chose pour nombre d’« antifascistes ».

Les Partis communistes & co considéraient que le fascisme n’était que « l’extrême-droite » (ou parfois même le trotskysme). Leur nature profonde firent qu’ils oublièrent un temps ces fausses considérations en signant le pacte germano-soviétique (août 1939).

Les droitistes libéraux ou démocrates considéraient le fascisme comme une expression excessive du capitalisme, il fallait le combattre pour ses excès et ses annexions, pour eux il fallait combattre également le « communisme » (associé à URSS & co, dont on sait que c’est du capitalisme d’État) car les extrêmes se rejoignent.

Pour les anarchistes, le fascismexii (terme qu’on pourrait résumer par autoritarisme politique ou dictature) est une expression de défense lorsque le capitalisme est menacé. C’est une armée temporaire ou permanente du capitalisme national contre les anticapitalistes, elle prendra la forme léniniste (qui inspira mussolini) et mussolinienne, mais prendra d’autres formes dont l’hitlérisme, le franquisme, le pétainisme, le péronisme…

L’espoir d’une partie des exilés anarchistes espagnols, en France, était qu’une fois les pays européens libérés du fascisme allemand, italien et français, la libération de l’Espagne du franquisme ne traînerait pas. Des exilés libertaires espagnols, n’ayant que le choix entre intégration à l’armée française ou un retour obligé en Espagne, s’impliquèrent donc au sein de la deuxième division Leclerc, dans la nueve, et furent notamment les premiers aux combats pour la libération de Paris… Ils se firent désarmer à la fin de la guerre par l’armée républicaine. Il n’y eut jamais de volonté des alliés de « libérer » l’Espagne du franquisme. D’ailleurs, l’Espagne franquiste, très en lien avec le Vatican, fut même en étroite relation avec les USA dès 1953 pour des raisons économiques, idéologiques (anti-communisme), militaires et géo-stratégiques. Ce n’est pas les garrottages d’anarchistes en Espagne qui posèrent question aux démocraties. Les démocraties représentatives continuèrent, avec l’ONU, leur travail de pacification libérale afin que rien ne bouge, en acceptant (tout en ayant des « critiques ») des dictatures (Salazar, Pinochet, Videla ou les autres dictatures rouges), si celles-ci respectaient certaines règles internationales du capitalisme.

Après la guerre, en France, sous l’impulsion de divers groupes anti-staliniens dont des libertaires (CNT), des grèves éclatèrent chez Renault en avril 1947, elles mirent le gouvernement (PCF compris, ainsi que le syndicat CGT trop compromis) sur les dents. Les revendications furent entendues, le gouvernement dû leur donner une réponse favorable. Devant l’inactivité et la compromission du PCF et de la CGT en 47, Moscou leur ordonna de fomenter des grèves dans tous les secteurs en 48 afin de redorer leur blason. Cela créa des grèves sans objectifs autre que servir les vues politiciennes du PCF. Peu avant les grèves de 48, une scission syndicale se créa avec la CGT (stalinienne et anti-américaine, certainement financée indirectement par Moscou) d’un côté et la CGT-FO (anti-stalinienne et pro-américaine – financée initialement par la CIA par l’intermédiaire de l’AFL) de l’autre. La CNT (« ni Truman, ni Staline ») en exil (avec des anciens de la CGT-SR) commençant à se construire dans le cadre national (et défendu au début par la Fédération Anarchiste) fut sous l’effet négatif des divisions syndicales. En effet, en vue des recompositions, les syndicats autonomes ne s’allièrent pas à la CNT, il y eut des divisions en interne de la CNT, se dispersant à FO, au CUAS ou chez les autonomes, sans compter ceux « anarchistes » qui étaient restés à la CGT. De ce fait une bonne partie des militants anarchistes syndicalistes (de la FA dont M. Joyeux, A. Hebert…) préférèrent alors s’allier à FO, malgré le pro-américanisme et le réformisme de ces organisations, plutôt qu’avec la CNT affaiblie numériquement du fait de ces divisions. Désormais le syndicalisme libertaire français se cantonna à intégrer des syndicats réformistes et y porter la parole ou des pratiques libertaires. Mais jamais la création d’une organisation révolutionnaire des travailleurs anarchistes ne fut à l’ordre du jour, la CNT stagna face aux guerres froides entre FO et CGT ainsi qu’avec les autres nouvelles centrales syndicales. L’organisation spécifiste FA prit désormais une position neutre vis à vis des diverses centrales syndicales (dont la CNT), leurs militants étant dans plusieurs de ces centrales.

Alors que les trente glorieuses (mais pas pour tout le monde, en passant outre la guerre d’Algérie xiii, Vietnam, Cambodge, le mur de Berlin, …) amènent la société de consommation, un mécontentement gronde au milieu des années 60. Dès 67, des grèves se multiplient, des mouvements de jeunesse (beatniks, hippies…), ou des écrits radicaux (école de Francfort, marcuse, situationnistes, socialisme ou barbarie…), remettant en cause la société de consommation (et la société du spectacle pour les situationnistes), cette société sclérosée et les logiques de guerre froide… En divers lieux (Italie, Allemagne, Belgique, France, États-unis…) les universités se mirent en grèves, des conseils ouvriers s’imposèrent en Tchécoslovaquie… en Mai 1968, en France, les manifestations estudiantines sont suivies le 13 Mai par une grève générale d’un jour qui devint, à la grande surprise des dirigeants syndicaux/politiques, générale, illimitée et sauvage. Comme à son habitude, la future bourgeoisie viii, les léninistes estudiantins firent le nécessaire pour prendre petit à petit le pouvoir de décision dans les assemblées des universités (abolissant de fait la démocratie des assemblées, copiant les pratiques des bolcheviques pour les soviets en Russie), et le PCF apeuré par les grèves incontrôlables se dépêcha de définir avec Pompidou les accords de grenelle, ceux-ci furent signés par les syndicats dont la CGT, afin de faire cesser les grèves. La bourgeoisie de gauche viii fit donc le travail nécessaire de relais pour être l’interlocutrice privilégiée de la bourgeoisie de droite, en manageantxiv les salariés.

Cependant, la vague de mécontentement et la contre-culture développés dans ces mouvements perdurèrent une dizaine d’années, avec les questions de la liberté, de l’écologie, de l’éducation, de l’amour, de la sexualité, des drogues, des arts, des arts de vivre, de la révolution, du retour à la nature… Ce mouvement profond des années 60/70 créa une presse et un milieu intellectuel qui a produit de riches et foisonnantes critiques révolutionnaires (association des critiques sociale, artiste et démocratique…). En réaction, cela a aussi produit dans les universités du système un mode de pensée souvent nommé post-modernexv, pensée assez confuse, ne considérant que la critique artiste (mettant de côté les critiques sociales et démocratiques), n’en restant qu’à la question individuelle, créant un relativisme culturel, considérant que tout se vaut, qu’une oppression est égale à une autre, que le pouvoir est partout sans que la structure prédominante de pouvoir ne soit nommée (c-à-d actuellement le capitalisme et son arme l’État pour l’imposer), rejetant l’universalisme et la rationalité. Il y aura aussi l’idée que la révolution ou le socialisme c’est totalitaire en soi, mais étonnamment rien au sujet des fondements totalitaires du capitalisme en soi :), comme si le totalitarisme capitaliste devait aller de soi et ne pouvait pas s’accommoder de l’individualisme. Une mouvance « gauchisante » chez des libertaires se développa sur cette idée universitaire, oubliant la critique de l’exploitation pour une critique des normesxvi, oubliant que le monde réel dans lequel on vit depuis quelques siècles est ce monde/système capitaliste basé sur l’exploitation des uns par les autres, qui est le fondement de nombreuses autres oppressions (qui sont effectivement illégitimes et combattues par les anarchistes depuis bien longtemps), certains considèrent que ces oppressions (ex : l’oppression envers les femmes ou les enfants, envers les minorités sexuelles, envers les délinquants, envers les minorités identitairesxvii) sont autant voire plus importantes que l’oppression du capitalisme… partant d’oppressions réelles, certains en ont faits une dialectique « gauchiste » paranoïaque (comme le léninisme à son époque) alliant culpabilisation pour les catégories désignées « oppressives », et une angélisation pour les catégories désignées « opprimées »… Ceci sans un esprit de critique sociale concernant ce qu’est la pratique d’oppression en soi, et plutôt qu’avoir une vue globale ou un projet global pour l’abolition de l’oppression, ils exacerbent les « oppressions », par une catégorisation hystériquexviii, même si cela peut mener des « opprimés » à devenir des « oppresseurs » ou à devenir soutiens de certaines formes d’oppression. Logique perpétuant les luttes ad vitam æternam, sans projet d’organisation d’une vie sociale sans oppression, mais il est vrai que pour certains élaborer des projets de société sans oppression est totalitaire (sic). L’association de la liberté et de l’égalité, base de l’anarchisme, fut rejetée par ceux-ci, privilégiant plutôt les libertés et l’identité… L’individualisme libéral et l’individualisme aristocratique glissa avec facilité au sein de cet individualisme post-moderne. Le système médiatique en profita évidemment pour mettre en avant toutes ces énergies aux ordres de la société du spectacle. Ce mode de pensée amena aussi malgré tout parmi ces « libertaires »-là des aberrations comme le soutien à des thèses états-uniennes capitalistes libertariennesxix ou primitivistes, le soutien à des luttes de libération nationales/régionalesxx, ou au soutien, à la fin des années 2000, aux partisans racialistes (PIR et ses laquais…) xvii avec un usage approximatif du terme islamophobiexxi … Cela mena aussi certains contre cette logique de post-modernité à défendre cette soi-disant modernité des lumières, alors que cette post-modernité défend de fait le capitalisme tout autant que cette modernité, à la différence que la première est dans l’irrationalité, l’autre dans le rationnel… Nous autres anarchistes ne sommes pas d’un camp ou d’un autre de ces paradigmes, Notre paradigme est l’Anarchie ou plus précisément le communisme anarchiste.

Dans un mélange confus de diverses mouvances variant entre pensée mystique, rebelle ou obscurantiste, des mouvements contre-culturels, de jeunesse , d’arts de vivre et artistiques, individuels et communautaires, identitaires, tels que les hippies, les yuppies, les punks, les hardos, les rastas, les skins, les raveurs, les grunges, les rappeurs au sein de la société de consommation, cela fut au final pour nombreux rien qu’une mode sans objectifs universaux, notamment l’abolition de l’exploitation ou de l’oppression, à part pour certains groupements ou individus en leurs seins un peu plus réflechi… Cependant, au sein des modes Hippiesxxii, Punkxxiii et Rapxxiv, il y eut et ils ont en partie des expressions libertaires.

En début des années 90, la chute du mur de Berlin mettra fin à la grande illusion dite « socialiste » des pays de l’Est et d’ailleurs, et en apparence la victoire symbolique du dit « monde libre ». Mais la paix n’étant pas bonne pour les affaires de certains, les mondes capitalistes / nationalistes / théistes trouvèrent les moyens de créer de nouveaux conflits, de nouvelles guerres d’empire…

En 1993, la CNT est dans une période où certains (qu’on appellera les « vignoles », venus en partie de la CFDT, FO ou CGT) veulent imposer leurs vues réformistes aux autres et tentent une scissionxxv, d’un côté des partisans syndicalistes révolutionnaires qui veulent le droit d’avoir par défaut un délégué du personnel et de l’autre des révolutionnaires anarcho-syndicalistes qui refusent ce pas vers du réformisme (Positions antérieurement acceptées seulement quand le droit syndical n’était pas respecté.). La plupart des organisations anarchistes existantes fonctionnaient, comme la Tendance Syndicaliste Révolutionnaire de la FA, sur le principe du syndicalisme dans diverses centrales syndicales, la Tendance Syndicaliste Révolutionnaire de la CNT (dite « vignoles ») a eu du succès au sein de ces organisations… En 1996, après que l’AIT a tranché en faveur des révolutionnaires anarcho-syndicalistes et non des syndicalistes des vignoles, de nombreux syndicalistes de ces organisations anarchistes décidèrent que leur organisation soutiendrait désormais la CNT vignoles (parfois sans avis ni mandats des associés, avec parfois des censures discrètes pour les associés n’ayant pas ces positions syndicalistes dans « leur » radio ou dans « leur » journal). Le choix pour une stratégie réformiste syndicale peut laisser songeur quand on pense à « syndicaliste » et « révolutionnaires » et « anarchistes », cependant ce serait méconnaître la théorie syndicaliste révolutionnaire présente chez des an archistes français et méconnaître ses applications passées, dont le neutralisme ou le purisme, pour lesquelles le syndicat est l’outil qui répond à toutes les questions sociales et économiques. C’est la raison pour laquelle, les syndicalistes « révolutionnaires » ne peuvent accepter des idées rassembleuses autres que syndicalistes. L’anarchisme étant une de ces idées, une de ces pratiques non désirées, car remettant en cause notamment l’idéologie syndicaliste soi-disant neutre et/ou puriste voulant relayer ou remplacer l’État par le Syndicat (sans pourtant pouvoir en modifier sa substance centralisatrice et bureaucratique, ni en supprimer la hiérarchie consubstantielle). Le Syndicat CNT Vignoles en arrivera à avoir des délégués du personnel, à participer aux élections professionnelles, à demander la nationalisation des banques, à demander la retraite à 60 ans, à avoir un permanent syndical, à avoir des membres de partis politiques au sein du bureau confédéral ou non, la CNT Vignoles est finalement devenue cogestionnaire comme les autres centrales syndicales. Le soi-disant neutralisme syndical mâtiné de syndicalisme puriste apolitique mène à une forme de syndicalisme d’État ou d’Étatisme syndical. À force de vouloir imposer une position syndicaliste-« révolutionnaire » (SR) apolitique dans ce syndicat qui était autrefois un syndicat d’anarcho-syndicaliste, les SR ont finalement créé un syndicat similaire aux autres centrales syndicales. Ainsi, même au sein du mouvement anarchiste français, il n’est plus question d’organisation ouvrière anarchiste, mais juste d’organisations ouvrières réformistes (ou au mieux syndicaliste révolutionnaire, mais pas plus) dans lesquelles vont des anarchistes, et à chacun selon son organisation spécifique tant que le syndicalisme gagne des points. Entre globalisme révolutionnaire et réformisme, les anars français ont choisi le réformisme, au plus grand bonheur des syndicalistes « révolutionnaires » et des partis/organisations politiques. Cependant, les scissions se succéderont autant aux vignoles qu’à la cnt-AIT.

Un mouvement large de contestation de la globalisation capitaliste en marche depuis la moitié des années 90 deviendra visible lors des sommets des grandes puissances (OMC, FMI, G7 → G20), il y aura notamment la première grande manifestation à Seattle en 1999 contre l’OMC, suivi de grandes répressions, il y eut de nombreuses autres grandes manifestations contre les divers organismes gestionnaires du capitalisme, avec des répressions amenant des morts, de nombreux mutilés et des emprisonnés du côté de la contestation (les gestionnaires du capitalisme pouvant continuer à préparer des crises économiques juteuses)… puis il y eut aussi plusieurs forums sociaux mondiaux ou européens ayant comme but de poser divers points de réflexions collectives et d’actions pour l’avenir, l’autodéfense, des perspectives d’actions. les anciennes divisions ne tardèrent pas à réapparaître, d’une part entre réformistes (citoyennistes ou libertaires) et révolutionnaires (concernant les objectifs à atteindre), puis au sein des diverses conceptions révolutionnaires (sur les stratégies et les modes d’actions). Il y eut des critiques sur les actions ou des pratiques des uns ou des autres. Cependant de nombreux faits révolutionnaires comme en Argentine en 2001, le Mexique avec les révoltes au Chiapas, furent des points d’appuis pour les questions révolutionnaires… Plus tard, suite à la crise économique capitaliste des subprimes, après 2008, de nombreux mouvements de révolte révolutionnaire se révélèrent, comme notamment les soulèvements anarchistes en Grèce, puis lors des révolutions arabes qui furent rapidement étouffées (ou récupérées)… On a pu voir au pouvoir les soit-disant révolutionnaires de l’extrême-gauche au brésil (avec Lula), en Grèce (avec Siriza), en Espagne (avec Podemos), faire comme les autres gouvernants… les capacités révolutionnaires des diverses parties du monde sont inégales du fait de leurs histoires et de leurs conditions économiques, sociales et politiques.

En parallèle, en fin des années 90, la révolution numérique et internet (indymedia, forums, emails, p2p, logiciels libres, wiki, etc.) a bouleversé nombres d’habitudes d’usages traditionnels de communication, de créations ou de partages, cela a permis un développement de pratiques et d’idées intéressantes de libération du diktat de la propriété privée ou des médias aux ordres, mais petit à petit, les pouvoirs brident de plus en plus l’Internet, et répriment au besoin, afin de répondre aux exigences des détenteurs de capitaux et des droits de propriété, le capitalisme ne veut pas le partage, juste développer le commerce. Pour défendre ses possibilités d’espaces libérés et partagés, de nombreux moyens logiciels furent développés, dont des logiciels pour des réseaux cryptés et décentralisés qui ont permis la continuation de ce mouvement de partage (de connaissance ou autres) mondialisé. Toutes ces créations furent combattues par les institutions en créant les moyens légaux pour surveiller et punir tous les usages de ces applications réelles non conformes au diktat capitaliste (ou nationaliste ou théiste). Tout un réseau de surveillance généralisé s’est créé de par les divers États concurrents, avec le réseau Échelon, les écoutes de masses de la NSA et autres organismes des États, les infiltrations électroniques (d’ailleurs, les grands de la sécurité, gouvernements ou NSA au hasard, nous parlent de renforcer la sécurité, le contrôle numérique, mais ils se font hacker malgré tout, voire sont la source des problèmes de sécurité mondiale), etc. Contre cette logique de plus en plus invasive de la part des autorités économiques et politiques (notamment rendu visible de manière spectaculaire par les fuites wikileaks), il s’est développé un mouvement de contestation numérique, prônant le cryptage à tous les niveaux, voire la guérilla numérique (anonymous et hackers), la création de réseaux visibles et non visibles (voire la non utilisation du numérique pour les correspondances). Comme dans le monde réel, le monde numérique est cloisonné et contrôlé par le système dominant… Toutes les créations de partages sont propriétarisées, toutes les pratiques libres sont détournées vers un fonctionnement commercial capitaliste, se centralisant de plus en plus… Mais des failles existent… de nombreux logiciels ou systèmes opérateur (Gnupg, debian, tor, freedombox -et sa suite de logiciels-, tails, logiciel p2p de partage, objets par imprimantes 3D…) projettent et permettent de se libérer des diktats politiques, sociaux ou économiques, par une certaine autonomisation, il manque juste la transformation de ce fonctionnement de partage dans la réalité (les hackerspaces ou fablab initient l’idée). Pour cela seule une rupture sociale révolutionnaire abolissant le capitalisme (qui est par essence privatif) permettra que ces outils de libération puissent s’exprimer dans un cadre émancipé, permettant la diffusion de pratiques de libération économique politique et sociale, ce qui est actuellement très limité et strictement contrôlé dans ce monde capitaliste.

Au niveau des idéologies et pratiques réformistes, on a pu voir au début des années 2000, que la gauche de la gauche, étant pourvue d’une gauche caviar, ou que l’extrême gauche déconfite, n’ayant plus l’utopie russe à proposer, tentèrent des approches vers les libertaires, ou ce fut l’inverse pour certains… On a pu notamment lire des propositions de social-démocratie libertairexxvi, d’altermondialisme de gauche (Attac et sa taxe tobin, monde diplo…) et citoyenniste. On pu voir aussi l’influence des comptenteurs de la pensée de Chomsky, en cagexxvii. On pu aussi voir des théories municipalistes de gauche avec démocratie participative fleurir (la gauche su s’en emparer à l’occasion d’élections avec une pratique nulle) et des libertaires soutenant l’idée, on put voir aussi des critiques de libertaires contre l’abstentionnisme révolutionnaire, et finalement des postures électoralistes à divers moment dont le plus spectaculaire fut en 2002 au deuxième tour, en effet, le mouvement anti-fasciste anti-Lepen (& co) ayant fait des émules parmi des libertaires, certains apeurés par les sirènes alarmantes médiatiques d’une certaine bourgeoisie de gauche, crurent en la nécessité d’appeler à voter contre Lepen (donc pour voter Chirac) xxviii . Ceci révélant l’antifascisme institutionnel de certains libertaires. Puis certains partisans libertaires du syndicalisme révolutionnaire considérant qu’il manquait une vraie gauche révolutionnaire (Il semble que le syndicalisme révolutionnaire apolitique ait besoin de politiciens qui soutiennent leurs actions au sein des institutions) participèrent à diverses élections politiciennes avec divers partisxxviii. On peut associer cela aux pratiques possibilistes des syndicalistes d’État (comme en Espagne peu avant et pendant la révolution espagnole, avec les ministres cnt/faistes), mais aussi du fait d’un environnement militant libertaire devenu en parti citoyenniste, réformiste et perméable aux idées libérales (politiques voire économiques).

Le mouvement anarchiste déjà affaibli avant la deuxième guerre mondiale par une répression énorme a eu droit, suite à cette guerre, à de nombreux événements qui conduisit à nouveau à son affaiblissement et mena notamment vers des replis réformistes de la part d’une majorité des anarchistes… parmi les syndicalistes anarchistes, le réformisme syndical est devenu assez flagrant vers des solutions spécifistes et syndicaliste révolutionnaires. Parmi des anarcho-communistes, certaines accointances avec des groupements politiques, des positions limites électoralistes, ou des appels à soutenir par le vote des candidats/partis… L’adaptation de certains « penseurs » au mode de pensée dit postmoderne est aussi devenu plutôt flagrant avec des postures idéologiques pourtant très bien adaptées aux réformes mentales nécessaires à la modernité (même dans les marges) capitaliste, avec une certaine forme de manageariat mental, d’avant-gardisme très pratique pour contrôler les pensées sociales, en usant de culpabilité individualisée et collective sur tel ou tel sujet, et jouant les victimes collectives et individuelles (selon les besoins) dans telle ou telle circonstance. Les groupements autoritaires ou réformistes d’un bord ou d’un autre voyant ces failles ne purent s’empêcher de mettre les termes libertaires/anarchistes à leur sauce, soit pour repousser ou pour s’approprier la pensée, l’histoire, les termes, les pratiques des anarchistes, ceci volontairement ou non.

Pistes révolutionnaires anarchistes

Le projet d’une société égalitaire et libertaire (sans relations autoritaire, sans classes sociales, sans propriété privative pour les uns et le reste pour les autres) est culturellement inexistante pour le plus grand nombre. Tous les partis (même marxistes qui prétendent le contraire) ont trouvés les moyens de museler toutes les voix opposées à cette société de classe (inhérente au capitalisme) pour qu’elle n’empêche aucunement les manœuvres des dirigeants capitalistes dans leur progression dans l’accumulation de leurs capitaux. La logique de cogestion travail /capital a été l’outil principal du système afin d’organiser la collaboration généralisé de la société au capitalisme. Des améliorations de conditions de travail, des conditions matérielles, ont donnés l’illusion à certains (certainement des partisans marxistes du matérialisme historique…) que les mentalités progressistes ne s’arrêteraient pas là et continueraient dans la lutte nécessaire à l’abolition des classes, mais dans cette logique petit à petit beaucoup ont considérés qu’on peut vivre à peu près bien dans ce capitalisme (que celui-ci n’est pas si mauvais), et à chacun de se vendre selon ses mérites, une hiérarchie naturelle s’imposerait de fait. Il semble que l’amélioration des conditions matérielles et de la mise en spectacle de la société n’ait pas donné plus envi de lutte ou de nécessaire révolte contre cette société de classes pour mener à une société sans classes. Cela a plutôt incité le tout un chacun d’abandonner la lutte solidaire pour un confort de vie illusoire individuel. Mais ce qui est assez visible c’est aussi le changement de la société qui est devenu une société de consommation et de spectacle. Le rapport aux idées et pratiques révolutionnaires s’est largement cantonné dans ce cadre d’objets de consommation et de spectacle, l’inauthenticité est devenu la règle. Les syndicats ont joués les tampons collaborationnistes nécessaires du capitalisme entre les classes ouvrières et les classes capitalistes, désintégrant petit à petit la raison d’être de l’organisation de guerre sociale des classes ouvrières contre la société de classe capitaliste, comme si l’idéologie pouvait être séparée de l’outil de lutte. Dans la logique du matérialisme historique, le syndicat devenant le manageur des ouvriers en leur expliquant le réalisme de l’économie capitaliste, en intégrant la conscience des travailleurs dans une réalité cogestionnaire « gagnant / gagnant », toute idée d’abolition de la société de classe devient une hérésie. Par exemple, lorsque des groupements ouvriers se sont révoltés (en 47 et en 68) à l’insu des centrales syndicales, les chefs syndicalistes (aux ordres de moscou ou du capitalisme national) ont fait le nécessaire pour que cela cesse. Les médias aidant les collaborationnistes (radicaux ou pas) syndicalistes dans cette tâche.

Toute réalité problématique de la société de classe capitaliste, avec sa hiérarchie sociale, est minutieusement nié par les médias, mettant en avant une sorte de « tous ensemble » religieux avec une fibre morale et économique nationaliste (ou théiste dans des régions à prédominance théiste), il suffit de mériter sa place dans la hiérarchie sinon vous faites parti des faibles. À chacun sa place, qu’ils disent. La hiérarchie sociale est un projet entretenu par leurs penseurs et médias. Ce doit être LA norme. Pour le mode de pensée dit postmoderne, tout doit partir de l’individu et la hiérarchie naturelle doit s’ensuivre, la lutte des places (plus individuelle) remplace la lutte des classes (plus sociale). Nous serions donc tous libres dans cette lutte des places. Cependant, leur système n’est en fait que licence. L’influence de la lutte des places dans les milieux révolutionnaires (avec comme idée d’avant garde individuelle ou claniquexvi) permet même au sein du mouvement anarchiste de voir la même logique d’auto-destruction sociale qu’au sein de la société, ceci laissant peu de place pour une pratique de solidarité qui peut et devrait exister dans les milieux libertaire.

Suite à toutes ces problématiques énoncées concernant le mouvement révolutionnaire ouvrier et plus particulièrement le mouvement anarchiste, dans le cadre capitaliste, on peut poser quelques points d’appuis historiques pour rejeter certaines pratiques ou idées désuètes et mettre en avant certaines autres menant à une perspective révolutionnaire communiste anarchiste…

Le mutualisme Proudhonien a posé de nombreuses idées sur l’autogestion… il a un peu amené à celle de coopératives mutualistes. Bien que travailler dans des coopératives mutuelles soit en certains lieux plus intéressants moralement et financièrement que de travailler en tant que salarié (du fait de la subordination), il paraît après un bon nombre d’années d’expériences coopérativiste mutualiste que les coopératives mutuelles ne soient pas en soi des moyens révolutionnairesiv. Les « îlots » créés au sein de ce système économique vorace et belliqueux ne laisse que peu de place pour des relations économiques égalitaires, d’ailleurs de nombreuses coopératives mutualistes pratiquent le salariat, il est donc assimilable par le système capitaliste. De plus tous les métiers ne peuvent se mettre en coopératives, et le plus généralement être salarié est devenu une norme… L’idée révolutionnaire collectiviste Bakouninienne (avec James Guillaume et d’autres…) a questionné l’idée coopérativiste mutualiste Proudhonienne (notamment au sein de l’alliance révolutionnaire et au sein de la première Association Internationale des Travailleurs)iv, relativisant ses possibilités émancipatrices au sein du système, tout en posant la nécessité des pratiques de luttes des travailleurs salariés dans le cadre actuel, ce qui impulsa l’idée de lutte ouvrière autonome révolutionnaire et qui prendra notamment la forme du syndicalisme… Comme les idées coopérativistes mutualistes de Proudhon, certaines idées économiques collectivistes furent également assimilable par le système capitalistexxix, ce fut la critique développé par les anarchistes communistes, mettant en lumière les idées collectivistes comme une forme de salariat collectivisé, quantifiant le travail selon le temps ou la tache, nécessitant une classe de gestionnaires, créant de fait une hiérarchie… Le dépassement de cette logique économique comptable par une économie autogéré communiste, sans salaires, sans classe, sans argent, selon le principe de chacun selon ses besoins, à chacun selon ses moyens (concordance entre les moyens et la fin révolutionnaire). Ceci fut mis en débatxxix, la position communiste fut largement accepté, cependant tout au long de l’histoire de l’anarchie ces courants collectivistes et communistes se disputèrent quant aux moyens à adopter et quant à l’organisation future… la plupart opteront pour un anarchisme sans adjectif (le contexte décidant de l’économie la plus adapté)… La division se fera sur la question du syndicalisme, entre ceux considérant qu’il doit être idéologiquement neutrexxx et puriste, ceux considérant qu’il doit être anarcho-syndicaliste, tandis que d’autres jouent sur les deux tableauxi… Il existe évidemment d’autres positionnements concernant l’organisation ouvrière anarchiste.

On peut avoir le désir d’être nombreux pour que les idées anarchistes puissent se réaliser amplement, qu’il y ait une masse critique faisant pencher la balance du côté anarchiste. Cependant, dans une illusion du nombre et d’ouverture « révolutionnaire », certains ont considéré qu’un outil (coopérative, syndicat) avait à être « neutre » idéologiquement, l’outil étant considéré révolutionnaire en soi et autosuffisant. Cette logique neutraliste a consisté chez certains à ouvrir largement les portes à toute sorte d’individus/groupements ayant des positions politiques parfois plus que douteuses, d’un point de vue émancipateur, et menant finalement à des pratiques politiques réformistes ou autoritaires (pour les puristes)… le cadre organisationnel, l’outil (plutôt que l’idée émancipatrice) étant finalement devenu l’idée à défendre contre toutes autres idées/pratiques. Hors on peut remarquer que les idées en vogue dans les sociétés actuelles sont largement plus influentes dans l’outil que celles anarchistes, et que les ouvertures neutres n’amènent qu’à l’entrée d’idées étrangères à l’anarchisme au sein d’organisations semi neutres semi « anarcho »-syndicalistes… Bien que cette critique soit plutôt lié au syndicalisme révolutionnaire puriste vanté longtemps par des intellectuels de la CNT Vignoles, il arrive aussi parfois que des idées étrangères à l’anarchisme sont diffusées par des individus d’orgas anars ou d’anarcho-syndicatsxxxi. Quoiqu’il en soit le désir du nombre ne justifie en rien cette dissociation de l’idée avec l’outil, ni inversement. Si on veut un outil neutre, l’idée sera neutre, et cela ne mènera qu’à la neutralité. On peut d’ailleurs voir où a mené le neutralisme syndical entre divisions entre chapelles et neutralisation des travailleurs vis à vis du capital. Cette vision de neutralité et de fonction essentiellement économique du syndicat (ou de masse utile) est justement devenu un rouage du système afin d’asseoir l’idée capitaliste dans les têtes des travailleurs, l’idée de partage des miettes du capital pour les travailleurs. Une fois l’idée de neutralité idéologique du syndicat vis à vis du capital, le capital n’a plus besoin d’avoir peur. Seule la lutte pour obtenir quelques miettes du capital, ou pour que le capital ne tape pas trop fort, font encore parler du syndicalisme, mais derrière le syndicalisme il n’y a plus d’idée révolutionnaire, il ne reste juste qu’une fonction spectaculaire / gestionnaire du capital (une version publique du capital). Les partisans de la charte d’Amiens ont gravés le syndicalisme dans les têtes comme ou outil de gestion de conflits capital/travail, il est mort symboliquement et pratiquement il ne peut plus être un outil révolutionnaire, si c’est le cas parfois les rouages étant bien huilés, les habitudes historiques reprendront le dessus… Car sans idées ou pratiques révolutionnaires claire d’autonomie ouvrière, les politiciens auront la main sur les syndicats.

Une organisation révolutionnaire n’a aucunement à être neutre, elle doit affirmer clairement sa position de rupture. Il faut donc ne laisser aucune échappatoire au capitalisme, ne pas lui donner d’opportunité de vivre encore sur le dos des uns ou des autres… Si une organisation révolutionnaire est anarchiste, elle n’a pas à le cacher, à part la conspiration ouvrière anarchiste qui doit se faire en toute discrétion. Si le projet est le « communisme libertaire » (du communisme anarchiste c-a-d une économie autogestionnaire sans argent et sans marchéxxix), à ne pas confondre avec le collectivisme libertaire (qui s’adapte très bien de l’argent et d’un marché planifiéxxix), les moyens doivent être adéquats. On voit bien que le capitalisme est souple et rigide quand il faut, qu’il s’adapte assez bien aux diverses oppositions, en les intégrant de force ou de gré à son jeu… Comme on a pu le voir précédemment une part de « l’anarchisme » n’y a pas échappé… Le capitalisme conspire en silence pour la sauvegarde de la propriété privative et leurs maîtres…L’organisation des travailleurs est fondamentale pour porter les bases d’un monde nouveau sans capitalisme et on peut voir dans les organisations de travailleurs un moyen actuel de réunir des personnes déçues par l’injustice inhérente au système capitaliste… Cependant, il y a deux tendances en son sein, une réformiste l’autre révolutionnaire. Les réformistes voulant utiliser l’organisation de travailleurs comme un moyen de rendre le capitalisme plus juste, donc de fait perpétuer le capitalisme (en s’y intégrant ou en devenant le maître), tandis que les révolutionnaires considèrent l’organisation des travailleurs comme un moyen de rompre avec le système capitaliste pour ainsi créer des bases pour une société nouvelle. La division entre organisation économique des travailleurs et organisation spécifique est absurde dans une perspective révolutionnaire anarchiste, ça mène à des catastrophes pratiques et idéologiques. Seules des organisations léninistes peuvent fonctionner avec d’un côté un parti/organisation idéologique pensant pour la masse des travailleurs, et de l’autre des organisations de travailleurs noyautées et donc aux ordres du parti. L’histoire ayant fait son chemin on sait maintenant qu’il y a des soit-disant « révolutionnaires » (qu’on peut qualifier de léninistes) qui utilisent le langage révolutionnaire, mais qui ont des pratiques réformistes ou trans-réformistes (autoritaires). Leur langage est la manipulation dans le but d’obtenir le pouvoir. On sait donc maintenant que le neutralisme ou le purisme syndicaliste révolutionnaire permet aux léninistes d’entrer dans des organisations de travailleurs comme des coucous et que leur travail de sape n’a qu’un but, LEUR pouvoir sur les autres. Pour faire simple, les organisations dites révolutionnaires qui ont pour but de trouver des solutions au sein du système capitaliste, ne sont pas révolutionnaires. Celles qui utilisent une phraséologie révolutionnaire avec des pratiques autoritaires ne le sont pas plus. Cela a été le cas en Russie avec le parti bolchevique neutralisant le mouvement d’émancipation par les conseils. En Espagne avec les républicains neutralisant le mouvement révolutionnaire, mais il y eut des erreurs aussi du mouvement libertairex, par exemple le refus de poser des perspectives révolutionnaires anarchistes dès les premiers jours de la révolution espagnole, le fait de ne pas avoir foncé sur la banque centrale pour récupérer l’or et empêcher les bourgeoisies (de gauche) de pouvoir jouer à des jeux de dupes avec cet argent, mais aussi le manque de courage concernant la telefonica et le désarmement des milices anarchistes et syndicalistes avec leur intégration dans l’armée légale, … mais tout cela poussé à nouveau par un bolchevique nommé Staline demandant à ses serviteurs militaires envoyés en Espagne pour faire la basse besogne pour éradiquer les anarchistes. Si Bakounine a coupé les ponts avec les partisans de Marx (faiseurs de rumeurs), ce n’est pas pour rien.

L’émancipation anarchiste se doit de créer les moyens de l’extinction du capitalisme, de manière visible ou non, sans concession quant à la rupture à réaliser, et conséquemment les moyens pour la réalisation du communisme anarchiste, car qui détruit, créé. La pratique pour la pratique n’a aucun sens tout comme l’idée pour l’idée n’a aucun sens. L’idée doit porter une pratique, la pratique doit porter une idée, et mener à l’objectif. Il n’y a pas de recette magique (malgré que certains aimeraient une idée définitive pour toute situation), mais il y a des pratiques qui doivent se faire selon la réalité de chacunxxxii, cependant l’idée d’émancipation anarchiste tout autant que le projet communiste anarchiste doit guider la pratique.

Il y a de nombreuses situations avec des histoires locales assez différentes :

  • avec souvent rien localement :

ni association, ni personnes actives ou sensible aux questions d’émancipation sociale, ni grande possibilité d’agir du fait du néant idéologique ou d’une soumission mentale diffuse. Un travail culturel en profondeur s’impose, avec discussions autour des problématiques du quotidien avec si possible des mises en perspectives de pratique de solidarité au quotidien, faire des réunions entre concernés afin de discuter des problèmes rencontrés et d’y mettre des perspectives, voire créer un collectif de résistance local, proposer des grèves, de l’obstructionnisme, inviter à s’associer sur une cause juste, s’associer avec d’autres groupements locaux dans des comités de luttes…

  • avec parfois des associations ou individus actifs :

si il y a des individus actifs, discuter également et créer si possible une dynamique au sein d’un collectif local sur une base d’autodéfense voire plus… Pour les associations actives (qui peuvent être généralement réformistes au niveau des structures) voir si en son sein il y a des personnes sensibles d’avoir une vue plus révolutionnaire des choses que simple administrateur des droits des travailleurs ou des citoyens au sein du capitalisme, si possible s’associer sur des actions concrètes directes, voire clarifier ce qui pose problème dans ces associations au niveau de la structure ou localement et impulser un changement de nature au sein de l’association. Se coordonnant avec d’autres utilisant également des moyens révolutionnaires avec un but révolutionnaire…

Aujourd’hui, l’idée d’émancipation sociale, d’autonomie ouvrière, de société libertaire et solidaire n’a plus que très peu d’écho au sein de la société actuelle, et pourtant on l’entend gronder prête à surgir. La société de la consommation et du spectacle s’organise afin que le pillage légal généralisé de nos vies puisse continuer sans accros, que chacun vaque à sa consommation personnelle que chacun fasse sa vie dans son coin. Il y a donc beaucoup de freins idéologiques empêchant une pratique d’émancipation sociale. La compréhension de ce monde en est une, l’envi d’en changer en est une autre… Il y a un travail double de conscientisation sociale du système actuel et de mise en pratique de moyens d’action directe. Une lutte asymétrique et très inégale existe pour les révolutionnaires anarchistes. L’idée est de trouver les moyens de pérenniser à long terme la pratique et l’idée anarchiste sans rentrer dans des logiques spectaculaires. Le sabotage du système devant se faire chaque jour afin de l’amenuiser.

Beaucoup sont dans une vue éthique de changer le monde. Peu sont dans une vue pratique de changement de monde, de changement de paradigme.

On a une réalité qui nous donne des failles véritablement révolutionnaires que sont la réappropriation des lieux de travail et d’habitation, des conditions sociales, les divisions de classes… Mais aussi le quotidien de chacun. Si ces lieux sont repensés et réappropriés par les individus, travailleurs et habitants en toute autonomie, qu’ils sont mis en perspective d’un projet révolutionnaire comme le communisme anarchiste, les pouvoirs ne peuvent rien faire si ce n’est de venir creuser leurs propres tombes. Tous les problèmes sociaux et économiques peuvent être réglés là directement par ceux qui y vivent.

Il est nécessaire d’avoir des outils qui peuvent être des moyens temporaires d’organisation locale et d’appui international de lutte contre ce système et un moyen de se solidariser voire de préparer la rupture révolutionnaire.

C’est une nécessité de lutter contre ce système mortifère capitaliste (étato-capitaliste ou capitalo-étatiste) qui pille cette planète et ses habitants, met les sociétés en guerre, détruit les moyens de subsistance des uns pour les intérêts d’autres, impose des relations hiérarchisées, détruit les moyens d’existence de l’ensemble des habitants de la planète par une logique consumériste et productiviste. Leur loi, c’est le pillage, la monnaie, le contrôle… Leur philosophie est que tout le monde (tous les rapaces ou apprentis rapaces) doit en profiter, ceci sans égard aux humains ou autres vivants sur cette planète, ni à cette planète qu’ils sont en train de dégrader sans possibilité de retour. Dans cette course au plus puissant, ils créent une technologie tellement dangereuse, qu’ils peuvent éradiquer des millions de vies humaines en quelques secondes/jours/semaines/mois. Ils parlent de terrorisme, ils savent de quoi ils parlent, ils pratiquent cette logique au quotidien. Rien ne doit échapper à leur emprise. Tout est organisé pour que rien ne bouge hors de leur contrôle. Ils ont choisi la mort ou la survie des uns pour leur subsistance à eux, choisissons un chemin de vie pour tous et non cette voie sans issue et dégradante que nous impose ce système capitaliste depuis trop longtemps.

Le réformisme tient à donner moins de droits aux exploiteurs d’exploiter durement, c’est la croyance au capitalisme à visage humain, à la continuation du capitalisme progressif. On sait pourtant que la guerre et l’esclavage (sous toutes ces formes) sont une nécessité pour le capitalisme. Ce que propose les réformistes (qu’ils soient syndicalistes ou politiques) n’est juste qu’une autre forme de capitalisme (ne disant pas son nom).
Au vu de la destruction inexorable des moyens d’existences par le capitalisme et de la future accentuation autoritaire des institutions afin de sauvegarder le capitalisme, construisons des bases révolutionnaires de l’abolition de capitalisme, anéantissons l’idéologie réformiste qui est le principal allié du capitalisme.

La voie révolutionnaire anarchiste a pour objectif d’abolir le capitalisme et construire une société dans laquelle les individus et groupements seraient libres de déterminer leurs moyens pour répondre à leur besoins, ceci sans forme de coercition, ceci sans ou avec grand renfort d’automatisation technologique. Pour cela, il faut se réapproprier tous les lieux de travail et d’habitation, de repenser le travail et la vie en société sans exploitation sans domination, ne laisser aucun moyen au système capitaliste de s’en sortir, ni avec les pirouettes des réformistes radicaux ni avec les pirouettes des révolutionnaires capitalistes.

L’avenir c’est aujourd’hui.

Vive l’Anarchie, Vive le communisme anarchiste !

Patrick Merin.

iv– Lire « L’illusion coopérativiste », « Bakounine – textes sur les cooperatives », pratiques de coopératives menant à la « grève à mondragon »

v– Il est à noter qu’en 1881, le préfet de police de paris (Louis Andrieux, celui qui réprima la Commune de Lyon en 1871) créa et finança un journal à grand tirage soit disant « anarchiste » nommé « La Révolution sociale ». Il était dirigé par un de leurs agents provocateurs. Le but était d’infiltrer, d’être « l’anti chambre des complots », ceci dans le but de diffuser largement des idées et des pratiques d’État, pseudo révolutionnaires, mais aussi d’influencer puis de discréditer les anarchistes. Dans le premier numéro, il y a une rubrique « scientifique » incitant et consistant à confectionner des bombes, par la suite ce n’est pas plus intéressant. Le préfet de police, représentant avoué du terrorisme d’État, se vante dans ses mémoires, d’avoir suggéré le premier attentat dit « anarchiste ».

vi– « Certes, en attendant la révolution, il est bon – et même utile pour la faciliter – que les travailleurs cherchent à gagner plus et à travailler moins d’heures et dans de meilleures conditions. Il est bon que les chômeurs ne meurent pas de faim, que les malades et les vieux ne soient pas abandonnés. Mais cela, et d’autres choses encore, les travailleurs peuvent et doivent l’obtenir par eux-mêmes, par la lutte directe contre les patrons, dans leurs propres organisations; par l’action individuelle et collective et en développant en chacun le sens de sa dignité personnelle et la conscience de ses droits. Les cadeaux de l’État, les cadeaux des patrons sont des fruits empoisonnés qui portent en eux le germe de l’esclavage. Il faut les rejeter. » Malatesta, Umanità nova – 5 août 1920. source : antimythes.fr

vii – Lire : « Lénine et les syndicats  » (CNT-AIT caen) ou « La SAC et le réformisme libertaire » . Des théories syndicalistes puristes ont théorisé des formes post-révolutionnaires d’organisations futures basées sur le syndicat, correspondant pourtant en cherchant bien à une société capitalo-étatiste ou plutôt capitalo-syndicaliste (le patron même autogéré étant remplacé par le syndicat, et l’État par le Syndicat), et n’ont donc rien de révolutionnaires d’un point de vue anarchiste communiste. Ce genre de théories influencèrent une partie des syndicalistes et anarchistes d’ici et d’ailleurs…

viii– Lire « le socialisme des intellectuels » de Jan Waclav Makhaiski

ix– Lire : Luigi Fabbri : Dictature ou révolution.

x– Lire l’interview de garcia oliver où on peut se faire sa propre idée de ses propos… on peut notamment y trouver des faits assez troublants, mais aussi des idées et pratiques intéressantes.

xi– un courant réformiste utilisant un verbiage « révolutionnaire » pour faire de la politique réformiste, collaborant au système en place.

xiv– Lire «Contre les stratégies managériales » , « Extension du domaine de la manipulation, de l’entreprise à la vie privée » de Michela Marzano .

xviii– Lire « Influences bourgeoises sur l’anarchisme » de Luigi Fabbri, « la crise permanente de l’anarchisme  » de Gaston Leval, « écoute anarchiste ! » de chaz Bufe (1987)

xix – Lire « Libertariens : propriétariens Étatistes et capitalistes », « Michel onfray et le capitalisme libertaire à gestion Etatique » ou Michel Onfray « Ce qu’il faut abandonner de la pensée anarchiste », lecture dans lequel il n’est aucunement question de toucher au capitalisme dans son ensemble, il fait du bricolage subjectiviste sur les idées/propos de Proudhon, il considère qu’il faut juste trouver sa place libertaire dans le capitalisme. On peut aussi prendre en compte ces hommages écrits aux nationalistes général de Gaulle, au putschiste Blanqui, à Nietzsche (dont ses propos esclavagistes), au belliciste éducateur Palante (considérant que les libertariens trouveraient un auxiliaire en Palante avec son libre-échangisme), … lire aussi «  Lettre au « Monde libertaire » à propos de Michel Onfray, en date du 12 mai 2003″. et « Michel Onfray se rapproche de l’extrême droite, sous le patronage de Proudhon » . sur certains primitivistes : « ted kaczynski n’est pas anarchiste ! », « Ce monde est détestable, certaines de ses critiques tout autant ! », « au sujet de l’article « ce monde est detestable… » »

xxi – Lire « L’islamophobie : un concept fumeux » De Juan Pueblo.

xxii– Diggers, Jefferson Airplanes, Abbie Hoffman, Moustaki

xxiii – Dead Kennedys, Crass, Béruriers noirs, …

xxiv – Assassins, Rapaces, Première ligne, la canaille…

xxvi – Lire « Quand les trotskystes veulent devenir libertaire » d’Ariane Miéville : « autour de la social-démocratie libertaire ». À noter que Corcuff fait parti actuellement de la FA : lire « Un débat qui provoque débat » d’anne Vernet

xxvii – Lire « L’effet Chomsky ou l’anarchisme d’État » de claude Guillon.

xxviii – En avril 2002, Des individus ou groupes de la FA (notamment le « groupe Bakounine »), CNT ou AL appelèrent à voter contre Lepen. L’ancien secrétaire confédéral de la CNT Vignoles se présentant aux législatives comme suppléant pour les Verts après avoir soutenu Bové aux présidentielles de 2007 tandis que d’autres militants syndicalistes s’associent au NPA, quand ce n’est pas Alternative Libertaire dans son ensemble qui s’y associe ouvertement, idem pour le syndicat cnt-AIT Toulouse côtoyant le CCI. Le secrétaire confédéral aux médias à la CNT vignoles se présenta aux élections municipales à Metz dans un parti «les communards messins » .

xxix – Lire entre paysans : « Les communistes et les collectivistes sont les uns et les autres des socialistes, mais ils ont des idées différentes sur ce qu’on devra faire après que la propriété aura été mise en commun.         Les collectivistes disent que chaque travailleur, ou mieux chaque association de travailleurs a droit à la matière première et aux instruments de travail, et que chacun est maître du produit de son travail. Tant qu’il vit, il en fait ce qu’il veut ; quand il meurt, ce qu’il a mis de côté retourne à l’association. Ses enfants ont, eux aussi, les moyens de travailler et de jouir du fruit de leur travail, mais les laisser hériter serait un premier pas fait vers l’inégalité et le privilège. En ce qui concerne l’instruction, l’éducation des enfants, l’entretien des vieillards et des infirmes et l’ensemble des services publics, chaque association de travailleurs donnerait tout ce qu’il faudrait pour suppléer ce qui pourrait manquer aux membres de la communauté.         Les communistes, eux, disent ceci : Puisque, pour que tout aille bien, il faut que les hommes s’aiment et se considèrent comme membres d’une même famille ; puisque la propriété doit être mise en commun ; puisque le travail, pour être productif et accompli au moyen des machines, doit être fait par de grandes réunions d’ouvriers ; puisque, pour profiter de toutes les variétés du sol et des conditions atmosphériques et faire que chaque région produise ce qui lui convient le mieux, et puisque, pour éviter, d’autre part, la concurrence et les haines entre les divers pays, il est nécessaire d’établir une solidarité parfaite entre les hommes du monde entier ; faisons une chose : au lieu de risquer de confondre ce que vous avez fait avec ce que j’ai fait, travaillons tous et mettons tout en commun ; ainsi chacun donnera à la société tout ce que ses forces lui permettront de donner jusqu’à ce qu’il y ait assez de produits pour tous ; et chacun prendra tout ce qu’il lui faudra, en limitant ses besoins seulement dans les choses qu’on ne possède pas encore en abondance.[…] je suis communiste parce qu’il me semble que si l’on doit être amis, on ne doit pas l’être à moitié. Le collectivisme laisse encore subsister des germes de rivalité et de haine. Mais je vais plus loin. Alors même que chacun pourrait vivre avec ce qu’il a produit lui-même, le collectivisme serait toujours inférieur au communisme,parce qu’il tiendrait les hommes isolés et diminuerait ainsi leurs forces et leur sympathie. D’ailleurs, comme le cordonnier ne peut manger ses chaussures ni le forgeron se nourrir de fer ; comme l’agriculteur ne peut lui non plus cultiver la terre sans les ouvriers qui préparent le fer, fabriquent les instruments, et ainsi de suite, il serait donc nécessaire d’organiser un échange entre les divers producteurs, en tenant compte à chacun de ce qu’il a fait. Alors, il arriverait nécessairement que le cordonnier, par exemple, chercherait à donner une plus grande valeur à ses souliers et voudrait avoir en échange le plus d’argent possible ; de son côté, le paysan voudrait lui en donner le moins possible. Comment diable s’arranger avec cela ? Le collectivisme, en somme, me paraît donner lieu à une quantité de problèmes très difficiles à résoudre et, avec ce système, les choses s’embrouilleraient facilement. Le communisme,au contraire, ne donne lieu à aucune difficulté : tous travaillent et tous jouissent du travail de tous. Il s’agit seulement de voir quelles sont les choses dont on a besoin, afin que tous soient satisfaits, et de faire en sorte que toutes ces choses soient produites en abondance.  » Malatesta

xxxi – soutien aux interventions de l’OTAN en Syrie.

xxxii– Lire « Techniques de lutte »

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